Quand le 8 février 2019, Guillaume Soro Kigbafori, abandonne le fauteuil de la présidence du parlement ivoirien, il pose un acte hautement patriotique. Désormais libre de toute pression, il s’occupe de ses parents du Grand Nord au nom desquels il a pris les armes en 2002.

Guillaume Soro Kigbafori se prend au sérieux. Il prend très au sérieux son positionnement idéologique. Il n’est pas comme certains politiciens ivoiriens qui vont là où on leur propose d’abondante manne. Non ! Il n’aime pas la politique du ventre, et il la condamne fermement : « On tue pour de l’argent. On vend son honneur et sa dignité pour des postes. On se déshumanise. Il n’y a ni valeurs ni principes. On veut manger ! C’est la mode ! Tout le monde devient escroc. Des pères de familles des gens à l’apparence respectueuse se prostituent parce qu’ils veulent manger, parce qu’ils veulent des postes ». Guillaume Soro n’est pas un parvenu ni un arriviste sur la scène politique ivoirienne. Il n’est pas un aventurier en politique, il a une mission pour son pays : la réconciliation nationale. Sur ce plan, les Ivoiriens ont remarqué les discours de l’ex président de l’Assemblée nationale pour condamner les dérives du pouvoir qui vont à l’encontre de la paix et de la réconciliation nationale. Aujourd’hui la Côte d’Ivoire est « un pays où un député qui a une immunité, ou un ancien ministre va en prison pour un tweet », avait dénoncé Soro Guillaume, quand son porte-parole avait été arrêté par le régime de Ouattara pour une publication sur tweeter.

 Soro a une autre mission pour ses parents du Grand Nord : réparer les torts causés par Ouattara depuis son arrivée au pouvoir. C’est vrai pour les ressortissants du Grand Nord, Ouattara est « un ingrat. Il n’a pas tenu ses promesses faites au nord depuis son arrivée au pouvoir » a révélé un habitant de Korhogo. C’est pour réparer ces torts que Soro a démissionné de la présidence de l’Assemblée nationale « J’étais face à un dilemme. Trahir mes convictions, donc sauver un poste confortable, ou descendre de mon piédestal et rendre ma démission de mes fonctions, afin de pouvoir me regarder dans une glace » a-t-il dit dans son discours en démissionnant. Rare sont les politiciens ivoiriens qui démissionnent. Ils suivent tous leur ventre. Soro Guillaume, lui, comme un homme sérieux, ne s’engage pas à la légère. Cela rappelle Laurent Gbagbo, qui avait maintes fois refusé les postes que lui proposait le « vieux », Houphouët pour le calmer. Il avait une vision, une mission pour la Côte d’Ivoire. Sur ce point, Soro et Gbagbo se ressemblent. N’est-ce pas pour cela qu’à un moment donné de sa vie estudiantine, Soro s’est fait surnommer « petit Gbagbo » ? Dans ses tournées au nord, son message ne varie pas : réconciliation, développement.

                                    Mission et vision

 En 2002, c’est Soro qui a pris la lourde responsabilité d’être le porte-parole de la rébellion qui a divisé le pays en deux parties et qui risquait de plonger le pays dans une longue guerre civile. Il a été présent à toutes les négociations politiques et militaires. Depuis ce temps-là, Soro est préoccupé par la réconciliation nationale au risque de sa vie, là où certains Ivoiriens courent à la conquête des postes et de l’argent. Le 29 juin 2007, au nom de cette réconciliation et de la paix, il a failli perdre la vie au cours d’un attentat contre son avion à Bouaké qui a occasionné des morts et des blessés. Au Canada, lors de la réunion de l’Assemblée parlementaire francophone (Apf) dont il est le vice-président, il a dit de cet attentat : « C’est au nom du dialogue et de la Réconciliation que moi, je partais à Bouaké pour installer les magistrats quand on a tiré sur mon avion trois roquettes, quatre morts sur le champ. Parce qu’on disait que j’avais trahi, que Gbagbo m’avait donné de l’argent, que Gbagbo m’avait acheté ». Ce n’est donc pas peu dire que Soro Guillaume demeure la principale clé de la réconciliation nationale aujourd’hui en Côte d’Ivoire. D’ailleurs selon un de ses proches collaborateurs, « il a des dossiers qui feront bientôt taire Ouattara et ses militants qui sont passés maitres dans le mensonge et les injures là où les Ivoiriens ont besoin de débats intellectuels constructifs. Soro n’insulte pas. Il interdit à ses proches d’insulter. Nous sommes civilisés, nous voulons des débats civilisés. Très bientôt nous allons montrer le vrai visage de Ouattara aux ivoiriens et le débat sera clos. C’est ce qui va convaincre tous les ivoiriens de la sincérité de Soro. Bientôt l’on saura qui a fait quoi pendant la crise » Dans les rues d’Abidjan beaucoup d’Ivoiriens parlent de cette « bombe » que l’ex président de l’Assemblée nationale va lâcher bientôt contre le président Ouattara et son camp. wait and see !

                                 Soro, libérateur du Grand Nord ?

 Le Grand Nord est le plus grand perdant de la crise qui a frappé la Côte d’Ivoire depuis 2002. « Les populations du nord ont été utilisées comme du papier hygiénique et ont été abandonnées par Ouattara » a déclaré un ressortissant de Dabakala. Au cours de ses nombreuses et fréquentes tournées au nord, Soro a lancé de vastes chantiers de construction d’écoles, de centres de santé, de mosquées...

 « Quand me remontent les images des villages exsangues où encore on meurt d’inanition et de pauvreté je ne peux qu’avoir peu d’estime pour les priorités actuelles de nos autorités », soutient-il. Soro Guillaume a brisé le mythe Ouattara au nord. Les populations ont fini par comprendre qu’elles ont été abusées, elles qui avaient pris fait et cause pour Ouattara depuis 1993 à la mort du président Félix Houphouët Boigny. « Nous-nous sommes battus pour qu’il vienne au pouvoir. Nos enfants sont morts au cours de la rébellion et une fois au pouvoir, il nous a abandonnés » a déploré un ressortissant de Katiola. Dans le Grand Nord, les tournées de Guillaume Soro prennent toujours le caractère d’une précampagne pour la présidentielle de 2020. Il est sollicité par les ressortissants pour être leur candidat en 2020. Un député s’est déjà engagé à payer la caution de sa candidature

 Dans le camp Ouattara, l’on pense que tout est bouclé pour la victoire du RHDP. Aucun observateur sérieux de la politique ivoirienne ne peut soutenir cette thèse fanfaronne. Il suffit de vivre l’effet « Soro » dans le Grand Nord pour comprendre que Ouattara et son clan rêvent débout. Les populations sont convaincues que sans Soro, Ouattara ne serait jamais président de la Côte d’Ivoire. C’est lui qui a dirigé la rébellion, des milliers de soldats qui l’ont porté au pouvoir. « Il suffit que Soro donne l’ordre pour qu’il ait des soldats à sa disposition. Il contrôle encore une partie de l’armée ivoirienne » a révélé un expert. En plus, Ouattara n’a pas de mousquetaires sérieux et capables d’inquiéter Soro. En disant que tout est « bouclé » à dix-sept mois des élections présidentielles, Ouattara et son camp se trompent dangereusement. Peut-être bluffent-ils simplement comme ils en ont l’habitude. Après le Grand Nord, Soro Guillaume compte mettre bientôt le cap sur Le Grand Ouest et bien dans d'autres régions de la Côte d'Ivoire. 

Colbert Kouadjo (publié sur agoravox)