ALLIALI KOUADIO: « L’essentiel, c’était de faire avancer les travaux ».

Lors de la cérémonie de présentation de vœux du nouvel an le mercredi 10 janvier 2018 dans les locaux de la préfecture, le préfetdeSoubré, AllialiKouadio, a fait une révélation de taille sur les dessous honteux de la construction du barrage hydroélectrique.

le préfet Alliali Kouadio (photo archives)

Prévu pour être achevé en cinquante-cinq mois, le barrage de Soubré a été livré plutôt que prévu. Le président Ouattara, pressé d’enrichir la liste de ses réalisations avant de quitter le pouvoir en 2020,  a demandé à Sinohydro, l’entreprise chinoise chargée de construire le barrage, de doubler les équipes pour qu’elles travaillent jour et nuit. C’était un véritable calvaire pour les travailleurs. Il leur était interdit de revendiquer. Et le préfet Alliali Kouadio avait été mandaté pour veiller sur la réalisation du projet par tous les moyens. Or dans un Etat de droit, la revendication est un droit pour le travailleur. Á Soubré, plusieurs travailleurs avaient été arrêtés sur la décision du préfet qui veillait comme un chef de chantier sur les travaux du barrage parce qu’ils avaient osé revendiquer. Alors qu’ils étaient payés entre 62.940fcfa et 67000 fcfa, le préfet leur aurait dit que « le salaire de son chauffeur était moins que 60000fcfa ». «  Quand nous manifestions, le préfet nous traitait de rebelles contre le président Alassane Ouattara, et il envoyait les gendarmes pour nous tabasser. Nous avons eu plusieurs de nos camarades qui ont été arrêtés sur l’ordre du préfet Alliali Kouadio qui n’a que le mot "rebelle" dans la bouche. Nos camarades ont été bastonnés et jetés en prison pour avoir manifesté. Dès qu’ils sont sortis de prison, ils ont été renvoyés sans aucun droit. Les chinois nous expliquaient qu’ils n’étaient pas concernés par ces brutalités et ces violations graves de droits.  Un jour, un montage grotesque a été fait avec un couturier de Kpéhiri déguisé en travailleur du barrage. On l’a poussé à annoncer à la télévision ivoirienne que les employés de la construction du barrage étaient payés à 300.000fcfa… ça été un coup dur pour nous qui travaillons au barrage. Et les Chinois avaient protesté contre ce montage puisqu’ils n’étaient pas d’accord avec la maltraitance que subissons de la part de nos propres frères ivoiriens. Aujourd’hui, je viens de comprendre le zèle du préfet Alliali Kouadio », a expliqué Koffi Jacques, ex-travailleur de Sinohydro. En tout cas, comme lui, beaucoup de gens venus à la cérémonie de présentation de vœux le 10 janvier 2018, ont compris l’acharnement du préfet sur les travailleurs. Beaucoup de  victimes de la construction du barrage ont compris le mépris qu’il continue d’avoir pour elles. « L’essentiel, c’était de faire avancer les travaux », en violant les droits de l’Homme. Le projet de construction du barrage qui a fait rêver d’espoir les jeunes, s’est mué en cauchemar. Beaucoup de jeunes ne supportant pas les graves violations des droits, ont préféré rendre démission. Dans le village de Kouamékro, alors que les villageois exigeaient que CI-Energies paie leurs droits avant de quitter le campement, le préfet a envoyé la gendarmerie les tabasser et emprisonner le chef du village qu’il a traité de « rebelle ».  Le 16 novembre 2017 quand des familles abandonnées sous les lignes à très haute tension sont allées voir le préfet pour lui demander d’intervenir au près de CI-Energies et du Bnetd pour leur verser les indemnités qui leur avaient été promises depuis 2013, il leur a dit : « chacun a son travail » selon dame Kouassi… Les travaux du barrage sont aujourd’hui terminés. Comme le vieux nègre et la médaille, Alliali Kouadio a atteint son objectif. Il s’est vanté lors de la cérémonie de présentation de vœux d’avoir été décoré par le président Ouattara et le ministre de la fonction publique parce qu’il a bien travaillé, et la construction du barrage de Soubré s’est bien achevée. En tout cas, « l’essentiel c’était de faire avancer les travaux du barrage. » Encore, comme le vieux nègre et la médaille, Alliali Kouadio est un préfet qui se moque bien des victimes de cette construction du barrage. Il se moque bien des mauvais salaires versés aux travailleurs, à la jeunesse ivoirienne. Il se moque bien encore des familles qui vivent sous les lignes à très haute tension avec tous les dangers sur la santé. L’essentiel c’était de construire le barrage. Enfin, comme le vieux nègre et la médaille, Alliali Kouadio a glané deux médailles des mains du président et du ministre pour mission bien accomplie…Sans oublier les rumeurs qui avaient circulé sur les réseaux sociaux selon lesquelles son épouse aurait été « arrêtée avec beaucoup d’argent ». En tout cas,  à Soubré tout le monde le sait, tout l’opinion publique  en avait été informé car comme une trainée de poudre, la nouvelle s’est répandue sur la Boucle du cacao ! Vrai ou faux ? Tout cela était fait pour faire avancer les travaux du barrage. Triste Côte d’Ivoire !

    Le barrage hydroélectrique de Soubré est situé dans la ville de Soubré sur le fleuve Sassandra. D’une capacité de 275 MW, il a été financé à 85 % par la Chine via la Banque d’exportation et d’importation de Chine pour un cout de 504 millions d’euros.

 

Colbert Kouadjo in Le Nouveau Courrier d’Abidjan