43 familles abandonnées sous les lignes à très haute tension pleurent à Galéa

Á la demande de CI-ENERGIES maitre d’ouvrage de la construction du barrage de Soubré, le BNETD avait recensé en 2013, tous les propriétaires qui allaient subir un dommage du fait du passage de la ligne à très haute tension à Galéa. Une indemnisation leur avait été promise dans le but d’acquérir de nouveaux lots pour reconstruire des maisons en hors de la portée des lignes à très haute tension. Mais en dépit de la construction des lignes à très  haute tension et de l’inauguration du barrage, CI-ENERGIES et BNETD sont en train de contraindre les 43 familles à vivre sous les lignes à haute tension en dépit des dangers que cela représente.

 

 

 

les femmes craignent l'impact du courant sur leurs enfants

Les femmes craignant pour la santé de leurs enfants à cause des lignes à haute tension ont assiégé le bureau de CI-Energies (photo colbert Kouadjo)

 

Les populations que nous avons rencontrées ont été on ne peut plus claires « Il y a une confusion que nous voulons dissiper : nous avons acheté nos terrains et nous vivons ici avant la construction du barrage. Les lignes à haute tension sont venues détruire nos habitations et aujourd’hui on veut nous contraindre de vivre sous ces lignes. Il y a quelques jours des agents du BNETD sont venus encore nous recenser et pour nous confirmer que nous demeurerons sans indemnisation. Ils veulent nous aider plutôt à réparer nos maisons et accorder des prêts à nos épouses pour continuer d’habiter sous les lignes à haute tensions ». Il y a même du mépris dans le comportement des responsables de CI-ENERGIES. « Au cours de notre dernière manifestation un responsable de CI-ENERGIES a dit que nous sommes des paysans donc nous ne pouvons pas construire des étages. Nous pouvons donc vivre sous les lignes à haute tension. Or les lignes pendent à moins de deux mètres au-dessus de nos maisons» a expliqué madame Yao. Depuis le mois de janvier 2017, les populations manifestent régulièrement pour interpeller les responsables de CI-ENERGIES sur leur sort. « Le lundi 30 janvier 2017, quand nous avons rencontré, M. Olivier Maxime Dibahi Balet, chef de mission de CI-ÉNERGIES à Soubré, il nous a fait savoir que la Côte d’Ivoire a voté une loi en 2014 qui stipule qu’on peut vivre sous les lignes à haute tension. Or selon des documents que nous avons lus, tous ceux qui habitent sous les hautes tensions sont exposés à des maladies graves comme le cancer » a expliqué M. Kpli un propriétaire. De quelle loi s’agit-il ? M. Olivier Maxime Dibahi Balet, avait brandi un exemplaire du journal officiel de la république de Côte d’Ivoire du mercredi 2 avril 2014 portant code de l’électricité. 47 pages d’actes présidentiels toutes confuses. Pourtant, au sein même de CI-ENERGIES, maitre d’ouvrage de la construction du barrage hydroélectrique de Soubré, les voix sont discordantes sur les indemnisations dues aux propriétaires de Galéa. « En effet, explique un proche de M. Olivier Maxime Dibahi Balet, dans le cas de la population de Galéa, il s’agit de servitude de passage de ligne à très haute tension. Dans ce cas, les familles de Galéa qui subissent un dommage à cause du passage des lignes à haute tension, ont droit à une indemnisation » Le passage de la ligne à très haute tension a détruit les habitations. Les propriétaires ne peuvent plus construire en hauteur ni même planter des arbres à cause des câbles qui pendent à moins de deux mètres au-dessus des maisons. Des pylônes sont plantés au milieu de certaines cours, mettant en danger la vie des habitants. C’est le cas de M. Assouho Kouakou François que nous avons rencontré et qui a révélé : « des barres de fer se sont décrochées du haut du pylône planté au milieu de ma cour. En chutant, les barres de fer ont failli écraser mon fils Kouamé qui était assis juste sous le pylône. J’ai averti mesdames Kassi et Kouassi toutes deux responsables à CI-ENERGIES mais aucune disposition particulière n’a été prise pour moi malgré le danger permanent qui plane sur ma famille. Chaque fois que les techniciens viennent réparer le pylône, ils dérangent ma famille qui vit là encore. Attend-on que d’autres barres de fer tombent et causent les pires dégâts dans ma famille ? J’ai acheté mon terrain et j’ai tous les papiers pour l’attester. Attend-on que les barres de fer tuent un membre de ma famille avant de m’accorder une indemnité pour que je puisse aller acheter un nouveau lot pour bâtir une nouvelle maison ? » Le danger est vraiment permanent pour toutes ces familles qui habitent sous les câbles qui sont suspendus à moins de deux mètres au-dessus des maisons. Plusieurs techniciens de la Compagnie Ivoirienne d’Electricité (CIE) que nous avons interrogés, ont reconnu qu’il y a des risques réels sur la santé de ceux qui habitent sous les hautes tensions. Malgré ces vives inquiétudes, le gouvernement ivoirien et CI-ENERGIES font la sourde oreille quant aux revendications légitimes des populations de Galéa qu’elles veulent contraindre de vivre sous les lignes à haute tension… En France, selon une étude du Centre de recherches indépendantes sur les rayonnements électromagnétiques (CRIMEM/STOP-THT), « les lignes HT (haute tension) et THT(Très haute tension) provoquent des symptômes significatifs chez les riverains de lignes à haute tension, et ce jusqu’à 300 mètres des lignes… La présence des lignes modifie effectivement les conditions de vie. Il n’est plus acceptable de continuer à nier l’impact des lignes très haute tension sur les riverains ». Pourquoi l’Etat de Côte d’Ivoire peut-il signer une loi pour contraindre les populations à vivre sous les lignes haute tension ou sous les pylônes ? Et puis le cas de Galéa est spécifique : les populations vivaient là avant le passage des lignes haute tension. Elles ont payé leurs terrains avec les propriétaires terriens de Galéa. Ils sont donc propriétaires de leurs lots comme le stipule la loi en Côte d’Ivoire. Or selon la Déclaration des droits de l’homme, « La propriété étant un droit inviolable et sacré, nul ne peut en être privé, si ce n’est lorsque la nécessité publique, légalement constatée, l’exige évidemment, et sous la condition d’une juste et préalable indemnité.». Les responsables de CI-ENERGIES et du BNETD ignorent-ils cela ? Il est important de noter que CI-ENERGIES supervise pour le compte de l’État les travaux de construction du barrage avec l’appui du cabinet d’ingénierie français TRACTEBEL, filiale d’ENGIE et sont chargées de son exploitation.et donc de l’acheminement de l’électricité vers Abidjan au moyen de cette ligne à haute tension. Le projet d’aménagement hydroélectrique de Soubré a été engagé par CI-ENERGIES afin de rééquilibrer les sources de production après la mise en service de la centrale thermique d’Azito. La puissance totale installée est de 275 MW générant une production de 1170 GWH/an.

Dossier à suivre

Colbert Kouadjo in LE NOUVEAU COURRIER d’Abidjan