EUREKA

03 décembre 2017

Côte d’Ivoire : BARRAGE HYDROELECTRIQUE DE SOUBRE

 

43 familles abandonnées sous les lignes à très haute tension pleurent à Galéa

Á la demande de CI-ENERGIES maitre d’ouvrage de la construction du barrage de Soubré, le BNETD avait recensé en 2013, tous les propriétaires qui allaient subir un dommage du fait du passage de la ligne à très haute tension à Galéa. Une indemnisation leur avait été promise dans le but d’acquérir de nouveaux lots pour reconstruire des maisons en hors de la portée des lignes à très haute tension. Mais en dépit de la construction des lignes à très  haute tension et de l’inauguration du barrage, CI-ENERGIES et BNETD sont en train de contraindre les 43 familles à vivre sous les lignes à haute tension en dépit des dangers que cela représente.

 

 

 

les femmes craignent l'impact du courant sur leurs enfants

Les femmes craignant pour la santé de leurs enfants à cause des lignes à haute tension ont assiégé le bureau de CI-Energies (photo colbert Kouadjo)

 

Les populations que nous avons rencontrées ont été on ne peut plus claires « Il y a une confusion que nous voulons dissiper : nous avons acheté nos terrains et nous vivons ici avant la construction du barrage. Les lignes à haute tension sont venues détruire nos habitations et aujourd’hui on veut nous contraindre de vivre sous ces lignes. Il y a quelques jours des agents du BNETD sont venus encore nous recenser et pour nous confirmer que nous demeurerons sans indemnisation. Ils veulent nous aider plutôt à réparer nos maisons et accorder des prêts à nos épouses pour continuer d’habiter sous les lignes à haute tensions ». Il y a même du mépris dans le comportement des responsables de CI-ENERGIES. « Au cours de notre dernière manifestation un responsable de CI-ENERGIES a dit que nous sommes des paysans donc nous ne pouvons pas construire des étages. Nous pouvons donc vivre sous les lignes à haute tension. Or les lignes pendent à moins de deux mètres au-dessus de nos maisons» a expliqué madame Yao. Depuis le mois de janvier 2017, les populations manifestent régulièrement pour interpeller les responsables de CI-ENERGIES sur leur sort. « Le lundi 30 janvier 2017, quand nous avons rencontré, M. Olivier Maxime Dibahi Balet, chef de mission de CI-ÉNERGIES à Soubré, il nous a fait savoir que la Côte d’Ivoire a voté une loi en 2014 qui stipule qu’on peut vivre sous les lignes à haute tension. Or selon des documents que nous avons lus, tous ceux qui habitent sous les hautes tensions sont exposés à des maladies graves comme le cancer » a expliqué M. Kpli un propriétaire. De quelle loi s’agit-il ? M. Olivier Maxime Dibahi Balet, avait brandi un exemplaire du journal officiel de la république de Côte d’Ivoire du mercredi 2 avril 2014 portant code de l’électricité. 47 pages d’actes présidentiels toutes confuses. Pourtant, au sein même de CI-ENERGIES, maitre d’ouvrage de la construction du barrage hydroélectrique de Soubré, les voix sont discordantes sur les indemnisations dues aux propriétaires de Galéa. « En effet, explique un proche de M. Olivier Maxime Dibahi Balet, dans le cas de la population de Galéa, il s’agit de servitude de passage de ligne à très haute tension. Dans ce cas, les familles de Galéa qui subissent un dommage à cause du passage des lignes à haute tension, ont droit à une indemnisation » Le passage de la ligne à très haute tension a détruit les habitations. Les propriétaires ne peuvent plus construire en hauteur ni même planter des arbres à cause des câbles qui pendent à moins de deux mètres au-dessus des maisons. Des pylônes sont plantés au milieu de certaines cours, mettant en danger la vie des habitants. C’est le cas de M. Assouho Kouakou François que nous avons rencontré et qui a révélé : « des barres de fer se sont décrochées du haut du pylône planté au milieu de ma cour. En chutant, les barres de fer ont failli écraser mon fils Kouamé qui était assis juste sous le pylône. J’ai averti mesdames Kassi et Kouassi toutes deux responsables à CI-ENERGIES mais aucune disposition particulière n’a été prise pour moi malgré le danger permanent qui plane sur ma famille. Chaque fois que les techniciens viennent réparer le pylône, ils dérangent ma famille qui vit là encore. Attend-on que d’autres barres de fer tombent et causent les pires dégâts dans ma famille ? J’ai acheté mon terrain et j’ai tous les papiers pour l’attester. Attend-on que les barres de fer tuent un membre de ma famille avant de m’accorder une indemnité pour que je puisse aller acheter un nouveau lot pour bâtir une nouvelle maison ? » Le danger est vraiment permanent pour toutes ces familles qui habitent sous les câbles qui sont suspendus à moins de deux mètres au-dessus des maisons. Plusieurs techniciens de la Compagnie Ivoirienne d’Electricité (CIE) que nous avons interrogés, ont reconnu qu’il y a des risques réels sur la santé de ceux qui habitent sous les hautes tensions. Malgré ces vives inquiétudes, le gouvernement ivoirien et CI-ENERGIES font la sourde oreille quant aux revendications légitimes des populations de Galéa qu’elles veulent contraindre de vivre sous les lignes à haute tension… En France, selon une étude du Centre de recherches indépendantes sur les rayonnements électromagnétiques (CRIMEM/STOP-THT), « les lignes HT (haute tension) et THT(Très haute tension) provoquent des symptômes significatifs chez les riverains de lignes à haute tension, et ce jusqu’à 300 mètres des lignes… La présence des lignes modifie effectivement les conditions de vie. Il n’est plus acceptable de continuer à nier l’impact des lignes très haute tension sur les riverains ». Pourquoi l’Etat de Côte d’Ivoire peut-il signer une loi pour contraindre les populations à vivre sous les lignes haute tension ou sous les pylônes ? Et puis le cas de Galéa est spécifique : les populations vivaient là avant le passage des lignes haute tension. Elles ont payé leurs terrains avec les propriétaires terriens de Galéa. Ils sont donc propriétaires de leurs lots comme le stipule la loi en Côte d’Ivoire. Or selon la Déclaration des droits de l’homme, « La propriété étant un droit inviolable et sacré, nul ne peut en être privé, si ce n’est lorsque la nécessité publique, légalement constatée, l’exige évidemment, et sous la condition d’une juste et préalable indemnité.». Les responsables de CI-ENERGIES et du BNETD ignorent-ils cela ? Il est important de noter que CI-ENERGIES supervise pour le compte de l’État les travaux de construction du barrage avec l’appui du cabinet d’ingénierie français TRACTEBEL, filiale d’ENGIE et sont chargées de son exploitation.et donc de l’acheminement de l’électricité vers Abidjan au moyen de cette ligne à haute tension. Le projet d’aménagement hydroélectrique de Soubré a été engagé par CI-ENERGIES afin de rééquilibrer les sources de production après la mise en service de la centrale thermique d’Azito. La puissance totale installée est de 275 MW générant une production de 1170 GWH/an.

Dossier à suivre

Colbert Kouadjo in LE NOUVEAU COURRIER d’Abidjan

Posté par COLBERTCANAL à 09:14 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,


12 novembre 2017

PANAFRICANISME

Colbert Kouadjo : « La vraie révolution panafricaine viendra de la république de Guinée »

Colbert Kouadjo, un panafricaniste engagé

 

Colbert Kouadjo est journaliste-écrivain africain. Sollicité souvent pour animer des débats sur les maux qui rongent le continent africain, nous l’avons rencontré à Accra le samedi 30 septembre 2017. Il nous explique dans cet entretien « les luttes africaines et le messianisme en Afrique ». Selon lui, la Guinée demeure le creuset du panafricanisme.

Au cours d’un débat avec quelques Africains de Genève, parlant de luttes panafricanistes, vous avez parlé de « luttes africaines et messianisme en Afrique ». Est-ce que vous pouvez nous en dire un peu plus aujourd’hui ?

Merci de me donner cette opportunité pour parler de ce que j’appelle messianisme dans la lutte panafricaniste. Je te remercie aussi d’accorder de l’intérêt à mes publications et autres débats que j’anime avec quelques camardes panafricains… Le messianisme, du point de vue littéraire ou didactique, est la croyance selon laquelle un messie personnel viendra affranchir les hommes du péché et établir le royaume de dieu sur la terre… C’est un sentiment qui est courant chez les peuples africains depuis les premières luttes pour la dignité africaine et selon moi, c’est ce sentiment empêche les Africains de lutter pour remporter des victoires sur leurs adversaires. J’insiste que ce sentiment empêche les Africains de continuer les combats laissés par leurs leaders comme Dr N’Krumah, Lumumba, Ahmed Sékou Touré…

Comment se manifeste ce messianisme dans les luttes panafricaines ?

Certains Africains qui se disent panafricanistes ne sont que de simples messianistes. Ils parlent de Dr N’krumah, de Sékou Touré, de Patrice Lumumba mais on a l’impression qu’ils attendent que ces derniers ressuscitent pour venir faire la lutte à leur place. Depuis le « non » héroïque et historique d’Ahmed Sékou Touré en 1958, quel est cet Africain qui a osé dire « non » à l’impérialisme occidental ? Qui ? Nous avons laissé les occidentaux et leurs acolytes africains tuer ou dépoter ceux qui ont osé donner de la dignité à l’Afrique. Par exemple Thomas Sankara. On ne fait que réciter les discours de Sékou Touré, de N’Krumah, de Lumumba…sans poser une action concrète susceptible de restaurer la dignité de l’Afrique. L’Afrique se sent-elle concernée quand on parle de communauté internationale ? Je pense que non !

Pourquoi ?

Parce que dès le début, les Africains ont vendu leur dignité aux impérialistes capitalistes…Vous savez, lors d’un débat avec des camarades à Ouagadougou, j’ai soutenu contre vents et marées que le capitalisme est le plus grand mal du monde. Le capitalisme, moteur de l’impérialisme a déshumanisé le monde. Peut-être l’Afrique pourra-telle choisir sa voie en se rapprochant d’autres pays moins vampiriques.

Pensez-vous qu’aujourd’hui il y a des actions concrètes en faveur du panafricanisme ?

Il y a beaucoup plus de discours théoriques et moins d’actions concrètes. C’est pourquoi depuis Simon Kimbangu, André Matsoua, Dr N’Krumah, Patrice Lumumba, Ahmed Sékou Touré… rien n’a changé. Les panafricanistes pleurnichent plutôt comme ces chrétiens qui pleurent chaque jour, attendant que « papa Jésus le messie » revienne sur terre enfin, pour mettre fin à leurs souffrances… Je vais vous donner deux exemples dans l’histoire de l’Afrique qui expliquent mieux ce messianisme qui continue de faire échouer les luttes d’émancipation en Afrique. Le premier exemple est celui de Simon Kimbangu en 1921 au Congo Belge, aujourd’hui RDC. Ce catéchiste de l’église baptiste se basant sur la bible, dénonçait les oppressions et les injustices dont étaient victimes les Africains. Sa voix va porter jusqu’au Congo français (Congo Brazzaville). « Que les Blancs envahisseurs, source de souffrances s’en aillent… ; Qu’on entrave leur commerce en ne leur achetant plus les marchandises… ; Qu’on ne leur fasse plus de plantations…, Qu’on ne leur vende plus d’amandes de palme… ; Qu’on déserte leurs industries… ;Que chacun abandonne le pagne de deuil et prenne le pagne blanc de joie… » disait-il. Quel combat déjà en 1921 ! Quel engagement ! Les colons impérialistes réagissent alors et arrêtent Simon Kimbangu...

Simon Kimbangu a été arrêté comme nos présidents africains le sont aujourd’hui et qu’on jette à la prison de la Haye…

Oui, cher confrère ! Simon Kimbangu est arrêté et puis, triste sort d’africain entre les mains de colons impérialistes, il est jugé au cours d’un procès hâtif et condamné à perpétuité… En fait, la stratégie des occidentaux contre les Africains n’a pas changé. La stratégie des occidentaux pour déstabiliser l’Afrique n’a pas changé. Vous comprendrez par la suite…

Et que devient alors le mouvement de Kimbangu après son arrestation ?

(Rires) Simon Kimbangu avait onze disciples (il était chrétien). Ses disciples sont arrêtés et ses adeptes dispersés loin, à travers le pays. Le kimbanguisme est interdit par le gouvernement colonial. Et puis, à mesure que les années passaient les thèmes nationalistes qui faisaient la force du kimbanguisme furent abandonnés. Aujourd’hui, le kimbanguisme reste une simple chapelle religieuse où les kimbanguistes vont prier pour le retour salvateur de Simon Kimbangu, le messie. Personne n’a osé reprendre la lutte là où Simon Kimbangu s’est arrêté… Aujourd’hui où je vous parle, il y a des églises kimbanguistes même en Europe dirigées par des Congolais. Selon une source, la première église Kimbanguiste a été installée en 1975 en Europe…Voilà la triste fin d’un combat nationaliste ! Comment un combat politique aussi noble a été noyé dans des futilités religieuses qui endorment tout un peuple qui a besoin d’être libéré ? Le discours de Kimbangu était pourtant clair. Il avait désigné l’ennemi commun du peuple africain. Pourtant un combat aussi libérateur a pu être noyé dans des fadaises qui maintiennent aujourd’hui encore le peuple africain dans les chaines de l’esclavage. N’est-ce pas que les occidentaux pillent les ressources de l’Afrique et enrichissent l’Europe alors que le continent reste pauvre ? Déjà en 1921, Simon Kimbangu avait dit : « Que les Blancs envahisseurs, source de souffrances s’en aillent… » Simon Kimbangu a disparu et personne n’a eu le courage de poursuivre son noble combat libérateur depuis 1921. En lieu et place de son combat c’est plutôt une église qui a été construite…

Quel est le deuxième exemple de messianisme?

Il s’agit d’André Matsoua au Congo français ou Congo Brazzaville, l’autre côté de la rive du fleuve congo. Il fut combattu par le gouvernement français. En 1923, il s’est engagé dans un régiment de tirailleurs sénégalais. Il combattit pendant deux ans sur les fronts marocains et devint même sous-officier de l’armée française. Il sollicita alors la citoyenneté française et l’obtint sans difficulté. En 1926, il crée à Paris une association dénommée association des originaires de l’AEF et du Congo belge…

Quel était l’objectif de cette association qu’il avait créée en France ?

C’était une association de secours mutuel et de bienfaisance. Elle a été créée pour aider les membres. Par exemple au cas où un membre tombait malade ou frappé par le chômage, la mutuelle lui venait en aide. Mais quelques années après, André Matsoua va utiliser cette association pour former une élite au niveau de toute l’Afrique équatoriale et du Congo belge.  Dans la stratégie d’André Matsoua, cette élite devra assumer l’émancipation des peuples dans l’amitié avec la France. Ainsi en 1928, il envoie en AEF et au Congo belge des délégués pour collecter des fonds et pour expliquer aux populations, les objectifs de l’association. Les Africains accueillent positivement l’association. Convaincu du soutien de ses frères africains, Matsoua va engager contre la France son premier combat. Dans une lettre adressée au président du conseil, Raymond Poincaré, il proteste contre le régime de l’indigénat qui maintien les colonisés dans le travail forcé, et dans une incapacité politique. André Matsoua va stigmatiser les pratiques abusives des sociétés de commerce françaises qui nuisent au développement de l’AEF...

Quelle fut la réaction de la France ?

Violente… De nombreux délégués et membres de l’association sont arrêtés et enfermés par les autorités coloniales françaises de Brazzaville. L’association est alors dissoute et interdite en AEF et même en France. Matsoua est lui-même arrêté à Paris et transféré au Congo. Tous les Congolais se rendent alors compte que les Blancs entravent l’émancipation des Africains. Pour la première fois, ils prennent vraiment conscience de la situation. Matsoua et ses compagnons sont condamnés à trois ans de prison et à dix ans de déportation au Tchad.

Encore la déportation…

Oui, la déportation est l’une des armes des occidentaux contre les Africains. Je dis à mes camardes de lutte que les pratiques des occidentaux n’ont pas changé vis-à vis des Africains. La CPI est la nouvelle forme du tribunal indigène. N’est-ce pas une « négresse » qui est perchée au sommet de ce tribunal ? La prison de Haye est aussi le lieu de déportation des Africains. Même Samory Touré a été déporté. C’est dommage que les Africains et surtout les éminents intellectuels du continent n’éclairent pas le peuple. Il faudrait que les panafricains commencent à poser des actes concrets sur le continent pour former et informer le peuple. C’est pourquoi je pense que les nombreux congrès panafricains qui se tiennent en Europe se tiennent sur le continent pour que les populations africaines puissent en bénéficier directement. Il faut y penser vraiment. Les Blancs divisent les Africains pour bien régner, ils déportent à la prison de la Haye les Africains qui peuvent galvaniser les autres Africains contre leurs pillages, leurs vols…Suivez mon regard !

Matsoua est-il resté longtemps en prison ?

Non ! En 1935, André Matsoua réussit à s’évader de façon courageuse et mystérieuse. Puis, par mille efforts soutenus par des camarades, il décide de repartir en France. Dès son arrivée à Paris, il tente de relancer l’Association. Mais, sur une décision ministérielle, l’association est dissoute. André Matsoua se rend compte alors du danger qui le guettait. C’était en 1939. Espérant forcer la reconnaissance de la France, il s’engage dans l’armée française dès que la seconde guerre éclate. Malheureusement, il est blessé dès les premiers jours au front. Et pendant sa convalescence à Paris…, encore triste sort pour un Africain, il est arrêté sur la demande du gouverneur général Boisson sous prétexte qu’il collabore avec l’ennemi… (rires) J’aime souvent dire ceci à mes camarades : « Courage à toi qui refuses de manger à la table du diable ! Car le diable te combattra par tous les moyens parce que tu as refusé de manger à sa table. » C’est le jeu entre les occidentaux et les Africains. André Matsoua fut transféré au Congo dans la pure discrétion puis incarcéré pendant de longs mois. Alors qu’il était citoyen français, il fut traduit devant un tribunal indigène. Le 08 février 1941, au cours du procès qui se déroule à huis clos, Matsoua est condamné aux travaux forcés à perpétuité. Victime de mauvais traitement il meurt seulement un an plus tard à la prison de Mayama…

Vraiment triste ! Quelle tristesse !

Oui, c’est très triste ! Oui, quelle tristesse vraiment ! Oh ! quelle tristesse ! Un rapport administratif déclara que Matsoua est mort de dysenterie (rires)… Aujourd’hui, la vérité est sue de tous, grâce au témoignage de monseigneur Auguste N’Kounkou cité par plusieurs sources dignes. Ce dernier a témoigné qu’en se rendant à la prison pour donner les derniers sacrements à André Matsoua(il était chrétien catholique) qui se sentait mal, il s’était aperçu qu’il était déjà mort le 13 janvier à 5 heures du matin. La réalité, selon le prélat catholique, c’est que la veille, André Matsoua avait été bastonné et il avait reçu un coup de crosse d’un milicien. Après ce coup, il avait vomi du sang… Monseigneur Auguste N’Kounkou est né le 11 mai 1909 et il est mort le 03 juillet 1982. Il a été de son vivant un célèbre prélat au service de l’église catholique. Son témoignage est donc crédible. André Matsoua a simplement été assassiné parce que, en émancipant les Africains, il gênait les intérêts français.

Comment a réagi la population en apprenant la mort d’un aussi important leader qui se faisait appeler André M’Bemba Kivoukissi c'est-à-dire sauveur, libérateur ?

La réaction se situe à deux niveaux. Le premier niveau, c’est que la population ne voulait pas croire que Matsoua est mort tant qu’elle n’a pas vu son corps. Evidemment, pour empêcher une véritable crise, Matsoua a été enterré dans la clandestinité totale. Le second niveau, et c’est ce qui fait l’intérêt de cet entretien, c’est que le mouvement créé par feu André Matsoua pour émanciper ses frères Africains, s’était simplement transformé en une religion syncrétiste… C’est sur ce point que je voudrais attirer l’attention de mes camarades africains. Comment peut-on vider un si noble combat de sa substance pour en faire un simple opium, une simple religion avilissante ?

Comme ce fut le cas de Simon Kimbangu au Congo belge ?

Exactement ! La preuve même c’est que les mêmes thèmes bibliques laissés par le kimbanguisme foisonnent dans la religion matsouaniste qui sera divisée en plusieurs sectes dont la foi repose sur le retour d’André Matsoua…Voilà d’où vient le thème messianisme dont je parle souvent.

Comment se manifeste vraiment ce messianisme matsouaniste au Congo ?

Au lieu de continuer le combat politique de Matsoua, ses adeptes ont plutôt composé des cantiques, des prières qui lui sont adressées pour qu’il revienne parmi eux et qu’il poursuive son œuvre émancipatrice. Ainsi depuis 1942, des milliers d’hommes continuent d’attendre le retour d’André Matsoua. Simplement ridicule ! Personne n’a osé continuer le combat d’André Matsoua. Regardez le Congo aujourd’hui ! A qui profite son pétrole ? Au peuple ?

Aujourd’hui vous avez une idée d’un dirigeant Africain pragmatiste ?

Oui ! Moi, je pense à Paul Kagamé, président du Rwanda. Il est concret. Il a décidé de rompre avec la France, et il l’a fait sans état d’âme. Il parle anglais aujourd’hui, il ne parle plus français. Il tisse d’autres relations économiques sans tenir compte de sa relation historique avec la France. Et le Rwanda se développe sereinement…Voilà un leader concret, pragmatiste à la tête d’un peuple qui lui fait confiance.

Nous sommes à la fin de notre entretien. Quel appel lancez-vous aux panafricains ?

Aujourd’hui, la question est de savoir si chaque panafricain sera capable de prendre conscience de sa mission sur le continent… J’ai foi. Le message des panafricains et la lutte des panafricains porteront fruits bientôt. La vraie révolution panafricaine viendra de la république de Guinée. La Guinée est le creuset du panafricanisme. Les Guinéens sont de grands panafricains. Le message libérateur d’Hamed Sékou Touré résonne encore dans leur cœur et je suis sûr que le réveil panafricain viendra de la Guinée. Souvent, certains camardes panafricains me trouvent un peu dur, un peu radical. Oui, moi je préfère être radical que d’être rêvasseur. Oui, pour la dignité de l’Afrique, on ne doit pas transiger. Ahmed Sékou Touré a dit « non » là où des Africains faisaient des calculs politiques mesquins pour être assimilés aux Français capitalistes. Ahmed Sékou Touré a regardé la dignité de l’Afrique et a dit « non » à De Gaulle, à la France impérialiste avec toutes ses promesses fallacieuses qui maintiennent aujourd’hui malheureusement le riche continent africain dans la servitude occidentale. En toute chose, pour moi il faut qu’on soit concret. C’est le pragmatisme. Arrêtons de pleurnicher et d’appeler Sékou Touré, N’krumah, Lumumba…, qui nous ont déjà tracé le chemin. Sékou Touré a dit « non » à la France pour que nous soyons aussi capables de dire « non » à n’importe quelle puissance qui compromettrait notre dignité africaine. Simon Kimbangu a dit en 1921 : « Que les Blancs envahisseurs, source de souffrances s’en aillent… » A-t-il menti ? Il suffit de regarder les souffrances de nos peuples africains aujourd’hui ! Il suffit de regarder la misère des populations africaines pour se rendre compte que Simon Kimbangu avait eu raison depuis 1921 ! Les Blancs continuent de piller les richesses du continent et les Africains continuent d’être pauvres. En Côte d’Ivoire, les sociétés de cacao comme Cargill, Callebaut, pillent les forêts classées à cause du cacao. Elles ont organisé sous les yeux des Ivoiriens, un vrai écocide. Au non des tablettes de chocolat ces sociétés ont détruit la faune et la flore pourtant protégées. Mais personne n’en parle en Côte d’Ivoire. Peut-être que les Gbagboistes attendent que Gbagbo sorte de la prison de Haye pour venir parler à leur place, tout comme les adeptes de Matsoua et Kimbangu attendent qu’ils ressuscitent pour venir continuer le combat libérateur. Je trouve que ce n’est pas juste. Il faut que les panafricains s’organisent mieux sur le continent et qu’ils soient plus pragmatistes. En réalité, les Blancs savent que quand un leader africain s’en va, il n’y a plus personne comme lui pour lui succéder. Or il faut continuer le combat. C’est sur cette tare là que misent les impérialistes pour décapiter les mouvements politiques en Afrique. Ils déportent les leaders africains à la CPI s’ils ont la chance de survivre aux coups d’état qu’ils fomentent.

Entretien réalisé à Accra au Ghana par J.J Akafo, free-lance journalist, (London)

Retranscription et traduction de l’anglais au français : Akossiah Gwladys, University of Cape Town (Afrique du Sud)

Posté par COLBERTCANAL à 10:10 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

22 juillet 2015

Côte d’Ivoire : L’islamisme en question

 

Par Colbert Kouadjo

 

basilique

LA BASILIQUE NOTRE DAME DE LA PAIX DE YAMOUSSOUKRO

 Bruits des djihadistes aux portes de la Côte d’Ivoire. Les combattants musulmans auraient planté le drapeau de l’islam  au sud du Mali, à 20 kilomètres du grand Nord de la Côte d’Ivoire. Inquiétées, les autorités françaises par le biais du  ministère français des Affaires étrangères recommandent une vigilance accrue aux Français résidant ou de passage en Côte d'Ivoire. La question qui circule sur toutes les lèvres aujourd’hui, c’est de savoir si la Côte d’Ivoire est un terreau où peut germer l’islamisme.

Près de 40% des habitants de Côte d'Ivoire sont musulmans pendant que 20% sont catholiques et 5% sont protestants. Pourtant depuis 1960, le christianisme semble être la religion officielle de la Côte d’Ivoire. Le catholicisme est considéré comme la religion d’Etat. Les diplomates accrédités dans le pays sont chapeautés par le nonce apostolique, le représentant du pape, de Rome et de l’église catholique. La religion catholique est donc la mieux reconnue par l’Etat de Côte d’Ivoire. Cette reconnaissance a été matérialisée par la construction de la basilique Notre-Dame de la Paix de Yamoussoukro consacrée par le pape Jean Paul II  le 10 septembre 1990. Selon des sources très crédibles, la basilique Notre-Dame de la Paix de Yamoussoukro est l'édifice religieux chrétien le plus grand au monde et son apparence rappelle celle de la basilique Saint-Pierre de Rome.  Le livre Guinness des records l'a reconnu en 1989 comme le plus grand édifice religieux chrétien au monde. Notre-Dame de la Paix de Yamoussoukro est le symbole de la ferveur de la foi catholique et la puissance de l’église catholique en Afrique. 122 millions d’euros, représentant  60% du budget annuel du pays ont été engloutis dans les travaux de construction, ce qui avait suscité des polémiques. Car déjà en 1983, l’économie du pays s’effondrait et le taux de chômage galopait. Cette  époque de la fameuse « conjoncture » engendra les programmes de redressement économiques imposés par le Fonds monétaire international.  La Côte-d'Ivoire, après avoir été la vitrine de l'Afrique, connaissait une faillite économique, une instabilité sociale et une agitation politique sans précédent. Pourquoi Houphouët Boigny a-t-il préféré engloutir la somme colossale représentant  60%  du budget annuel de son pays dans la construction de la plus grande basilique du monde pour ne satisfaire que 20%  de sa population (20% de la population est catholique) ? En tout cas l’enjeu est obscur. Pour certains musulmans, la construction d’une œuvre aussi pharaonique comme la Basilique Notre Dame de la Paix est la preuve que l’islam a peu de prix aux yeux d’Houphouët Boigny qui, pour se justifier, déclarait que cette œuvre religieuse avait été financée sur sa fortune personnelle[]. Selon des observateurs plus avertis, la construction de Notre-Dame de la Paix de Yamoussoukro faisait partie de la politique d’endiguement de l’islam en Afrique prônée par Rome et tout l’occident qui craignaient sa menace et son développement rapide. C’est un fait historique : L’administration coloniale  française avait peur des musulmans, parce que la communauté musulmane  avait une écriture qu’elle ne pouvait pas lire. En plus, elle  avait accès  grâce à la religion, à des réseaux internationaux. Aussi l’administration avait-elle peur que  les musulmans eussent des connexions possibles avec le Proche-Orient et le Maghreb par le biais de l’islam. La peur du panislamisme est un sentiment encore général en occident et particulièrement en France. Houphouët Boigny obéissait-il à un ordre de la puissance coloniale en construisant cette basilique pour matérialiser la religion de la  puissance coloniale ? La peur du complot, la peur de la subversion musulmane, voilà tout ce qui pouvait guider une telle action. Ignorait-il les conséquences de son acte ? En tout cas, l’injustice contre  la communauté  musulmane était si criante qu’en 1992, elle  obtient l’autorisation des autorités pour prier sur le parking non couvert de l’Hôtel de ville du Plateau, le quartier des affaires d’Abidjan. En 1993, Houphouët lui accorde un terrain pour construire une mosquée au Plateau. Mais à la mort d’Houphouët en 1993, Alassane Dramane Ouattara se cramponne à la colère des musulmans ivoiriens et en fait son combat politique. Du coup, les musulmans le considèrent alors comme le Robin des Bois venu leur rendre justice. Ils adhérèrent tous à son combat politique. En 1994, Henri Konan Bédié tente de réparer ce tort causé par Houphouët aux musulmans en posant la première pierre de la mosquée du Plateau. Malheureusement, cette œuvre n’aura pas la dimension de la Basilique Notre Dame de la Paix de Yamoussoukro. C’est en 1996 que démarrent les travaux de construction. Il était déjà trop tard car le 27 septembre 1994,  le Rassemblement des Républicains, parti politique d’Alassane Dramane Ouattara est créé pour fédérer tous les musulmans de Côte d’Ivoire. Ouattara devint alors le leader politique des musulmans.

Alassane Dramane Ouattara et l’islam

Alassane Dramane Ouattara basa son combat politique sur les musulmans même s’il n’est pas lui-même musulman comme il le prétend. Plusieurs de ses proches ont déjà témoigné qu’il boit du champagne. Certains parmi eux ont témoigné qu’il n’a jamais prié. Son alliance avec les musulmans est purement stratégique et politique. Par ailleurs il a utilisé l’islam pour étendre sa popularité en Afrique occidentale. Au mali, en Guinée, au Burkina Faso, au Niger pays très islamisés, les musulmans prirent fait et cause pour lui. Ouattara a convaincu une partie des sénateurs américains en présence de quelques imams ivoiriens qu’en Côte d’Ivoire, les musulmans sont exclus de la politique. Comme une trainée de poudre, « le mal » des musulmans ivoiriens traversa la classe politique américaine. Le 9 octobre 1999, il fit cette déclaration à Paris : « On m’empêche d’être candidat à la présidentielle, parce que je suis du Nord et musulman. » Ouattara créa une telle sympathie internationale pour les musulmans ivoiriens de sorte que  le Nord musulman aidé par des combattants musulmans Malien, nigériens, guinéens, burkinabés…, affronta le Sud chrétien après le coup d’Etat manqué contre Laurent Gbagbo, le président chrétien. Ainsi par des dérives verbales basées sur la fibre religieuse, Ouattara et ses comparses ont réussi aujourd’hui à créer une vraie tension entre les musulmans et les chrétiens ivoiriens.

Politique de Rattrapage

Même parvenu au pouvoir, Ouattara continue de jouer sur la fibre religieuse pour gouverner. Sa politique de « rattrapage » consiste à faire croire que, longtemps négligés, il est temps que les musulmans profitent du développement du pays. Voilà donc la triste réalité qui se présente aux Ivoiriens aujourd’hui.

A qui profite la menace djihadiste en Côte d’Ivoire ?

En avril 2013 fut publiée une étude d’envergure réalisée par le Pew Research Center intitulée Musulmans dans le monde: Religion, Politique et Société. Elle révèle un engouement général pour le retour à la loi islamique, à la charia. Le rapport officiel conclut que « les musulmans sont profondément engagés pour leur foi : ils voudraient que les enseignements de leur religion régissent non seulement leur vie privée, mais aussi la politique et la société entière. Beaucoup expriment le souhait de voir la loi islamique, la charia, reconnue comme la loi officielle de leurs pays ». Et le fait remarquable, c’est que 16 pays de l’Afrique sub-saharienne font partie de ces pays où les musulmans réclament la charia. En Côte d’Ivoire, les discours haineux d’Alassane Dramane Ouattara contre le sud chrétien favorisé selon lui par la politique d’Houphouët, ont favorisé la naissance d’une classe de prédicateurs musulmans très radicaux contre les chrétiens, surtout contre  les chrétiens évangélistes. En tout cas, le pays est aujourd’hui un terreau très fertile à l’islamisme avec l’existence d’un courant wahhabite chez les musulmans.

 Cet article a été publié sur Agoravox

 Colbert Kouadjo est journaliste et auteur du roman "holyçane la chanteuse de jazz et les chasseurs d'albinos" paru aux éditions Edilivre Paris ( janvier 2015)

 

05 juillet 2015

CÔTE D'IVOIRE/ BARRAGE DE SOUBRE

 

CI-Energies offre une cité moderne à la population de Kouamékro

khalifa

M.Khalifa Hadrami DG de 2TBCG

Ce sont plus de 80 villas qui sont bâties actuellement sur le site de Galéa  pour installer la population de Kouamékro, village de planteurs baoulé qui sera entièrement englouti par le barrage de Soubré. Tant que ce village n’est pas déplacé, les travaux du barrage seront bloqués.  C’est pourquoi, Ci-Energie, maitre d’ouvrage de la construction du barrage  a mis tous les moyens à la disposition des entreprises chargées de la construction de la cité moderne de Kouamékro. « CI-Energie a mis les moyens financiers à notre disposition pour finir dans un très bref délai, la construction  de la cité de Kouamékro. Nous n’avons aucun problème avec CI-Energies dans le paiement de l’argent » a témoigné  Khalifa Hadrami,  directeur de 2TBGC chargée de construire une tranche de 17 villas. Ce sont des villas de trois  et cinq pièces.  La cité de Kouamékro sera dotée d’infrastructures modernes. C’est que le bureau d’ingénieurs Tractebel Engineering et le BNETD qui ont réalisé l’étude de faisabilité de la construction du barrage veillent au quotidien sur les impacts  environnementaux et sociaux de la construction du barrage, situé sur le fleuve Sassandra, 60 kilomètres à l’aval de l’aménagement hydroélectrique de Buyo. La présence du barrage créera une retenue de 17,3 Km2 à la cote de la retenue normale et 22,2Km2 à la cote des plus hautes eaux. Le barrage de Soubré comportera une digue en remblai d’une hauteur maximale de 15,5m et d’une longueur de 4,5Km, un déversoir à seuil vanné constitué de 6 passes de 11 mètres de large chacune permettant l’évacuation des crues exceptionnelles, une passe équipée d’un bulbe de 5MW permettant  de faire passer un débit réservé garantissant la préservation des chutes de la Nawa, trois conduites forcées alimentant une usine hydroélectrique d’une puissance installée de 270 MW, permettant la production moyenne annuelle de 1200 GWh/an, soit 2/3 de la production moyenne de toutes les centrales hydroélectriques actuelles.

CI-Energies est le maitre d’ouvrage de la construction du barrage et la réalisation du projet est confiée à l’entreprise chinoise SINOHYDRO et durera 5 ans. 

Colbert Kouadjo correspondant à Soubré SOURCE: LE NOUVEAU COURRIER

Posté par COLBERTCANAL à 21:57 - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

18 mai 2015

spoliation économique

CACAO DE CÔTE D'IVOIRE

Touré Massandjé, Zoumana Bakayoko, Loïc Folleroux se partagent le butin national du cacao

 

Les coopératives de café-cacao qui avaient fait la force des planteurs ivoiriens contre les grandes filiales internationales du négoce ont été supprimées depuis l’arrivée d’Alassane Ouattara au pouvoir. En lieu et place, un groupe de personnes qui se recrutent essentiellement dans l’entourage familial ou politique du chef de l’Etat a pris le relais et se partage désormais le butin national du cacao en Côte d’Ivoire. Le journal revient sur leur ascension fulgurante.

ca

En Côte d’Ivoire, Lucien Tapé Do, symbole à la fois triomphant et déprimant de la nouvelle réussite des planteurs ivoiriens et des dérives qui en ont résulté n’est plus qu’un passé qu’on évoque dans les discussions de maquis ou autour d’agapes arrosées. Il y a quelques années, ce planteur aux mœurs légères et à la main sur le coeur avait tenté un soutien militant à Alassane Ouattara. Une sortie d’autant plus de courte durée que d’une part, les portes de la filière café-cacao semblent à jamais s’être refermées sur ses nouveaux barons et que, d’autre part, les planteurs ne sont franchement plus les bienvenus dans ce cercle de privilégiés. Car ceux qui ont fait main basse sur la filière ne savent rien des souffrances et des frustrations d’un planteur qui doit débroussailler son champ, planter, attendre les premières récoltes et espérer qu’on lui fixe le « meilleur » prix du kilogramme des fameuses fèves. Car à part l’ancien directeur général de l’ex- caisse de stabilisation Lambert Kouassi Konan qui est horticulteur et possède des centaines d’hectares d’hévéa près d’Anyama, c’est désormais une cohorte de diplômés appartenant au cercle d’amitié et de relais politiques d’Alassane Ouattara ou de son épouse qui a mis la main sur la filière.Tout tourne en effet autour du couple et commence ainsi en 2011. Dans l’environnement de chasse à l’homme qui s’installe rapidement en Côte d’Ivoire après la chute de Laurent Gbagbo, le nouveau régime lance la réforme du secteur. Il prend pour prétexte les procès des barons de la filière débutés sous l’ancien président pour liquider les coopératives de planteur et installer ses hommes. Face à la puissance des multinationales du cacao en général et des chocolatiers en particulier, le président Laurent Gbagbo avait mis en place des coopératives de planteurs et la création d’une multitude de structures pas toujours heureuses dans leur animation. Mais grâce à cette digue, les coopératives achetaient bord champ puis revendaient aux multinationales à des coûts qui permettaient des gains inespérés aux plateurs ivoiriens. Ce fut le grand boom des planteurs de Côte d’Ivoire. Avant la chute de Laurent Gbagbo, le prix du cacao se négociait notamment à plus de 1000 francs. Du jamais vu dans notre pays ! Ancienne caisse noire des périodes fastes houphouëtiennes, la caisse de stabilisation fut supprimée à la demande du FMI qui y voit la caisse noire des pouvoirs successifs d’Houphouët et de Bédié. Sa suppression est confirmée sous la transition militaire. La Caistab fait alors place à la bourse du café et du cacao, en abrégé BCC. De nombreux planteurs font ainsi leur entrée dans le conseil d’administration de cette nouvelle institution chargée de gérer les milliards que génèrent le cacao et le café et dont les producteurs sont malheureusement démunis…Le nouveau régime referme donc cette parenthèse que regrettent les planteurs ivoiriens en nommant Massandjè Touré Litsé. Proche de Guillaume Soro qui, à l’orée de la ouattarandie, cumule les postes de premier ministre et ministre de la défense, Touré Massandjè atterit à la tête de la nouvelle bourse du café-cacao qui ne compte plus de planteurs en son sein. La filière va d’ailleurs rapidement devenir l’affaire exclusive du régime. En effet pour capter la rente cacaoyère, de nouveaux acteurs puisés de la liste des proches d’entre les proches du chef de l’Etat voient le jour. Leur tête d’affiche est bien évidemment Loïc Folleroux, le fils aîné de la première dame. Ancien directeur Afrique d’Ammarjaro, Loïc Folleroux qui a été viré par le géant américain a créé Africa Sourcing Côte d’Ivoire et compte désormais au nombre d’exportateurs nationaux. Le fils de Dominique Ouattara a même le droit de livrer une guerre d’usure à ses anciens employeurs et à l’ensemble du « Big Four », à savoir ADM, Cargill, Barry Callebout et Cémoi. Depuis, Africa Sourcing a tendu ses tentacules au Togo, en Guinée, au Cameroun. Le moins connu et dont l’arrivée dans la filière est le symbole achevée du système de quotas est Zoumana Bakayoko, frère aîné du ministre de la sécurité intérieure et plaque tournante de la ouattarandie. Avant l’arrivée d’Alassane Ouattara au pouvoir, Zoumana Bakayoko était ingénieur en informatique et gérait la société de Télécoms Sirio international. C’est en 2011 qu’il débarque dans la filière du café-cacao grâce à ses entrées au sein de la ouattarandie. Son agrément d’exportateur dans la poche, il crée Agro West Africa en s’associant au franco-libanais Philippe Nakad. En plus des fèves de cacao, Zoumana Bakayoko s’est spécialisé dans la vente des engrais. L’année dernière, il a vendu 33.000 tonnes d’engrais et son entreprise a affiché un chiffre d’affaires de 15 milliards pour la seule année 2014-2015. S’ils ne font pas partie du gratin de la politique du rattrapage ethnique, ces nouveaux barons de la filière qui cultivent à l’extrême la discrétion comparés à leurs devanciers se recrutent dans le milieu des amis ivoiriens ou français du couple Ouattara. C’est le cas de Lambert Kouassi Konan qui retrouve les repères de la caisse de stabilisation malgré le maquillage qui présente la nouvelle structure comme celle des paysans. Cet ancien ministre de Bédié, très proche d’Alassane Ouattara avait tenté d’empêcher la liquidation de l’ancienne Caistab. Il s’en trouve sans doute soulagé. Comme lui, les amis ou partenaires présidentiels français trônent également dans la filière cacao. Il s’agit notamment de Lionel Soulard de Cargill West Africa qui, à lui seul, a la mainmise sur 300.000 tonnes de fèves de cacao, soit le cinquième de la production nationale.

Par Sévérine Blé

 

Posté par COLBERTCANAL à 23:12 - Commentaires [0] - Permalien [#]


16 mai 2015

VIOLATIONS DES DROITS

 

Côte d'Ivoire/Deux ans après l’arrestation d’Ourémi Amadé

Selon le MIDH le cacao du Mont Péko toujours « illégalement » exploité

 

 cacao

Le Gouvernement ivoirien devrait ouvrir une enquête et punir sans discrimination les responsables du crime organisé autour du Cacao provenant du Parc national du Mont Péko occupé illégalement par des paysans, a déclaré le Mouvement Ivoirien des Droits Humains (ci-après MIDH) dans un communiqué publié jeudi 14 mai 2015, dont lepointsur.com a reçu copie.

Le site du parc national protégé à l’ouest de la Côte d’Ivoire – dont il tire son nom du mont péko qui culmine à plus de 1000 m dans la localité de Duékoué avec une superficie de 34000 hectares – est infiltré par les planteurs de cacao depuis la crise de 2002.

Selon un recensement réalisé en 2013 par les autorités gouvernementales ce sont environ 24000 personnes qui se sont installées dans ce parc dont la moitié sont des enfants qui pour la plupart travaillent dans les plantations. « A la faveur de la crise de septembre 2002, Duékoué était une Zone tampon. Un certain OUEREMI AMADE (d’origine Burkinabé) a profité de cette crise pour infiltrer le Parc du Mont péko et y a installé ses compatriotes jusqu’à dévaster 80% du Parc pour faire des champs et des plantations de Cacao…. Il avait des armes à l’intérieur du Parc. Il a créé des check-points et un bunker…,» a indiqué le Préfet de région, Président du comité de gestion d’évacuation des infiltrés du Mont péko.

Deux ans après l’arrestation du chef milicien Ourémi Amadé qui organisait la vente illégale de la forêt, les autorités ont affirmé avoir sensibilisé les planteurs pour qu’ils quittent le parc et pourtant les paysans clandestins encore nombreux continuent à cultiver du cacao malgré l’interdiction. Ces paysans feraient même l’objet de violence et de crime organisé sur la vente de leur cacao au mépris du prix homologué et des prélèvements sont opérés dans des check-points de passage obligé dits ports secs tenus par des civils. «Ces ports secs sont contrôlés par des jeunes dont nous avons certains noms. Ces jeunes semblent être protégés par les autorités en charge de la sécurité du mont péko qui n’acceptent pas qu’on y franchisse pour en savoir davantage », A indiqué la mission du MIDH.

Les premières conclusions du MIDH sont basées sur des investigations effectuées pendant une semaine à Duékoué, Guiglo et Man. Le rapport d’une trentaine de pages publié aujourd’hui est un document d’informations comprenant des témoignages recueillis sur les exactions et les crimes organisés sur les paysans clandestins du parc. Ces informations et témoignages ont été recueillis auprès d’autorités civiles et militaires, d’opérateurs économiques et de planteurs. En dépit des intimidations des autorités en charge de la sécurité du parc du mont péko, la mission a pu poursuivre sa documentation jusqu’à terme.

A qui profitent ces prélèvements ?

Au cours des entretiens avec la mission du MIDH, des personnes ont évoqué le manque de volonté des autorités administratives et des autorités en charge de la sécurité du parc à mettre fin au système de prélèvements sur le cacao provenant du parc. «Pis, quand vous vous plaignez des prélèvements faits sur nos produits, les eaux et forêts (entendu agents de l’Office ivoirien de protection des parcs et réserves –l’OIPR) viennent détruire vos plantations si vous êtes paysans ou bien ils bloquent le camion des acheteurs qui refusent de payer les prélèvements et ils vous traitent en ennemis. Trois de nos compatriotes sont aujourd’hui en détention préventive à la prison de Man,» a déclaré un témoin.

« Quelqu’un est venu me proposer la somme de 800 millions de francs CFA si j’acceptais d’entrer dans le contexte. Je leur ai dit que mon derrière n’est pas solide…, » a indiqué une autorité en charge de la sécurité de la ville.

Bien que les autorités locales et certains jeunes qui tiennent ses ports secs aient reconnu l’ampleur du phénomène, ils semblent approuver cet état de fait et le justifie par le financement de travaux de réprofilage de voies d’accès dans le parc. « Quand on paye à 750 F CFA le kg aux planteurs, à la sortie vous payer 100 F CFA par kg que vous remettez aux jeunes qui tiennent ses barrages. Ensuite un coup de fil lancé par l’un d’entre eux te permet de traverser le dernier check-point des agents de sécurité. Ils refusent que vous donniez un reçu d’achat aux planteurs…, » a déclaré un opérateur économique.

Des autorités villageoises et chefs de canton ont confié à la mission qu’ils n’ont pas été associés à la question du déguerpissement des occupants du parc. « Ils nous ont convoqués à une réunion un jour pour dire que des sites vont être créés pour recevoir les occupants du parc du mont péko. C’est des gens avec qui nous ne pouvons pas vivre, parce qu’ils sont barbares et violents. Si on accepte aujourd’hui, c’est pour nous arracher encore nos terres. Nous souhaitons qu’on les fasse retourner d’où ils viennent. Quand ils vendent leur cacao-là, ils deviennent arrogants, ils traversent à vive allure nos villages à moto sans tenir compte des enfants » ont déclaré des notables.

« Et pourtant, dès que l’annonce de déguerpir le parc a été faite aux occupants, certains ont pu louer des portions de terre cultivables dans des villages environnants. Ce sont les villageois eux-mêmes qui leur vendent des portions de terre moyennant de l’argent », a déclaré un correspondant local de presse.

Une justice allégorique ?

« Le fait que deux leaders soient arrêtés – mi janvier 2015 – pour avoir dénoncé ce crime sur la vente du cacao et que la vingtaine de paysans illégaux aient vu détruire leurs plantations par des agents de l’OIPR après avoir porté plainte contre deux des leurs (tenant à ce jour des ports secs) et qu’un opérateur économique soit arrêté seul le 3 mars 2015 pour des faits dont ils sont trois à les avoir commis, est allégorique de l’arbitraire de la justice à laquelle se heurtent beaucoup de paysans du parc ainsi que des opérateurs économiques de la région ,» a souligné le MIDH.

Depuis la fin de crise de 2010, le Gouvernement ivoirien a fait la promesse de ne plus omettre d’enquêter sur tout délit criminel, de poursuivre et punir leurs actes. L’impunité dont jouissent les auteurs du crime organisé sur le cacao du parc au mépris de la situation dramatique des paysans du mont péko doit cesser afin de créer un climat propice au départ assisté de ces infiltrés.

« Mettre un terme à la commercialisation frauduleuse du cacao et permettre aux occupants de quitter dignement le parc du mont péko, de même recourir à une justice équitable pour des justiciables sans exclusive ni partisane requière un engagement de la part du gouvernement, en particulier du ministère d’état, de l’intérieur et de la sécurité, du ministère de l’agriculture, du ministère des eaux et forêts, du ministère de la justice et des droits de l’homme, du ministère des affaires sociales, du ministère de la défense et du ministère de la famille », a relevé Me Doumbia Yacouba Président du Conseil d’administration du MIDH.

 source lepoinsur.

 

Posté par COLBERTCANAL à 11:58 - Commentaires [0] - Permalien [#]

30 avril 2015

LUTTE CONTRE LES MEURTRES RITUELS CONTRE LES ALBINOS AFRICAINS

deuxième

Colbert Kouadjo (journaliste-écrivain) : « Les crimes rituels contre les albinos et les sacrifices humains en général  sont des obstacles au développement de l’Afrique »

 

Colbert Kouadjo est l’auteur du roman « Holyçane la chanteuse de jazz et les chasseurs d’albinos » qui fait parler de lui depuis sa parution le 14 janvier 2015. A travers ce roman, tous les albinos africains viennent de retrouver l’avocat qui leur manquait. « Holyçane la chanteuse de jazz et les chasseurs d’albinos », c’est l’histoire d’une albinos nommée Holyçane, une petite libérienne qui échappe aux chefs de guerre en quête d’albinos pour adorer leurs fétiches. C’était en 1989. Cette aventure pathétique, racontée dans un style simple, s’adapte à tous les lecteurs. Elle démarre à Monrovia, capitale du Liberia puis atteint son paroxysme dans une autre capitale Africaine où la petite albinos s’est refugiée avec son père... Le courage et l’intelligence de Holyçane sont comparables à ceux d’Anne Zingha, reine d’Angola qui résista à l’invasion portugaise. Cette petite albinos qui chante le jazz comme les crooners de la Nouvelle-Orléans, ne gagne pas seulement sa vie en chantant. Mais pendant les concerts, elle fait passer le message de la dignité des albinos de l’Afrique, elle dénonce les nombreuses superstitions qui menacent les albinos africains. Elle fait sa révolution dans cette capitale où fourmillent les tueurs d’albinos appelés chasseurs d’albinos.  Elle devient une étoile pour les albinos africains. Elle devient  le doigt qui leur montre le soleil. Enfin, elle devient la voix qui leur dit : « débout pour votre dignité ! »…Mais au-delà de ce combat héroïque de la jeune albinos, le journaliste Colbert Kouadjo, fervent défenseur des droits de l’Homme, déploie aussi son talent de sociologue pour poser un véritable problème. Car, avant tout, il faut savoir poser des problèmes : quelles sont aujourd'hui les avancées économiques, sociétales et politiques engendrées par les nombreux sacrifices humains et crimes rituels contre les albinos en Afrique ?  L’Afrique peut-elle être émergente avec des peuples qui croient encore en des meurtres rituels ? Nous avons rencontré Colbert Kouadjo, le nouvel avocat des albinos africains de passage à Cotonou et il a accepté de nous accorder cet entretien ô combien riche ! Nous le proposons à tous les Africains, pour qu’ensemble, nous prenions conscience qu’il nous faut faire une rupture avec nos croyances obscurantistes qui ne font que retarder l’Afrique sur le chemin du développement. Les meurtres rituels contre les albinos n’apporteront jamais l’émergence à l’Afrique. Entretien :

 

Dominique Houédjissou : Après lecture de ton roman, est-ce qu’on peut affirmer que les meurtres rituels perpétrés contre les albinos africains constituent un obstacle épistémologique pour l’Afrique ?

 

Colbert Kouadjo : C’est une affirmation juste. C’est d’ailleurs la raison principale pour laquelle j’ai écrit le roman. C’est à cette réflexion que je voudrais inviter tous les lecteurs.  En ce 21eme siècle, les Africains doivent abandonner toutes les pratiques obscurantistes pour accéder à la science qui libère l’homme en apportant le développement. Gaston Bachelard, dans « La formation de l’esprit scientifique » déclare : « Accéder à la science, c'est, spirituellement, rajeunir, c'est accepter une mutation brusque qui doit contredire un passé ». Si les Africains veulent que le continent soit développé et émergent,  ils doivent lutter contre les obstacles épistémologiques, les obstacles à la science pour former un véritable  esprit scientifique. Les sacrifices humains sont des pratiques obscurantistes en Afrique. Pour les courants intellectuels et politiques progressistes, héritiers de la philosophie des Lumières, l’obscurantisme est une attitude d'opposition à la diffusion du savoir, dans quelque domaine que ce soit. Quand vous lisez le roman « Holyçane la chanteuse de jazz et les chasseurs d’albinos », il est évident que vous-vous révoltiez contre les nombreux obstacles à la science. Et c’est grave pour l’Afrique.  Par exemple, comment un Africain peut croire aujourd’hui que coucher avec une jeune fille albinos peut guérir le sida ? Comment enterrer un albinos dans un champ peut-il fertiliser la terre ? Pourquoi certains politiciens africains croient que sacrifier un albinos peut leur assurer la victoire aux élections ? Je vous dis que les meurtres rituels contre les albinos sont des obstacles à l’esprit scientifique en Afrique.

 

Selon vous, pourquoi les africains tuent, violent, mutilent-ils les albinos ?

 

Colbert Kouadjo : A la page 26 du roman, il est écrit : « Les albinos africains sont très menacés actuellement par les préjugés et les superstitions au nom desquels ils sont sacrifiés : des hommes politiques les sacrifient pendant les campagnes électorales pour être élus, des hommes d’affaires les sacrifient à des fétiches pour faire prospérer leurs affaires, des agriculteurs les enterrent dans des plantations de cacao, de café, de palmier, de coton, pour rendre la terre fertile. Même certains serviteurs de Dieu enterrent des bébés vivants d’albinos dans leur église pour attirer les fidèles et accroitre leur popularité. Certaines parties des corps des albinos sont recherchées pour leurs supposées puissances miraculeuses. Des gourous et des guérisseurs concoctent des potions magiques avec ces parties-là et les vendent à des millions de francs en Afrique. Ces superstitions ont développé dans plusieurs pays africains, un marché habilement exploité par des guérisseurs, des marabouts et des gourous qui font des albinos leur fonds de commerce… Un important magazine avait rapporté que sur le marché des organes d’albinos, le corps complet d’un albinos y compris le sang se vendrait à 200000$ … » Voilà en substance ce qui pousse en général les Africains à massacrer les albinos en s’appuyant sur des superstitions. Ce n’est pas triste ça ? Quand des Africains croient encore que coucher avec une fille albinos peut guérir le sida, vous comprenez l’obstacle qui s’érige sur le chemin de la recherche scientifique pour trouver  le médicament contre le VIH. A la page 28 du roman, il est encore écrit : « Pour être guéris du sida, ils violent une albinos de cinq ans ». Des guérisseurs qui conseillent aux sidéens de coucher avec des filles albinos pour être guéris du sida. Vous comprenez le degré de l’obscurantisme qui gangrène une catégorie d’africains. Pour être riches, des gourous recommandent aux hommes d’affaire superstitieux des sacrifices d’albinos. Plusieurs politiciens mettent leur foi en ces croyances aussi déshumanisantes au point qu’en Tanzanie, L'ONU dénonce depuis 2013 une recrudescence des attaques contre les albinos à mesure que les élections approchent.  Lisez par exemple le discours de la petite Holyçane, le protagoniste du roman, à la page 21, avant son concert de jazz: « Pendant les campagnes électorales, à cause des hommes politiques, les albinos africains sont obligés de se cacher pour ne pas être victimes des crimes rituels. Ces chasseurs d’albinos sont sponsorisés par les ministres, les députés, les hommes d’affaires… Fouillez leurs domiciles et vous y trouverez les corps d’albinos enterrés dans des antichambres. Ils s’abreuvent chaque jour de sang d’albinos. Plusieurs cossus de ce pays détiennent un morceau d’albinos, un os ou des cheveux d’albinos sous forme de gris-gris porte-bonheur qu’ils adorent. On nous chasse comme on chasse des éléphants pour leurs ivoires, comme des rhinos pour leurs défenses, comme du gibier de brousse pour leur chair comestible. Dites aux Africains que le sang qui coule dans les veines d’un albinos est le même qui coule dans leurs veines… Qu’on cesse alors de boire notre sang sous le prétexte que ce sang apporte puissance, gloire, fortune et guérison. C’est de la superstition. C’est de l’obscurantisme. C’est de la barbarie. Mesdames et messieurs, pourquoi au 21eme siècle, des gens peuvent-ils fonder leur vie sur des superstitions et des croyances aussi déshumanisantes ? Pourquoi des gens peuvent- ils penser de nos jours que le sida peut se guérir en couchant avec une albinos ? » Voilà donc quelques  unes des raisons qui poussent les Africains à assassiner les albinos.

 

Parlant de catégorie, peux-tu déterminer la catégorie d’Africains qui s’adonnent aux meurtres rituels contre les albinos ?

 

Colbert Kouadjo : Dans certains pays africains, les albinos sont obligés de rester enfermés pendant les périodes électorales. Renseignez-vous au près des associations de défense des albinos, elles vous le diront. Des politiciens superstitieux s’adonnent aux sacrifices d’albinos croyant s'assurer ainsi la victoire électorale. A cause des superstitions, les albinos deviennent les moutons de sacrifice de plusieurs politiciens africains. C’est de l’obscurantisme véritable. Pour être élus président de la République, maire, député…, les politiciens africains ont-ils besoin de sacrifier des albinos? Il leur suffit de présenter un bon programme de développement et de gouvernance au peuple. C’est pareil pour les hommes d’affaire. Pour faire prospérer les affaires, ils n’ont pas besoin de sacrifier des albinos. Il y a aujourd’hui des méthodes modernes de gestion, de marketing pour faire prospérer une affaire. Il y a des techniques modernes pour faire prospérer une affaire, sans oublier que nous sommes dans un monde globalisé. Les Africains doivent apprendre à copier les meilleurs exemples des occidentaux ou asiatiques. Leur prospérité ne repose pas sur le sang humain ou le sacrifice humain.

 

Est-ce que tu peux expliquer le silence des gouvernants africains face aux  massacres des albinos africains ?

 

Colbert Kouadjo : Le massacre massif des albinos, la mutilation des albinos, le viol des albinos, l’exclusion sociale des albinos sont la belle démonstration que les droits de l’Homme et la dignité humaine ne préoccupent pas les gouvernants. Et ce n’est pas faux de le dire. Parler de droits de l’Homme dans un pays africain, c’est comme insulter les gouvernants. En Afrique, ce sont les défenseurs des droits de l’Homme qui sont les premiers ennemis des gouvernants.  Si vous savez le calvaire que vivent les défenseurs des droits de l’Homme sur le contient africain ! Mais nous ne baissons pas les bras. Non ! Il faut que la dignité humaine soit respectée. En Afrique, on enlève des enfants, des femmes, des hommes qu’on découvre le lendemain sans vie, avec des parties du corps amputées. Cela n’émeut aucun gouvernant. Leur préoccupation, c’est comment conserver le pouvoir…C’est l’indifférence totale face à ces meurtres quotidiens contre les albinos. Or l’indifférence, c’est la mort du cœur. Peut-on être indifférent à la vie ? Y a-t-il quelque chose de plus précieux que la vie humaine ? Y a-t-il un trésor au-dessus de la vie humaine ? Pourquoi doit-on détruire la vie des albinos ? Aujourd’hui, grâce aux combats des albinos eux-mêmes, la communauté internationale commence à interpeler les gouvernants africains sur leur sort. L’Onu est très impliquée dans la protection des albinos aujourd’hui.  En Tanzanie, l’Onu a pris des mesures pour contraindre les gouvernants à protéger les albinos. La Tanzanie est un pays tristement célèbre dans le massacre des albinos.

A la page 27, il est écrit : « Un jour, un journal avait révélé qu’une ministre immensément riche disposait d’une boutique où hommes d’affaires et politiciens africains se procuraient des corps et des organes d’albinos. C’était une sorte de magasin de pièces détachées d’albinos ». J’ai la chair de poule…

Colbert Kouadjo : Il est écrit aussi à la page 93 : « Ses clients-là étaient des hommes très connus dans le pays : Jacques Aman était un homme d’affaire cossu, Paul Kasy était le directeur du cabinet du Président de la République, Moïse Tapé était le tout-puissant directeur du protocole du Président de la République et Bidi Jonas était ministre de l’économie. Gutenberg décida de vite agir pour empêcher ces gens-là de tuer les quatre albinos ». Vous savez, j’ai un ami marabout qui m’expliquait ceci : « les grands sacrifices coûtent cher. Et seuls les riches font de grands sacrifices. Les pauvres font de petits sacrifices, c’est pour cela qu’ils restent petits. Quand tu vois à un carrefour, quatre noix de colas, il faut savoir que c’est le sacrifice d’un pauvre. Quand tu vois un panier de colas à un carrefour, c’est le sacrifice d’un riche. Quand tu vois un poulet égorgé à un carrefour, c’est le sacrifice d’un pauvre. Mais quand tu vois un bœuf égorgé à un carrefour, c’est le sacrifice d’un riche. Or le sacrifice humain est le sacrifice le plus cher. Donc ce sont les riches qui font le sacrifice humain ».  J’ai alors tout compris…Tous ces hommes qui disparaissent et qu’on retrouve vidés de leur sang, ces enfants qu’on enlève et qu’on retrouve morts et mutilés. Sans oublier le massacre quotidien des albinos : mutilations, viol, meurtre.

 As-tu un proche parent albinos ?

 Colbert Kouadjo : Oui. Une cousine qui a été élevée par ma mère. Quand nous étions petits, mes parents ont découvert que chaque fois qu’elle allait se faire coiffer, la coiffeuse retenait certains de ses cheveux qu’elle revendait très cher à des commerçants…Depuis ce temps-là, ma mère avait décidé de la coiffer elle-même à la maison.

Quel message veux-tu laisser en bouclant cet entretien ?

Colbert Kouadjo : D’abord, je voudrais dire qu’il est temps que les Africains abandonnent les préjugés et les superstitions qui ont longtemps ruiné le continent. Aujourd’hui, quelles sont  les avancées économiques, sociétales et politiques engendrées par les nombreux sacrifices humains et crimes rituels contre les albinos en Afrique ?  L’Afrique peut-elle être émergente avec des peuples qui croient encore en des meurtres rituels ? Les pays africains atteindront-ils les objectifs du millénaire grâce à ces pratiques obscurantistes et déshumanisantes ? Ils doivent se dépouiller de tout ce qui constitue les obstacles épistémologiques internes pour  se soumettre à une préparation intérieure afin que leur recherche progresse vers la vérité, vers tout ce qui peut améliorer la vie des Africains. Aujourd’hui notre siècle est celui des Lumières, de la connaissance scientifique. La notion d'obstacle épistémologique est ce qui permet de poser le problème de la connaissance scientifique : c'est à partir du moment où celui-ci est surmonté, donnant lieu à une  rupture épistémologique, que l'on atteint le but recherché. Le roman « holyçane la chanteuse de jazz et les chasseurs d’albinos » pose le problème et jette donc les bases de la rupture avec les meurtres rituels contre les albinos et les sacrifices humains auxquels sont encore attachés les Africains et même certains gouvernants africains. Cette rupture permettra non seulement de sauver des vies mais transformera les structures mentales des Africains afin qu’ils acceptent la science au lieu d’en constituer un obstacle. Ensuite, je voudrais dire aux albinos africains de se lever pour se battre car personne ne le fera à leur place. J’admire ma petite sœur Adi Ntankeu  la fondatrice de ANIDA que j’appelle affectueusement l’Amazone. C’est une grande femme, une Jeanne d’Arc mais avec un cœur rempli d’amour, de compassion, de bienveillance pour ses sœurs, ses frères albinos sans défense, exposés à toutes les rapaces du continent, à tous les chasseurs d’albinos. Elle a su éviter tous les préjugés pour montrer qu’on peut être fier quand on est albinos. Qui ne l’admire pas pendant ses défilés de mode? Il y a aussi  Thando Hopa la sud-africaine et  sans oublier Nathalie du Burundi qui est  une grande comptable. Les albinos ne sont pas des « bêtes ». Ce sont des hommes avec toutes les facultés humaines. Malheureusement, on refuse de les mettre dans des conditions humaines à cause des nombreuses  superstitions qui pèsent sur eux. A cause des superstitions, on préfère les jeter à  la rue et ne pas les scolariser. Il faut qu’il y ait une nouvelle culture en Afrique qui repose sur le respect de la dignité humaine. Il y a quelques jours,  je discutais avec Adi Ntankeu, la fondatrice de l’Association ANIDA qui m’a révélé que toute la génération des albinos africains  jusqu’en 2009 pourraient mourir avant l’âge de 30 ans de cancer de la peau. J’ai été choqué et attristé par cette mauvaise nouvelle. Si on ne fait rien, cette calamité va s’abattre sur les albinos africains. Il faut les protéger contre le soleil. Malheureusement ils sont obligés de se mettre sous le soleil ardent pour mendier. Pourtant, il  y a des gens en Afrique qui sont si riches que pour s’arracher une dent, ils vont dans une clinique en Europe. Ces gens-là peuvent bien s’occuper des albinos. Mais il y a l’indifférence. Je vous dis que l’indifférence, c’est la mort du cœur. Les gouvernants africains préfèrent acheter des armes pour massacrer la population, museler la population dans le seul but de rester au pouvoir. Il  faut avoir le courage pour dénoncer avec force cette indifférence de la part des gouvernants. On ne peut pas être indifférent devant de tels cas. Les gouvernants et leurs épouses sont très, très riches. Et enfin, je voudrais lancer à tous les albinos ce message que Holyçane le protagoniste du roman a lancé à tous les albinos africains : « Il y a en Afrique, des milliers d’albinos qui sont menacés de mort et qui sont obligés de vivre cachés. Je ne peux plus me taire face à cette tragédie. Moi, je ne veux plus vivre dans l’ombre de la mort. Je demande donc à tous les albinos africains de sortir leur génie et de combattre avec leur génie ces Africains que le pouvoir et l’argent ont rendu orgueilleux et inhumains, qui chantent les droits de l’Homme mais qui assassinent les albinos et boivent leur sang. Combattons-les avec nos génies et disons- leur que la vie humaine est le plus précieux de tous les trésors, elle est au-dessus de tous les trésors. Qu’ils arrêtent donc de détruire la vie des albinos…(P134) ». J’invite tous le monde à se procurer ce roman pour qu’ensemble nous menions ce combat. Les albinos ont le droit de vivre. Je dédie le roman à deux amazones de la lutte pour la défense des albinos africains, à savoir Adi Ntankeu fondatrice d’ANIDA et Thando Hopa pour leur courage.

Entretien réalisé par Dominique Houédjissou , journaliste,critique littéraire, Cotonou(Benin).

source: www.eburnienews.net

 

Colbert Kouadjo, Holyçane la chanteuse de jazz et les chasseurs d’albinos, (Edition Edilivre-Aparis 2015 France)

 

ON PEUT SE PROCURER LE ROMAN PAR COMMANDE OU EN ACHETANT EN LIGNE :

Lien : www.edilivre.com/holycane-la-chanteuse-de-jazz-et-les-chasseurs-d-albinos-colbert-kouadjo.html

Le roman est vendu sur les sites suivants : Babelio, Livraddict, Libfly, Booknode et Senscritique.

 

En France, on peut se le procurer dans le réseau places des librairies : www.placesdeslibrairies.fr

 

 

 

Posté par COLBERTCANAL à 11:29 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

21 mars 2015

LUTTE CONTRE LE MASSACRE DES ALBINOS AFRICAINS

Holyçane la chanteuse de jazz et les chasseurs d’albinos, (Edition Edilivre-Aparis, 2015 France) : le roman pour la dignité des albinos africains.

Voici écrite par le journaliste Colbert Kouadjo, l’aventure d’une charmante petite albinos nommée Holyçane. Le roman Holyçane la chanteuse de jazz et les chasseurs d’albinos, c’est l’histoire d’une petite albinos que le journaliste a sans doute rencontrée au cours de ses nombreux reportages à travers l’Afrique.

colbert_kouadjo_1

colbert Kouadjo, auteur de holyçane la chanteuse de jazz et les chasseurs d'albinos

En Afrique, la naissance d’un albinos est considérée comme un phénomène surnaturel et mystique qui complique amèrement l’existence de tous les albinos africains. Les Africains croient que les albinos détiennent des pouvoirs surnaturels. C’est pourquoi, ils sont victimes de crimes rituels sur tout le continent noir. C’est en 1989. Le Libéria brûle sous les feux des armes de guerre. Prince Mike est inquiet pour sa fille Holyçane, la petite albinos. Car en temps de guerre, les sacrifices rituels d’albinos sont prisés par les chefs de guerre. En Afrique, certaines parties de leurs corps sont recherchées pour leurs supposées puissances pour réussir en affaire, en politique, en amour et même pour la guérison du sida…C’est la réalité. Ce n’est pas de la fiction. Ce ne sont pas des contes que racontent nos grands parents. Dans certains pays africains, les albinos sont obligés de rester enfermés pendant les périodes électorales. L'ONU a par exemple dénoncé une recrudescence depuis 2013 des attaques contre les albinos en Tanzanie, à cause de l'approche des élections prévues en octobre. Les candidats superstitieux s’adonnent aux sacrifices d’albinos pour s'attirer la victoire électorale. A cause des superstitions, les albinos deviennent les moutons de sacrifice pour la victoire de plusieurs politiciens africains. Pourtant «les albinos sont des êtres humains magnifiques. Tu vois, Holyçane est chanteuse de jazz. Le jazz est une musique de classe. Ce n’est pas n’importe quelle musique. Il y a aussi la beauté de Holyçane. Elle est tellement belle que lorsqu’elle passe, tout le monde l’admire. Elle est belle comme Thando Hopa. En plus, elle a un courage extraordinaire. Le Québécois Jean Claude n’a pas pu résister à ses qualités. Il est tombé amoureux d’elle. Il l’a épousée. Les albinos sont beaux et magnifiques. Admirez Thando Hopa ! Quelle beauté ! Quelle grâce ! Elle est top model. En plus, elle est intelligente : elle est avocate », explique Colbert Kouadjo, l’auteur du roman, avec passion. Holyçane, l’héroïne du roman, emballe avec son charme, son courage, son discours et son talent de crooner du jazz, chaque lecteur…Depuis l’âge de cinq ans, Holyçane chante les chansons célèbres des crooners du jazz grâce à son père, un talentueux musicien de jazz qui rêve de faire d’elle, une célèbre jazzwoman. Mais la guerre survient et ravage tout Monrovia. Ils se réfugient dans une capitale où ils vivent des honoraires qu’ils perçoivent après les concerts de jazz qu’ils donnent avec maestria à la discothèque Black Pearl. Holyçane est devenue une très belle jeune albinos et célèbre grâce à sa voix qui rappelle celles des crooners du jazz comme Liz Mc Comb, Fitzgerald, Helen Merril, Peggy Lee, Billie Holiday, June Christy…Le Black Pearl est devenu aussi célèbre que le Village Vangard de New York grâce à Holyçane et son père le musicien de jazz le plus talentueux de la capitale. Mais dans cette capitale africaine-là, Holyçane devient la cible des chasseurs d’albinos qui tuent, mutilent et violent les albinos. Ces assassins réussissent même à tuer son père, espérant ainsi pouvoir la kidnapper facilement avec la complicité d’un faux prophète chrétien. Mais la charmante albinos croit fermement que la vie humaine est au-dessus de tous les trésors du monde et qu’elle doit protéger la sienne en affrontant ces monstres, ces meurtriers couverts par des hommes politiques et des richissimes. Elle transforme alors chacun de ses concerts de jazz en une occasion pour dénoncer l’indifférence de la communauté internationale face au massacre des albinos africains. Son combat convainc Jean Claude, un Québécois, qui l’épouse…Voilà comment le talentueux Colbert Kouadjo, véritable militant des droits de l’Homme, avec son regard de sociologue et d’historien, livre bataille contre le massacre des albinos africains qu’il considère comme un crime honteux contre l’humanité. Dans une interview publiée sur le site www.black-feelings.com, l’auteur de Holyçane la chanteuse de jazz et les chasseurs d’albinosdéclare que son roman est « un cri de révolte contre un monde indifférent, une révolte contre le massacre des albinos africains qui n’émeut personne, même pas les africains eux-mêmes. C’est donc une révolte contre ces préjugés. Les albinos sont exclus en Afrique. Ils n’ont pas le droit de travailler. On pense qu’ils ne sont pas intelligents. C’est une révolte contre tous ces préjugés qui avilissent les albinos. Des gens crachent dès qu’ils voient passer un albinos. C’est mon combat pour la dignité des albinos africains. » Depuis la parution du roman le 14janvier 2015, les lecteurs sont unanimes pour dire que Colbert Kouadjo soulève une question essentiellement épistémologique. En effet, en Côte d’Ivoire, pays d’origine du romancier, les enlèvements d’enfants et le sacrifice des albinos sont des pratiques courantes. La discrimination contre les albinos est courante. Peut-on parler alors d’émergence en Afrique quand les Africains sont encore attachés à de telles pratiques déshumanisantes  qui sont de véritables obstacles épistémologiques?En 2013 un groupe d'experts indépendants des Nations Unies a attiré l'attention sur la discrimination dont souffrent les personnes atteintes d'albinisme en Tanzanie. Sur le continent africain, « Les albinos sont considérés comme des fantômes et non comme des êtres humains, et dès lors, peuvent être rayés de la carte », a noté le groupe d’experts de l’ONU dans son discours délivré à cette occasion. C’est vrai, les personnes atteintes d'albinisme cristallisent des mythes aussi nombreux que néfastes en Afrique. « Quand vous écoutez l’actualité sur les albinos tanzaniens par exemple, vous avez de la nausée. C’est pourquoi, il est temps de tirer sur la sonnette d’alarme. Plusieurs guérisseurs africains font courir la rumeur selon laquelle coucher avec une albinos guérirait du VIH/Sida. Ce qui accroit chaque jour le nombre de viol contre les jeunes filles albinos sans oublier qu’elles s’exposent ainsi au VIH/sida. C’est une situation révoltante. Comment en 2015, une partie de l’humanité peut-elle croire qu’en couchant avec une albinos, on peut être guéri du Sida ? Il faut donc arrêter ces rumeurs. Des médicaments ont été mis à la disposition de la population pour soigner le sida. Un vaccin thérapeutique contre le Sida vient d’être mis au point par le Pr Mavoungou du Gabon » a expliqué Colbert Kouadjo dans un entretien sur le site www.eburnienews.net. Plus de 200 sorciers ont été arrêtés depuis la mi-janvier en Tanzanie, dans le cadre d'une opération visant à mettre fin aux mutilations et meurtres d'albinos. Un bébé de 18 mois a été enlevé mi-février et son corps retrouvé, bras et jambes amputés. Et début mars, des hommes armés ont agressé un enfant de six ans et lui ont coupé la main…Beaucoup d’Africains croient en la sorcellerie. Et les albinos africains sont les victimes de ces croyances superstitieuses… Holyçane la chanteuse de jazz et les chasseurs d’albinos, est un roman à lire absolument pour comprendre l’ampleur du massacre des albinos africains et le courage avec lequel ils doivent se battre pour leur dignité.

    Adam Dabauz,  journaliste indépendant, militant des droits de l’Homme, Québec.

 

Colbert Kouadjo, Holyçane la chanteuse de jazz et les chasseurs d’albinos, (Edition Edilivre-Aparis 2015 France)

Lien : www.edilivre.com/holycane-la-chanteuse-de-jazz-et-les-chasseurs-d-albinos-colbert-kouadjo.html

Le roman est vendu sur les sites suivants : Babelio, Livraddict, Libfly, Booknode et Senscritique.

 

Posté par COLBERTCANAL à 01:19 - Commentaires [0] - Permalien [#]

14 mars 2015

DROITS DE L'HOMME: LUTTE CONTRE LE MASSACRE DES ALBINOS AFRICAINS

LUTTE CONTRE LE MASSACRE DES ALBINOS AFRICAINS

Colbert Kouadjo, auteur du roman  Holyçane la chanteuse de jazz et les chasseurs d’albinos   :

« Le massacre des albinos africains est un crime contre l’humanité »

 

photo entretien

Colbert Kouadjo, journaliste-écrivain, auteur du roman Holyçane la chanteuse de jazz et les chasseurs d'albinos.

Publié par Edilivre-Aparis, Holyçane la chanteuse de jazz et les chasseurs d’albinos est le premier roman  du journaliste ivoirien Colbert Kouadjo. Le roman sort au moment où en Côte d’Ivoire, les enlèvements d’enfants font l’actualité et que le viol, l’assassinat et les mutilations des albinos inquiètent tous les parents africains. Le journaliste-défenseur des droits de l’Homme, fait la guerre aux auteurs du massacre des albinos africains qu’il considère comme un crime contre l’humanité. Holyçane la chanteuse de jazz et les chasseurs d’albinos  est une véritable révolte contre les préjugés et les superstitions qui avilissent les albinos…Entretien avec Colbert Kouadjo :

Christine Ahou : Tu viens de publier « Holyçane la chanteuse de jazz et les chasseurs d’albinos ». Qu’est-ce qui t’a motivé à écrire ce roman ?

 Colbert Kouadjo : Merci pour cet entretien. Ce livre est une révolte. Une révolte contre un monde indifférent, une révolte contre le massacre des albinos africains qui n’émeut personne, même pas les africains eux-mêmes. En Afrique, la naissance d’un albinos est considérée comme un phénomène surnaturel et mystique qui complique amèrement l’existence de tous les albinos africains. C’est donc une révolte contre ces préjugés. Les albinos sont exclus en Afrique. Ils n’ont pas le droit de travailler. On pense qu’ils ne sont pas intelligents. C’est une révolte contre tous ces préjugés qui avilissent les albinos. Des gens crachent dès qu’ils voient passer un albinos.  Holyçane la chanteuse de jazz et les chasseurs d’albinos, c’est mon combat pour la dignité des albinos africains.

Christine Ahou : En lisant le roman on sent vraiment cette révolte en vous…

Colbert Kouadjo : oui. C’est parce que ma religion c’est celle qui respecte la vie humaine. Je le répète : une religion qui ne respecte pas la vie humaine n’est pas digne des Hommes. La vie humaine est au-dessus de tous les trésors du monde. Pourquoi le monde entier se tait-il donc face au massacre des albinos africains ? Pourquoi ? Pourquoi les gouvernements africains se taisent-ils sur ce massacre ? L’indifférence, c’est la mort du cœur.

Christine Ahou : Tu évoques aussi la guerre dans ton roman…

Colbert Kouadjo : le roman commence par la guerre. La sale guerre du Liberia qui a détruit des milliers de vies humaines par la volonté égoïste de quelques individus seulement. Je le rappelle encore : ma religion c’est le respect de la vie humaine. Pour moi, la vie humaine est sacrée. Quelle que soit la raison, on ne doit pas tuer un être humain. La vie est sacrée, on ne doit pas la détruire. Et donc je suis contre toutes les guerres qui dévastent aujourd’hui le monde entier. Dans le roman, Holyçane la petite albinos est confrontée à deux maux : la guerre qui a tué sa mère et sa petite sœur sous ses propres yeux et les chasseurs d’albinos qui cherchent à la kidnapper pour la sacrifier aux fétiches…

Christine Ahou : En temps de guerre la vie humaine est vraiment en danger…

Colbert Kouadjo : je suis encore sous le choc quand je pense à certaines images de la guerre en Côte d’Ivoire. Des vies humaines ont été détruites sauvagement. A Bouaké par exemple qui était la capitale de la rébellion, on tuait publiquement des hommes, on mangeait leur cœur, on buvait leur sang pour démontrer sa puissance. Ce sont des faits qui sont vrais. Il suffit de revoir la presse de cette époque-là. Le fait qui m’a le plus marqué, c’était en 2002, je crois. La rébellion avait commencé en Côte d’Ivoire. A Bouaké, les chasseurs traditionnels qui combattaient aux côtés des rebelles ont organisé une fête au stade de Bouaké. Devant les hautes autorités de la rébellion et  la population, des gendarmes ont été égorgés, sacrifiés à des fétiches. Le sang a été distribué et bu…C’est triste ! Les politiciens africains tuent la population africaine pour accéder au pouvoir. Partout où il y a des guerres en Afrique, les sacrifices humains sont abondants, la dignité humaine est bafouée. Et généralement, ce sont les albinos qui sont prisés par ces gourous qui conseillent les chefs de guerre, les chefs des rebellions.

Christine Ahou : Tu parles aussi des hommes d’affaire qui sont impliqués dans ce massacre d’albinos en Afrique.  

Colbert Kouadjo : Il y a tellement de mystères qui planent sur les albinos africains ! J’ai interviewé une jeune albinos à Abidjan qui me disait que quand elle va se faire coiffer, des femmes la guettent dans le seul but d’avoir un de ses cheveux. Des africains pensent qu’avec les cheveux ou certaines parties du corps d’un albinos, on peut devenir très riche. Malgré le développement des Africains et l’intégration des cultures, les albinos sont victimes de meurtres, de viols, de mutilations, de mépris et d’exclusion dans les sociétés africaines. Les albinos africains sont très menacés actuellement par les préjugés et les superstitions au nom desquels ils sont sacrifiés : des hommes politiques les sacrifient pendant les campagnes électorales pour être élus, des hommes d’affaires les sacrifient à des fétiches pour faire prospérer leurs affaires, des agriculteurs les enterrent dans des plantations de cacao, de café, de palmier, de coton, pour rendre la terre fertile. En Côte d’Ivoire par exemple dans des villes côtières comme Tabou, San-Pedro, Grand-Lahou, Assinie, Bassam…la population attribue les sacrifices humains et la chasse aux albinos, aux pêcheurs. « Les pêcheurs estiment que le sang humain est un remède pour faire bonne prise pendant la pêche. Le fémur droit d’un albinos attaché à un filet attire les poissons dans les filets ». J’ai recueilli ces propos lors d’une interview que j’ai réalisée pour comprendre les enlèvements d’enfants qui continuent d’endeuiller des familles en Côte d’Ivoire. Des gens soutiennent que le sang d’albinos facilite l’exploitation de l’or. Mais comment ? Personne ne peut véritablement en donner une explication rationnelle. Dans la forêt classée de Taï, l’exploitation clandestine de l’or est intense. Ce sont les Maliens qui ont le monopole de cette exploitation en complicité avec certaines autorités ivoiriennes. Aucun albinos ne peut s’aventurer dans ces zones.

Christine Ahou : Tu écris à la page 120 « Ces chasseurs d’albinos sont sponsorisés par les ministres, les députés, les hommes d’affaires… Fouillez leurs domiciles et vous y trouverez les corps d’albinos enterrés dans des antichambres. Ils s’abreuvent chaque jour de sang d’albinos. Plusieurs cossus de ce pays détiennent un morceau d’albinos, un os ou des cheveux d’albinos sous forme de gris-gris porte-bonheur qu’ils adorent »…

Colbert Kouadjo : ce n’est pas faux ! Si on fouille les domiciles de ces ministres, ces députés, ces chefs d’État, ces puissants hommes d’affaires, on trouvera un morceau d’albinos chez eux. Pendant  l’insurrection populaire contre Blaise Compaoré au Burkina Faso, le domicile de François Compaoré, son  petit-frère, a été saccagé et pillé. Grâce aux réseaux sociaux et France 24, on a pu voir des photos de corps d’albinos au domicile du petit frère du président Compaoré…Ces pratiques inhumaines en Afrique suscitent des réflexions en tant que sociologue : alors que tous les Africains parlent aujourd’hui d’émergence, pourquoi sont-ils encore attachés à ces croyances ? Pour moi tous ces sacrifices humains sont des obstacles épistémologiques. Ce sont des freins au développement de l’Afrique.

Christine Ahou : Tu écris à la page 26 : « Chaque jour en Afrique, les albinos sont hantés par la mort, la mutilation, le viol… »

Colbert Kouadjo : C’est vrai. Quand vous écoutez l’actualité sur les albinos tanzaniens par exemple, vous avez envie de vomir. C’est pourquoi, il est temps de tirer sur la sonnette d’alarme. Plusieurs guérisseurs africains font courir la rumeur selon laquelle coucher avec une albinos guérirait du VIH/Sida. Ce qui accroit chaque jour le nombre de  viol contre les jeunes filles albinos sans oublier qu’elles s’exposent ainsi au VIH/sida. C’est une situation révoltante. Comment en 2015, une partie de l’humanité peut-elle croire qu’en couchant avec une albinos, on peut être guéri du Sida ? Il faut donc arrêter ces rumeurs. Des médicaments ont été mis à la disposition de la population pour soigner le sida. Un vaccin thérapeutique contre le Sida vient d’être mis au point par le Pr Mavoungou du Gabon.

Christine Ahou : Ce qui impressionne dans le roman, c’est la révolte de la jeune albinos Holyçane, c’est le courage de cette albinos qui en chantant le jazz, devient la voix des albinos africains.  C’est aussi sa détermination qui repose sur sa philosophie qui se résume en : « ma foi fera de moi ce que je veux être »…

Colbert Kouadjo : La détermination est l’arme la plus efficace pour les combattants. La détermination d’un seul homme peut changer le monde entier. Holyçane est une jeune albinos déterminée à changer le destin des albinos africains. Quand tu lis la page 16, il est écrit : « A mesure qu’elle grandissait, elle se rendait compte qu’être albinos est une tare très grave dans la société africaine. C’est un destin implacable. Et cela la révoltait. Mais petit à petit, cette révolte, au lieu de la conduire à la résignation, faisait grandir en elle, l’âme d’une battante, l’âme d’un défenseur des albinos. Une voix lui disait intérieurement : « lève-toi et bats-toi pour les albinos ! » Holyçane prit donc la ferme résolution déjà à cet âge-là, de s’imposer brillamment partout où elle se retrouverait et dans n’importe quel domaine. Elle avait résolu d’être une étoile pour les albinos africains et d’être le doigt qui leur montrerait le soleil et la voix qui leur dirait : « débout ! »

Christine Ahou : Tu  interpelles tous les albinos africains 

Colbert Kouadjo : Oui. Il faut qu’ils soient déterminés à changer le cours de leur propre histoire…Les albinos sont des êtres magnifiques. Tu vois, Holyçane est chanteuse de jazz. Le jazz est une musique de classe. Ce n’est pas n’importe quelle musique. Il y a aussi la beauté de Holyçane. Elle  est tellement belle que  lorsqu’elle passe, tout le monde l’admire. Elle est belle comme Thando Hopa.  En  plus, elle a un courage extraordinaire. Le Québécois Jean Claude n’a pas pu résister à ses qualités. Il est tombé amoureux d’elle. Il l’a épousée. Les albinos sont beaux et magnifiques. Admirez Thando Hopa. Quelle beauté ! Quelle grâce ! Elle est top model. En plus, elle est intelligente : elle est avocate.

Christine Ahou : Et comment les albinos peuvent-ils lutter puisque à la page 148 il est écrit : « Holyçane, sais-tu le nombre d’Africains qui ont été assassinés pour avoir osé affronter ces pouvoirs sanguinaires qui reposent  sur des puissances diaboliques ? »

Colbert Kouadjo : La remarque a été faite par Jean Claude, qui est Québécois. Il est surpris par la détermination de la jeune albinos devant cette grosse machine qui massacre les albinos et même les opposants les plus coriaces. Le Québécois attire l’attention de Holyçane car après avoir passé des années sur le continent, il a conclu que les Africains sont méchants et ne respectent pas la dignité humaine. Il sait que les pouvoirs africains reposent sur des puissances diaboliques qu’ils entretiennent par des préjugés et des superstitions en buvant le sang des albinos, en sacrifiant les albinos à des fétiches. C’est la réalité. Ce n’est ni de la fiction ni des contes. Dans certains pays africains, les albinos sont obligés de rester enfermés pendant les périodes électorales. Ils deviennent les moutons de sacrifices des politiciens. Alors comment une jeune fille comme Holyçane, albinos de surcroit oserait-elle affronter ces pouvoirs sanguinaires ? En Afrique, tous les défenseurs des droits de l’Homme sont les premiers ennemis des gouvernants. Généralement, les plus chanceux de ces défenseurs des droits de l’Homme se retrouvent en exil en Occident. Les moins chanceux croupissent en prison ou sont assassinés. C’est aussi la réalité en Afrique…Il faut se battre contre cette situation qui n’honore pas le continent.

Christine Ahou : En fin de compte, comment Holyçane allait-elle lutter contre ce fléau ?

Colbert Kouadjo : C’est le Québécois qui donne la solution à Holyçane : « Allons donc au Québec, le pays des droits de l’Homme, le pays de paix et d’humanisme. Là-bas, nous pourrions préparer cette guerre contre le massacre, le viol et les mutilations des albinos en Afrique… Nous pourrions remettre le film de la perquisition du château du prophète Élysée aux organisations de défense des droits de l’Homme. » page 160. L’occident !  Exactement ! Tous les jeunes africains sont obligés de fuir leur continent pour aller en Occident parce que,  aucun droit de l’Homme n’est respecté sur le continent africain. Les dirigeants s’accaparent des biens du pays sans se soucier du peuple. La population peut mourir de faim. Les dirigeants pillent, violent, tuent. C’est pourquoi ils sont insensibles au crime perpétré contre les albinos africains. En Afrique, on ne condamne pas les criminels. Ils sont protégés par les ministres, les députés, les chefs d’État…Il n’y a donc pas de condamnation pour ceux qui tuent les albinos africains. C’est pourquoi, le Québécois dit à la jeune albinos : « Allons au Québec ! Là-bas, nous pourrions remettre le film de la perquisition du château du prophète Élysée aux organisations de défense des droits de l’Homme. Holyçane détient un cd de la perquisition du domicile d’un gourou qui assassine les albinos. Sur ce cd enregistré par un commissaire de police et une journaliste, il  cite les noms de ses complices qui sont aussi des membres du gouvernement, des proches du président de la république, des riches hommes d’affaires. Le Québécois sait que si Holyçane ne quitte pas l’Afrique avec ce Cd, elle sera traquée et tuée comme son père, Prince Mike. D’ailleurs à la page 160, Christina, une journaliste qui enquêtait sur une ministre trempée dans une affaire de trafic d’organes d’albinos est assassinée. Il est très difficile d’être journaliste en Afrique. « Nos dirigeants n’aiment pas qu’on les titille surtout sur des sujets aussi sensibles que les crimes contre les albinos. Ah ! Oui ! Ils ne craignent pas de verser le sang humain. Supprimer une vie humaine est un plaisir pour eux. Faites le point des journalistes qui meurent chaque année sur le continent parce qu’ils ont osé dire la vérité sur la gouvernance ou parce qu’ils détiennent quelques dossiers sales sur la République. C’est triste madame», dira un journaliste à la page 167. L’Afrique est l’une des plus grandes tombes pour les journalistes. L’Afrique est l’une des plus grandes prisons pour les journalistes…

Christine Ahou : Holyçane s’exile donc au Québec grâce à Jean Claude le Québécois…

Colbert Kouadjo : oui, d’abord pour protéger sa vie. Ensuite pour avoir la liberté de s’exprimer. Le Québécois lui dit à la page 160 : « Tu verras que si l’opinion occidentale est sensible à la cause des albinos de l’Afrique, elle t’aidera à faire ta lutte. L’opinion occidentale est très sensible aux droits de l’Homme et à la dignité humaine. » En Afrique, on n’a pas le droit de s’exprimer. On n’a pas la liberté de s’exprimer. C’est pourquoi, les démocrates, les opposants, les journalistes, les militants des droits de l’Homme fuient vers l’Occident pour jouir de cette liberté…Tu sais, il y a des situations révoltantes en Afrique. Les droits économiques, sociaux et culturels qui incluent les droits d’accéder à une alimentation et un logement appropriés, à l’éducation, à la santé, à l’eau et l’assainissement sont violés... Le droit à l’eau et à l’assainissement exige que ces droits soient disponibles, accessibles, sûrs, acceptables et à la portée de tous, sans discrimination. L’accès à l’eau potable et à l’assainissement est essentiel pour la dignité humaine. Le droit à l’alimentation est le droit d’avoir un accès régulier, permanent à une alimentation appropriée et suffisante pour garantir une vie physique et mentale épanouie. Pourtant, au moment où je vous parle, ce sont des milliers d’Africains qui sont privés de ces droits fondamentaux. Et cela ne choque aucun dirigeant africain. La vie humaine ne dit rien à ces dirigeants Africains. C’est pourquoi, ils se taisent devant la grande souffrance des albinos. L’Afrique n’est pas un continent pauvre. Mais les Africains sont pauvres à cause de leurs dirigeants qui ne respectent pas les droits de l’homme et qui n’ont aucun respect pour la dignité humaine. Le jour que les dirigeants africains  prendront conscience que la vie humaine est au-dessus de tous les trésors et qu’il faut la protéger par tous les moyens et qu’ils cesseront d’assassiner les albinos, l’Afrique sera le plus beau continent de la planète.

 Christine Ahou : Enfin, qu’est-ce qu’on peut retenir de « Holyçane la chanteuse de jazz et les chasseurs d’albinos ? »

Colbert Kouadjo : Des superstitions font croire que les organes d’albinos renfermeraient des pouvoirs mystérieux. Des Africains, sur conseils de leurs gourous, marabouts et autres féticheurs décapitent, amputent, déchiquettent, violent les albinos... Les albinos sont des êtres humains comme tout le monde. Il faut cesser de les massacrer, de les mutiler et de les violer.  Les Africains doivent comprendre que la vie humaine est au-dessus de tous les trésors et qu’il faut la protéger par tous les moyens. Les sacrifices humains sont une violation des droits de l’Homme. Le sacrifice, la mutilation et le viol des albinos africains sont contre la dignité humaine. Ces sacrifices humains sont des obstacles épistémologiques, des obstacles au développement de l’Afrique. C’est de l’obscurantisme. Les politiciens africains n’ont pas besoin de tuer des albinos pour être élus. Pour être élus par le peuple, les politiciens doivent présenter un bon programme de développement et de gouvernance. Pour être riche on n’a pas besoin de sacrifier des albinos. Il y a des méthodes modernes de gestion, de marketing pour faire prospérer une entreprise. Aujourd’hui, les Africains parlent de plus en plus d’émergence. Mais comment les pays africains peuvent-ils être émergents tant que ses dirigeants croient encore en ces sacrifices d’albinos ? Je dédie ce livre à tous les albinos mutilés, violés et à tous ceux qui sont morts. Je le dédie à tous ceux qui luttent encore pour que nos frères et sœurs albinos gardent leur dignité humaine sur le continent africain.

Entretien réalisé par Christine Ahou journaliste                              source : www.black-feelings.com 

Colbert Kouadjo, Holyçane la chanteuse de jazz et les chasseurs d’albinos, Edilivre-Aparis 2015  France

Lien : www.edilivre.com/holycane-la-chanteuse-de-jazz-et-les-chasseurs-d-albinos-colbert-kouadjo.html

Le roman est présent sur les sites communautaires suivants: Babelio, Livraddict, Libfly, Booknode et Senscritique.

Posté par COLBERTCANAL à 09:57 - Commentaires [0] - Permalien [#]

13 mars 2015

JUSTICE ET DROITS DE L'HOMME

 

Côte d'Ivoire / Procès de madame Gbagbo : La FIDH, le MIDH et la LIDHO pas satisfaits du verdict rendu par la cour d'Assise

Au terme d’un procès marqué par de nombreuses insuffisances, la Cour d’assise a rendu son verdict dans le dossier des atteintes à la sûreté de l’État liées à la crise postsimone électorale. Nos organisations expriment leurs préoccupations quant au déroulement de ce procès et son possible impact sur les affaires concernant les crimes les plus graves, toujours en cours d’instruction.Initialement prévu en octobre 2014, le procès devant les assises devait connaître des faits suivants : atteinte à la défense nationale, attentat ou complot contre l’autorité de l’État, constitution de bandes armées, direction ou participation à une bande armée, participation à un mouvement insurrectionnel, trouble à l’ordre public, coalition de fonctionnaires, rébellion, usurpation de fonction, tribalisme et xénophobie, reprochés aux pro-Gbagbo relativement à la crise post électorale. Il n’a finalement pu s’ouvrir que le 29 décembre 2014. 81 accusés y ont comparu et le verdict a été rendu le 10 mars. De nombreux prévenus ont été condamnés à des peines de prison ferme, notamment l’ex-première dame Simone Gbagbo, condamnée à 20 de réclusion et Michel Gbagbo, le fils de l’ex président Laurent Gbagbo, condamné à 5 ans d’emprisonnement. La FIDH, le MIDH et la LIDHO, qui ont pu observer l’essentiel du procès, déplorent la faible qualité d’une procédure d’instruction  qui n’a pas ou peu cherché à étayer les charges retenues contre les prévenus et dont le procès a révélé les carences : absence d’éléments de preuve probants, faiblesse des témoignages à charge et de l’accusation dans son ensemble. « La faiblesse du procès a montré qu’il restait beaucoup de chemin à parcourir pour la justice ivoirienne. A son terme, des personnes ont été lourdement condamnées, sur la base d’éléments peu convaincants, ce qui n’est pas de nature à crédibiliser une justice dont la Côte d’Ivoire a tant besoin pour l’instauration d’un Etat de droit pérenne » , a déclaré Me Yacouba Doumbia, président du MIDH. Les insuffisances de ce procès sont également préoccupantes pour les instructions toujours en cours concernant les crimes les plus graves commis pendant la crise post électorale, où plus de 3000 personnes ont été tuées et des centaines de femmes ont été victimes de viol et autres violences sexuelles. La FIDH, la LIDHO et le MIDH sont constitués parties civiles dans ces procédures et accompagnent devant les juridictions nationales une centaine de victimes, qui attendent la tenue de procès équitables et conformes aux standards internationaux. « Pour les victimes des crimes les plus graves de la crise post-électorale que nous représentons, ce procès avait valeur de test, parce que les instructions judiciaires les concernant sont encore en cours. Le moins que nous puissions dire aujourd’hui, c’est que nous ne sommes pas rassurés, et que la justice ivoirienne devra donner davantage de garanties pour juger les graves violations des droits humains commises entre 2010 et 2011 par les clans Gbagbo et Ouattara » , a déclaré Me Drissa Traore, Vice Président de la FIDH. Comme Laurent Gagbo et Charles Blé Goudé, dont la Chambre de première instance I de la Cour pénale internationale (CPI) a annoncé le 11 mars que les affaires seraient jointes, Simone Gagbo est accusée par la CPI de crimes contre l’humanité. Elle est également poursuivie pour ces faits devant la juridiction ivoirienne, dans le cadre d’une instruction toujours en cours au sein de la Cellule spéciale d’enquête et d’instruction.« Ce procès doit servir de contre exemple pour les procédures en cours sur les graves violations des droits humains : la justice ivoirienne doit veiller à conduire, dans les meilleurs délais, des procédures minutieuse et exigeantes, dans lesquelles les charges seront suffisamment étayées et les poursuites équilibrées, pour qu’au terme des procès à venir, les victimes obtiennent enfin justice. Dans le cas contraire, la Côte d’Ivoire devra transférer Simone Gbagbo, qui fait l’objet d’un mandat d’arrêt international, à la CPI » , a déclaré Me Patrick Baudouin, président d’honneur et coordinateur du Groupe d’action judiciaire de la FIDH.

Posté par COLBERTCANAL à 00:55 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,