EUREKA

22 juillet 2015

Côte d’Ivoire : L’islamisme en question

 

Par Colbert Kouadjo

 

basilique

LA BASILIQUE NOTRE DAME DE LA PAIX DE YAMOUSSOUKRO

 Bruits des djihadistes aux portes de la Côte d’Ivoire. Les combattants musulmans auraient planté le drapeau de l’islam  au sud du Mali, à 20 kilomètres du grand Nord de la Côte d’Ivoire. Inquiétées, les autorités françaises par le biais du  ministère français des Affaires étrangères recommandent une vigilance accrue aux Français résidant ou de passage en Côte d'Ivoire. La question qui circule sur toutes les lèvres aujourd’hui, c’est de savoir si la Côte d’Ivoire est un terreau où peut germer l’islamisme.

Près de 40% des habitants de Côte d'Ivoire sont musulmans pendant que 20% sont catholiques et 5% sont protestants. Pourtant depuis 1960, le christianisme semble être la religion officielle de la Côte d’Ivoire. Le catholicisme est considéré comme la religion d’Etat. Les diplomates accrédités dans le pays sont chapeautés par le nonce apostolique, le représentant du pape, de Rome et de l’église catholique. La religion catholique est donc la mieux reconnue par l’Etat de Côte d’Ivoire. Cette reconnaissance a été matérialisée par la construction de la basilique Notre-Dame de la Paix de Yamoussoukro consacrée par le pape Jean Paul II  le 10 septembre 1990. Selon des sources très crédibles, la basilique Notre-Dame de la Paix de Yamoussoukro est l'édifice religieux chrétien le plus grand au monde et son apparence rappelle celle de la basilique Saint-Pierre de Rome.  Le livre Guinness des records l'a reconnu en 1989 comme le plus grand édifice religieux chrétien au monde. Notre-Dame de la Paix de Yamoussoukro est le symbole de la ferveur de la foi catholique et la puissance de l’église catholique en Afrique. 122 millions d’euros, représentant  60% du budget annuel du pays ont été engloutis dans les travaux de construction, ce qui avait suscité des polémiques. Car déjà en 1983, l’économie du pays s’effondrait et le taux de chômage galopait. Cette  époque de la fameuse « conjoncture » engendra les programmes de redressement économiques imposés par le Fonds monétaire international.  La Côte-d'Ivoire, après avoir été la vitrine de l'Afrique, connaissait une faillite économique, une instabilité sociale et une agitation politique sans précédent. Pourquoi Houphouët Boigny a-t-il préféré engloutir la somme colossale représentant  60%  du budget annuel de son pays dans la construction de la plus grande basilique du monde pour ne satisfaire que 20%  de sa population (20% de la population est catholique) ? En tout cas l’enjeu est obscur. Pour certains musulmans, la construction d’une œuvre aussi pharaonique comme la Basilique Notre Dame de la Paix est la preuve que l’islam a peu de prix aux yeux d’Houphouët Boigny qui, pour se justifier, déclarait que cette œuvre religieuse avait été financée sur sa fortune personnelle[]. Selon des observateurs plus avertis, la construction de Notre-Dame de la Paix de Yamoussoukro faisait partie de la politique d’endiguement de l’islam en Afrique prônée par Rome et tout l’occident qui craignaient sa menace et son développement rapide. C’est un fait historique : L’administration coloniale  française avait peur des musulmans, parce que la communauté musulmane  avait une écriture qu’elle ne pouvait pas lire. En plus, elle  avait accès  grâce à la religion, à des réseaux internationaux. Aussi l’administration avait-elle peur que  les musulmans eussent des connexions possibles avec le Proche-Orient et le Maghreb par le biais de l’islam. La peur du panislamisme est un sentiment encore général en occident et particulièrement en France. Houphouët Boigny obéissait-il à un ordre de la puissance coloniale en construisant cette basilique pour matérialiser la religion de la  puissance coloniale ? La peur du complot, la peur de la subversion musulmane, voilà tout ce qui pouvait guider une telle action. Ignorait-il les conséquences de son acte ? En tout cas, l’injustice contre  la communauté  musulmane était si criante qu’en 1992, elle  obtient l’autorisation des autorités pour prier sur le parking non couvert de l’Hôtel de ville du Plateau, le quartier des affaires d’Abidjan. En 1993, Houphouët lui accorde un terrain pour construire une mosquée au Plateau. Mais à la mort d’Houphouët en 1993, Alassane Dramane Ouattara se cramponne à la colère des musulmans ivoiriens et en fait son combat politique. Du coup, les musulmans le considèrent alors comme le Robin des Bois venu leur rendre justice. Ils adhérèrent tous à son combat politique. En 1994, Henri Konan Bédié tente de réparer ce tort causé par Houphouët aux musulmans en posant la première pierre de la mosquée du Plateau. Malheureusement, cette œuvre n’aura pas la dimension de la Basilique Notre Dame de la Paix de Yamoussoukro. C’est en 1996 que démarrent les travaux de construction. Il était déjà trop tard car le 27 septembre 1994,  le Rassemblement des Républicains, parti politique d’Alassane Dramane Ouattara est créé pour fédérer tous les musulmans de Côte d’Ivoire. Ouattara devint alors le leader politique des musulmans.

Alassane Dramane Ouattara et l’islam

Alassane Dramane Ouattara basa son combat politique sur les musulmans même s’il n’est pas lui-même musulman comme il le prétend. Plusieurs de ses proches ont déjà témoigné qu’il boit du champagne. Certains parmi eux ont témoigné qu’il n’a jamais prié. Son alliance avec les musulmans est purement stratégique et politique. Par ailleurs il a utilisé l’islam pour étendre sa popularité en Afrique occidentale. Au mali, en Guinée, au Burkina Faso, au Niger pays très islamisés, les musulmans prirent fait et cause pour lui. Ouattara a convaincu une partie des sénateurs américains en présence de quelques imams ivoiriens qu’en Côte d’Ivoire, les musulmans sont exclus de la politique. Comme une trainée de poudre, « le mal » des musulmans ivoiriens traversa la classe politique américaine. Le 9 octobre 1999, il fit cette déclaration à Paris : « On m’empêche d’être candidat à la présidentielle, parce que je suis du Nord et musulman. » Ouattara créa une telle sympathie internationale pour les musulmans ivoiriens de sorte que  le Nord musulman aidé par des combattants musulmans Malien, nigériens, guinéens, burkinabés…, affronta le Sud chrétien après le coup d’Etat manqué contre Laurent Gbagbo, le président chrétien. Ainsi par des dérives verbales basées sur la fibre religieuse, Ouattara et ses comparses ont réussi aujourd’hui à créer une vraie tension entre les musulmans et les chrétiens ivoiriens.

Politique de Rattrapage

Même parvenu au pouvoir, Ouattara continue de jouer sur la fibre religieuse pour gouverner. Sa politique de « rattrapage » consiste à faire croire que, longtemps négligés, il est temps que les musulmans profitent du développement du pays. Voilà donc la triste réalité qui se présente aux Ivoiriens aujourd’hui.

A qui profite la menace djihadiste en Côte d’Ivoire ?

En avril 2013 fut publiée une étude d’envergure réalisée par le Pew Research Center intitulée Musulmans dans le monde: Religion, Politique et Société. Elle révèle un engouement général pour le retour à la loi islamique, à la charia. Le rapport officiel conclut que « les musulmans sont profondément engagés pour leur foi : ils voudraient que les enseignements de leur religion régissent non seulement leur vie privée, mais aussi la politique et la société entière. Beaucoup expriment le souhait de voir la loi islamique, la charia, reconnue comme la loi officielle de leurs pays ». Et le fait remarquable, c’est que 16 pays de l’Afrique sub-saharienne font partie de ces pays où les musulmans réclament la charia. En Côte d’Ivoire, les discours haineux d’Alassane Dramane Ouattara contre le sud chrétien favorisé selon lui par la politique d’Houphouët, ont favorisé la naissance d’une classe de prédicateurs musulmans très radicaux contre les chrétiens, surtout contre  les chrétiens évangélistes. En tout cas, le pays est aujourd’hui un terreau très fertile à l’islamisme avec l’existence d’un courant wahhabite chez les musulmans.

 Cet article a été publié sur Agoravox

 Colbert Kouadjo est journaliste et auteur du roman "holyçane la chanteuse de jazz et les chasseurs d'albinos" paru aux éditions Edilivre Paris ( janvier 2015)

 


05 juillet 2015

CÔTE D'IVOIRE/ BARRAGE DE SOUBRE

 

CI-Energies offre une cité moderne à la population de Kouamékro

khalifa

M.Khalifa Hadrami DG de 2TBCG

Ce sont plus de 80 villas qui sont bâties actuellement sur le site de Galéa  pour installer la population de Kouamékro, village de planteurs baoulé qui sera entièrement englouti par le barrage de Soubré. Tant que ce village n’est pas déplacé, les travaux du barrage seront bloqués.  C’est pourquoi, Ci-Energie, maitre d’ouvrage de la construction du barrage  a mis tous les moyens à la disposition des entreprises chargées de la construction de la cité moderne de Kouamékro. « CI-Energie a mis les moyens financiers à notre disposition pour finir dans un très bref délai, la construction  de la cité de Kouamékro. Nous n’avons aucun problème avec CI-Energies dans le paiement de l’argent » a témoigné  Khalifa Hadrami,  directeur de 2TBGC chargée de construire une tranche de 17 villas. Ce sont des villas de trois  et cinq pièces.  La cité de Kouamékro sera dotée d’infrastructures modernes. C’est que le bureau d’ingénieurs Tractebel Engineering et le BNETD qui ont réalisé l’étude de faisabilité de la construction du barrage veillent au quotidien sur les impacts  environnementaux et sociaux de la construction du barrage, situé sur le fleuve Sassandra, 60 kilomètres à l’aval de l’aménagement hydroélectrique de Buyo. La présence du barrage créera une retenue de 17,3 Km2 à la cote de la retenue normale et 22,2Km2 à la cote des plus hautes eaux. Le barrage de Soubré comportera une digue en remblai d’une hauteur maximale de 15,5m et d’une longueur de 4,5Km, un déversoir à seuil vanné constitué de 6 passes de 11 mètres de large chacune permettant l’évacuation des crues exceptionnelles, une passe équipée d’un bulbe de 5MW permettant  de faire passer un débit réservé garantissant la préservation des chutes de la Nawa, trois conduites forcées alimentant une usine hydroélectrique d’une puissance installée de 270 MW, permettant la production moyenne annuelle de 1200 GWh/an, soit 2/3 de la production moyenne de toutes les centrales hydroélectriques actuelles.

CI-Energies est le maitre d’ouvrage de la construction du barrage et la réalisation du projet est confiée à l’entreprise chinoise SINOHYDRO et durera 5 ans. 

Colbert Kouadjo correspondant à Soubré SOURCE: LE NOUVEAU COURRIER

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18 mai 2015

spoliation économique

CACAO DE CÔTE D'IVOIRE

Touré Massandjé, Zoumana Bakayoko, Loïc Folleroux se partagent le butin national du cacao

 

Les coopératives de café-cacao qui avaient fait la force des planteurs ivoiriens contre les grandes filiales internationales du négoce ont été supprimées depuis l’arrivée d’Alassane Ouattara au pouvoir. En lieu et place, un groupe de personnes qui se recrutent essentiellement dans l’entourage familial ou politique du chef de l’Etat a pris le relais et se partage désormais le butin national du cacao en Côte d’Ivoire. Le journal revient sur leur ascension fulgurante.

ca

En Côte d’Ivoire, Lucien Tapé Do, symbole à la fois triomphant et déprimant de la nouvelle réussite des planteurs ivoiriens et des dérives qui en ont résulté n’est plus qu’un passé qu’on évoque dans les discussions de maquis ou autour d’agapes arrosées. Il y a quelques années, ce planteur aux mœurs légères et à la main sur le coeur avait tenté un soutien militant à Alassane Ouattara. Une sortie d’autant plus de courte durée que d’une part, les portes de la filière café-cacao semblent à jamais s’être refermées sur ses nouveaux barons et que, d’autre part, les planteurs ne sont franchement plus les bienvenus dans ce cercle de privilégiés. Car ceux qui ont fait main basse sur la filière ne savent rien des souffrances et des frustrations d’un planteur qui doit débroussailler son champ, planter, attendre les premières récoltes et espérer qu’on lui fixe le « meilleur » prix du kilogramme des fameuses fèves. Car à part l’ancien directeur général de l’ex- caisse de stabilisation Lambert Kouassi Konan qui est horticulteur et possède des centaines d’hectares d’hévéa près d’Anyama, c’est désormais une cohorte de diplômés appartenant au cercle d’amitié et de relais politiques d’Alassane Ouattara ou de son épouse qui a mis la main sur la filière.Tout tourne en effet autour du couple et commence ainsi en 2011. Dans l’environnement de chasse à l’homme qui s’installe rapidement en Côte d’Ivoire après la chute de Laurent Gbagbo, le nouveau régime lance la réforme du secteur. Il prend pour prétexte les procès des barons de la filière débutés sous l’ancien président pour liquider les coopératives de planteur et installer ses hommes. Face à la puissance des multinationales du cacao en général et des chocolatiers en particulier, le président Laurent Gbagbo avait mis en place des coopératives de planteurs et la création d’une multitude de structures pas toujours heureuses dans leur animation. Mais grâce à cette digue, les coopératives achetaient bord champ puis revendaient aux multinationales à des coûts qui permettaient des gains inespérés aux plateurs ivoiriens. Ce fut le grand boom des planteurs de Côte d’Ivoire. Avant la chute de Laurent Gbagbo, le prix du cacao se négociait notamment à plus de 1000 francs. Du jamais vu dans notre pays ! Ancienne caisse noire des périodes fastes houphouëtiennes, la caisse de stabilisation fut supprimée à la demande du FMI qui y voit la caisse noire des pouvoirs successifs d’Houphouët et de Bédié. Sa suppression est confirmée sous la transition militaire. La Caistab fait alors place à la bourse du café et du cacao, en abrégé BCC. De nombreux planteurs font ainsi leur entrée dans le conseil d’administration de cette nouvelle institution chargée de gérer les milliards que génèrent le cacao et le café et dont les producteurs sont malheureusement démunis…Le nouveau régime referme donc cette parenthèse que regrettent les planteurs ivoiriens en nommant Massandjè Touré Litsé. Proche de Guillaume Soro qui, à l’orée de la ouattarandie, cumule les postes de premier ministre et ministre de la défense, Touré Massandjè atterit à la tête de la nouvelle bourse du café-cacao qui ne compte plus de planteurs en son sein. La filière va d’ailleurs rapidement devenir l’affaire exclusive du régime. En effet pour capter la rente cacaoyère, de nouveaux acteurs puisés de la liste des proches d’entre les proches du chef de l’Etat voient le jour. Leur tête d’affiche est bien évidemment Loïc Folleroux, le fils aîné de la première dame. Ancien directeur Afrique d’Ammarjaro, Loïc Folleroux qui a été viré par le géant américain a créé Africa Sourcing Côte d’Ivoire et compte désormais au nombre d’exportateurs nationaux. Le fils de Dominique Ouattara a même le droit de livrer une guerre d’usure à ses anciens employeurs et à l’ensemble du « Big Four », à savoir ADM, Cargill, Barry Callebout et Cémoi. Depuis, Africa Sourcing a tendu ses tentacules au Togo, en Guinée, au Cameroun. Le moins connu et dont l’arrivée dans la filière est le symbole achevée du système de quotas est Zoumana Bakayoko, frère aîné du ministre de la sécurité intérieure et plaque tournante de la ouattarandie. Avant l’arrivée d’Alassane Ouattara au pouvoir, Zoumana Bakayoko était ingénieur en informatique et gérait la société de Télécoms Sirio international. C’est en 2011 qu’il débarque dans la filière du café-cacao grâce à ses entrées au sein de la ouattarandie. Son agrément d’exportateur dans la poche, il crée Agro West Africa en s’associant au franco-libanais Philippe Nakad. En plus des fèves de cacao, Zoumana Bakayoko s’est spécialisé dans la vente des engrais. L’année dernière, il a vendu 33.000 tonnes d’engrais et son entreprise a affiché un chiffre d’affaires de 15 milliards pour la seule année 2014-2015. S’ils ne font pas partie du gratin de la politique du rattrapage ethnique, ces nouveaux barons de la filière qui cultivent à l’extrême la discrétion comparés à leurs devanciers se recrutent dans le milieu des amis ivoiriens ou français du couple Ouattara. C’est le cas de Lambert Kouassi Konan qui retrouve les repères de la caisse de stabilisation malgré le maquillage qui présente la nouvelle structure comme celle des paysans. Cet ancien ministre de Bédié, très proche d’Alassane Ouattara avait tenté d’empêcher la liquidation de l’ancienne Caistab. Il s’en trouve sans doute soulagé. Comme lui, les amis ou partenaires présidentiels français trônent également dans la filière cacao. Il s’agit notamment de Lionel Soulard de Cargill West Africa qui, à lui seul, a la mainmise sur 300.000 tonnes de fèves de cacao, soit le cinquième de la production nationale.

Par Sévérine Blé

 

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16 mai 2015

VIOLATIONS DES DROITS

 

Côte d'Ivoire/Deux ans après l’arrestation d’Ourémi Amadé

Selon le MIDH le cacao du Mont Péko toujours « illégalement » exploité

 

 cacao

Le Gouvernement ivoirien devrait ouvrir une enquête et punir sans discrimination les responsables du crime organisé autour du Cacao provenant du Parc national du Mont Péko occupé illégalement par des paysans, a déclaré le Mouvement Ivoirien des Droits Humains (ci-après MIDH) dans un communiqué publié jeudi 14 mai 2015, dont lepointsur.com a reçu copie.

Le site du parc national protégé à l’ouest de la Côte d’Ivoire – dont il tire son nom du mont péko qui culmine à plus de 1000 m dans la localité de Duékoué avec une superficie de 34000 hectares – est infiltré par les planteurs de cacao depuis la crise de 2002.

Selon un recensement réalisé en 2013 par les autorités gouvernementales ce sont environ 24000 personnes qui se sont installées dans ce parc dont la moitié sont des enfants qui pour la plupart travaillent dans les plantations. « A la faveur de la crise de septembre 2002, Duékoué était une Zone tampon. Un certain OUEREMI AMADE (d’origine Burkinabé) a profité de cette crise pour infiltrer le Parc du Mont péko et y a installé ses compatriotes jusqu’à dévaster 80% du Parc pour faire des champs et des plantations de Cacao…. Il avait des armes à l’intérieur du Parc. Il a créé des check-points et un bunker…,» a indiqué le Préfet de région, Président du comité de gestion d’évacuation des infiltrés du Mont péko.

Deux ans après l’arrestation du chef milicien Ourémi Amadé qui organisait la vente illégale de la forêt, les autorités ont affirmé avoir sensibilisé les planteurs pour qu’ils quittent le parc et pourtant les paysans clandestins encore nombreux continuent à cultiver du cacao malgré l’interdiction. Ces paysans feraient même l’objet de violence et de crime organisé sur la vente de leur cacao au mépris du prix homologué et des prélèvements sont opérés dans des check-points de passage obligé dits ports secs tenus par des civils. «Ces ports secs sont contrôlés par des jeunes dont nous avons certains noms. Ces jeunes semblent être protégés par les autorités en charge de la sécurité du mont péko qui n’acceptent pas qu’on y franchisse pour en savoir davantage », A indiqué la mission du MIDH.

Les premières conclusions du MIDH sont basées sur des investigations effectuées pendant une semaine à Duékoué, Guiglo et Man. Le rapport d’une trentaine de pages publié aujourd’hui est un document d’informations comprenant des témoignages recueillis sur les exactions et les crimes organisés sur les paysans clandestins du parc. Ces informations et témoignages ont été recueillis auprès d’autorités civiles et militaires, d’opérateurs économiques et de planteurs. En dépit des intimidations des autorités en charge de la sécurité du parc du mont péko, la mission a pu poursuivre sa documentation jusqu’à terme.

A qui profitent ces prélèvements ?

Au cours des entretiens avec la mission du MIDH, des personnes ont évoqué le manque de volonté des autorités administratives et des autorités en charge de la sécurité du parc à mettre fin au système de prélèvements sur le cacao provenant du parc. «Pis, quand vous vous plaignez des prélèvements faits sur nos produits, les eaux et forêts (entendu agents de l’Office ivoirien de protection des parcs et réserves –l’OIPR) viennent détruire vos plantations si vous êtes paysans ou bien ils bloquent le camion des acheteurs qui refusent de payer les prélèvements et ils vous traitent en ennemis. Trois de nos compatriotes sont aujourd’hui en détention préventive à la prison de Man,» a déclaré un témoin.

« Quelqu’un est venu me proposer la somme de 800 millions de francs CFA si j’acceptais d’entrer dans le contexte. Je leur ai dit que mon derrière n’est pas solide…, » a indiqué une autorité en charge de la sécurité de la ville.

Bien que les autorités locales et certains jeunes qui tiennent ses ports secs aient reconnu l’ampleur du phénomène, ils semblent approuver cet état de fait et le justifie par le financement de travaux de réprofilage de voies d’accès dans le parc. « Quand on paye à 750 F CFA le kg aux planteurs, à la sortie vous payer 100 F CFA par kg que vous remettez aux jeunes qui tiennent ses barrages. Ensuite un coup de fil lancé par l’un d’entre eux te permet de traverser le dernier check-point des agents de sécurité. Ils refusent que vous donniez un reçu d’achat aux planteurs…, » a déclaré un opérateur économique.

Des autorités villageoises et chefs de canton ont confié à la mission qu’ils n’ont pas été associés à la question du déguerpissement des occupants du parc. « Ils nous ont convoqués à une réunion un jour pour dire que des sites vont être créés pour recevoir les occupants du parc du mont péko. C’est des gens avec qui nous ne pouvons pas vivre, parce qu’ils sont barbares et violents. Si on accepte aujourd’hui, c’est pour nous arracher encore nos terres. Nous souhaitons qu’on les fasse retourner d’où ils viennent. Quand ils vendent leur cacao-là, ils deviennent arrogants, ils traversent à vive allure nos villages à moto sans tenir compte des enfants » ont déclaré des notables.

« Et pourtant, dès que l’annonce de déguerpir le parc a été faite aux occupants, certains ont pu louer des portions de terre cultivables dans des villages environnants. Ce sont les villageois eux-mêmes qui leur vendent des portions de terre moyennant de l’argent », a déclaré un correspondant local de presse.

Une justice allégorique ?

« Le fait que deux leaders soient arrêtés – mi janvier 2015 – pour avoir dénoncé ce crime sur la vente du cacao et que la vingtaine de paysans illégaux aient vu détruire leurs plantations par des agents de l’OIPR après avoir porté plainte contre deux des leurs (tenant à ce jour des ports secs) et qu’un opérateur économique soit arrêté seul le 3 mars 2015 pour des faits dont ils sont trois à les avoir commis, est allégorique de l’arbitraire de la justice à laquelle se heurtent beaucoup de paysans du parc ainsi que des opérateurs économiques de la région ,» a souligné le MIDH.

Depuis la fin de crise de 2010, le Gouvernement ivoirien a fait la promesse de ne plus omettre d’enquêter sur tout délit criminel, de poursuivre et punir leurs actes. L’impunité dont jouissent les auteurs du crime organisé sur le cacao du parc au mépris de la situation dramatique des paysans du mont péko doit cesser afin de créer un climat propice au départ assisté de ces infiltrés.

« Mettre un terme à la commercialisation frauduleuse du cacao et permettre aux occupants de quitter dignement le parc du mont péko, de même recourir à une justice équitable pour des justiciables sans exclusive ni partisane requière un engagement de la part du gouvernement, en particulier du ministère d’état, de l’intérieur et de la sécurité, du ministère de l’agriculture, du ministère des eaux et forêts, du ministère de la justice et des droits de l’homme, du ministère des affaires sociales, du ministère de la défense et du ministère de la famille », a relevé Me Doumbia Yacouba Président du Conseil d’administration du MIDH.

 source lepoinsur.

 

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30 avril 2015

LUTTE CONTRE LES MEURTRES RITUELS CONTRE LES ALBINOS AFRICAINS

deuxième

Colbert Kouadjo (journaliste-écrivain) : « Les crimes rituels contre les albinos et les sacrifices humains en général  sont des obstacles au développement de l’Afrique »

 

Colbert Kouadjo est l’auteur du roman « Holyçane la chanteuse de jazz et les chasseurs d’albinos » qui fait parler de lui depuis sa parution le 14 janvier 2015. A travers ce roman, tous les albinos africains viennent de retrouver l’avocat qui leur manquait. « Holyçane la chanteuse de jazz et les chasseurs d’albinos », c’est l’histoire d’une albinos nommée Holyçane, une petite libérienne qui échappe aux chefs de guerre en quête d’albinos pour adorer leurs fétiches. C’était en 1989. Cette aventure pathétique, racontée dans un style simple, s’adapte à tous les lecteurs. Elle démarre à Monrovia, capitale du Liberia puis atteint son paroxysme dans une autre capitale Africaine où la petite albinos s’est refugiée avec son père... Le courage et l’intelligence de Holyçane sont comparables à ceux d’Anne Zingha, reine d’Angola qui résista à l’invasion portugaise. Cette petite albinos qui chante le jazz comme les crooners de la Nouvelle-Orléans, ne gagne pas seulement sa vie en chantant. Mais pendant les concerts, elle fait passer le message de la dignité des albinos de l’Afrique, elle dénonce les nombreuses superstitions qui menacent les albinos africains. Elle fait sa révolution dans cette capitale où fourmillent les tueurs d’albinos appelés chasseurs d’albinos.  Elle devient une étoile pour les albinos africains. Elle devient  le doigt qui leur montre le soleil. Enfin, elle devient la voix qui leur dit : « débout pour votre dignité ! »…Mais au-delà de ce combat héroïque de la jeune albinos, le journaliste Colbert Kouadjo, fervent défenseur des droits de l’Homme, déploie aussi son talent de sociologue pour poser un véritable problème. Car, avant tout, il faut savoir poser des problèmes : quelles sont aujourd'hui les avancées économiques, sociétales et politiques engendrées par les nombreux sacrifices humains et crimes rituels contre les albinos en Afrique ?  L’Afrique peut-elle être émergente avec des peuples qui croient encore en des meurtres rituels ? Nous avons rencontré Colbert Kouadjo, le nouvel avocat des albinos africains de passage à Cotonou et il a accepté de nous accorder cet entretien ô combien riche ! Nous le proposons à tous les Africains, pour qu’ensemble, nous prenions conscience qu’il nous faut faire une rupture avec nos croyances obscurantistes qui ne font que retarder l’Afrique sur le chemin du développement. Les meurtres rituels contre les albinos n’apporteront jamais l’émergence à l’Afrique. Entretien :

 

Dominique Houédjissou : Après lecture de ton roman, est-ce qu’on peut affirmer que les meurtres rituels perpétrés contre les albinos africains constituent un obstacle épistémologique pour l’Afrique ?

 

Colbert Kouadjo : C’est une affirmation juste. C’est d’ailleurs la raison principale pour laquelle j’ai écrit le roman. C’est à cette réflexion que je voudrais inviter tous les lecteurs.  En ce 21eme siècle, les Africains doivent abandonner toutes les pratiques obscurantistes pour accéder à la science qui libère l’homme en apportant le développement. Gaston Bachelard, dans « La formation de l’esprit scientifique » déclare : « Accéder à la science, c'est, spirituellement, rajeunir, c'est accepter une mutation brusque qui doit contredire un passé ». Si les Africains veulent que le continent soit développé et émergent,  ils doivent lutter contre les obstacles épistémologiques, les obstacles à la science pour former un véritable  esprit scientifique. Les sacrifices humains sont des pratiques obscurantistes en Afrique. Pour les courants intellectuels et politiques progressistes, héritiers de la philosophie des Lumières, l’obscurantisme est une attitude d'opposition à la diffusion du savoir, dans quelque domaine que ce soit. Quand vous lisez le roman « Holyçane la chanteuse de jazz et les chasseurs d’albinos », il est évident que vous-vous révoltiez contre les nombreux obstacles à la science. Et c’est grave pour l’Afrique.  Par exemple, comment un Africain peut croire aujourd’hui que coucher avec une jeune fille albinos peut guérir le sida ? Comment enterrer un albinos dans un champ peut-il fertiliser la terre ? Pourquoi certains politiciens africains croient que sacrifier un albinos peut leur assurer la victoire aux élections ? Je vous dis que les meurtres rituels contre les albinos sont des obstacles à l’esprit scientifique en Afrique.

 

Selon vous, pourquoi les africains tuent, violent, mutilent-ils les albinos ?

 

Colbert Kouadjo : A la page 26 du roman, il est écrit : « Les albinos africains sont très menacés actuellement par les préjugés et les superstitions au nom desquels ils sont sacrifiés : des hommes politiques les sacrifient pendant les campagnes électorales pour être élus, des hommes d’affaires les sacrifient à des fétiches pour faire prospérer leurs affaires, des agriculteurs les enterrent dans des plantations de cacao, de café, de palmier, de coton, pour rendre la terre fertile. Même certains serviteurs de Dieu enterrent des bébés vivants d’albinos dans leur église pour attirer les fidèles et accroitre leur popularité. Certaines parties des corps des albinos sont recherchées pour leurs supposées puissances miraculeuses. Des gourous et des guérisseurs concoctent des potions magiques avec ces parties-là et les vendent à des millions de francs en Afrique. Ces superstitions ont développé dans plusieurs pays africains, un marché habilement exploité par des guérisseurs, des marabouts et des gourous qui font des albinos leur fonds de commerce… Un important magazine avait rapporté que sur le marché des organes d’albinos, le corps complet d’un albinos y compris le sang se vendrait à 200000$ … » Voilà en substance ce qui pousse en général les Africains à massacrer les albinos en s’appuyant sur des superstitions. Ce n’est pas triste ça ? Quand des Africains croient encore que coucher avec une fille albinos peut guérir le sida, vous comprenez l’obstacle qui s’érige sur le chemin de la recherche scientifique pour trouver  le médicament contre le VIH. A la page 28 du roman, il est encore écrit : « Pour être guéris du sida, ils violent une albinos de cinq ans ». Des guérisseurs qui conseillent aux sidéens de coucher avec des filles albinos pour être guéris du sida. Vous comprenez le degré de l’obscurantisme qui gangrène une catégorie d’africains. Pour être riches, des gourous recommandent aux hommes d’affaire superstitieux des sacrifices d’albinos. Plusieurs politiciens mettent leur foi en ces croyances aussi déshumanisantes au point qu’en Tanzanie, L'ONU dénonce depuis 2013 une recrudescence des attaques contre les albinos à mesure que les élections approchent.  Lisez par exemple le discours de la petite Holyçane, le protagoniste du roman, à la page 21, avant son concert de jazz: « Pendant les campagnes électorales, à cause des hommes politiques, les albinos africains sont obligés de se cacher pour ne pas être victimes des crimes rituels. Ces chasseurs d’albinos sont sponsorisés par les ministres, les députés, les hommes d’affaires… Fouillez leurs domiciles et vous y trouverez les corps d’albinos enterrés dans des antichambres. Ils s’abreuvent chaque jour de sang d’albinos. Plusieurs cossus de ce pays détiennent un morceau d’albinos, un os ou des cheveux d’albinos sous forme de gris-gris porte-bonheur qu’ils adorent. On nous chasse comme on chasse des éléphants pour leurs ivoires, comme des rhinos pour leurs défenses, comme du gibier de brousse pour leur chair comestible. Dites aux Africains que le sang qui coule dans les veines d’un albinos est le même qui coule dans leurs veines… Qu’on cesse alors de boire notre sang sous le prétexte que ce sang apporte puissance, gloire, fortune et guérison. C’est de la superstition. C’est de l’obscurantisme. C’est de la barbarie. Mesdames et messieurs, pourquoi au 21eme siècle, des gens peuvent-ils fonder leur vie sur des superstitions et des croyances aussi déshumanisantes ? Pourquoi des gens peuvent- ils penser de nos jours que le sida peut se guérir en couchant avec une albinos ? » Voilà donc quelques  unes des raisons qui poussent les Africains à assassiner les albinos.

 

Parlant de catégorie, peux-tu déterminer la catégorie d’Africains qui s’adonnent aux meurtres rituels contre les albinos ?

 

Colbert Kouadjo : Dans certains pays africains, les albinos sont obligés de rester enfermés pendant les périodes électorales. Renseignez-vous au près des associations de défense des albinos, elles vous le diront. Des politiciens superstitieux s’adonnent aux sacrifices d’albinos croyant s'assurer ainsi la victoire électorale. A cause des superstitions, les albinos deviennent les moutons de sacrifice de plusieurs politiciens africains. C’est de l’obscurantisme véritable. Pour être élus président de la République, maire, député…, les politiciens africains ont-ils besoin de sacrifier des albinos? Il leur suffit de présenter un bon programme de développement et de gouvernance au peuple. C’est pareil pour les hommes d’affaire. Pour faire prospérer les affaires, ils n’ont pas besoin de sacrifier des albinos. Il y a aujourd’hui des méthodes modernes de gestion, de marketing pour faire prospérer une affaire. Il y a des techniques modernes pour faire prospérer une affaire, sans oublier que nous sommes dans un monde globalisé. Les Africains doivent apprendre à copier les meilleurs exemples des occidentaux ou asiatiques. Leur prospérité ne repose pas sur le sang humain ou le sacrifice humain.

 

Est-ce que tu peux expliquer le silence des gouvernants africains face aux  massacres des albinos africains ?

 

Colbert Kouadjo : Le massacre massif des albinos, la mutilation des albinos, le viol des albinos, l’exclusion sociale des albinos sont la belle démonstration que les droits de l’Homme et la dignité humaine ne préoccupent pas les gouvernants. Et ce n’est pas faux de le dire. Parler de droits de l’Homme dans un pays africain, c’est comme insulter les gouvernants. En Afrique, ce sont les défenseurs des droits de l’Homme qui sont les premiers ennemis des gouvernants.  Si vous savez le calvaire que vivent les défenseurs des droits de l’Homme sur le contient africain ! Mais nous ne baissons pas les bras. Non ! Il faut que la dignité humaine soit respectée. En Afrique, on enlève des enfants, des femmes, des hommes qu’on découvre le lendemain sans vie, avec des parties du corps amputées. Cela n’émeut aucun gouvernant. Leur préoccupation, c’est comment conserver le pouvoir…C’est l’indifférence totale face à ces meurtres quotidiens contre les albinos. Or l’indifférence, c’est la mort du cœur. Peut-on être indifférent à la vie ? Y a-t-il quelque chose de plus précieux que la vie humaine ? Y a-t-il un trésor au-dessus de la vie humaine ? Pourquoi doit-on détruire la vie des albinos ? Aujourd’hui, grâce aux combats des albinos eux-mêmes, la communauté internationale commence à interpeler les gouvernants africains sur leur sort. L’Onu est très impliquée dans la protection des albinos aujourd’hui.  En Tanzanie, l’Onu a pris des mesures pour contraindre les gouvernants à protéger les albinos. La Tanzanie est un pays tristement célèbre dans le massacre des albinos.

A la page 27, il est écrit : « Un jour, un journal avait révélé qu’une ministre immensément riche disposait d’une boutique où hommes d’affaires et politiciens africains se procuraient des corps et des organes d’albinos. C’était une sorte de magasin de pièces détachées d’albinos ». J’ai la chair de poule…

Colbert Kouadjo : Il est écrit aussi à la page 93 : « Ses clients-là étaient des hommes très connus dans le pays : Jacques Aman était un homme d’affaire cossu, Paul Kasy était le directeur du cabinet du Président de la République, Moïse Tapé était le tout-puissant directeur du protocole du Président de la République et Bidi Jonas était ministre de l’économie. Gutenberg décida de vite agir pour empêcher ces gens-là de tuer les quatre albinos ». Vous savez, j’ai un ami marabout qui m’expliquait ceci : « les grands sacrifices coûtent cher. Et seuls les riches font de grands sacrifices. Les pauvres font de petits sacrifices, c’est pour cela qu’ils restent petits. Quand tu vois à un carrefour, quatre noix de colas, il faut savoir que c’est le sacrifice d’un pauvre. Quand tu vois un panier de colas à un carrefour, c’est le sacrifice d’un riche. Quand tu vois un poulet égorgé à un carrefour, c’est le sacrifice d’un pauvre. Mais quand tu vois un bœuf égorgé à un carrefour, c’est le sacrifice d’un riche. Or le sacrifice humain est le sacrifice le plus cher. Donc ce sont les riches qui font le sacrifice humain ».  J’ai alors tout compris…Tous ces hommes qui disparaissent et qu’on retrouve vidés de leur sang, ces enfants qu’on enlève et qu’on retrouve morts et mutilés. Sans oublier le massacre quotidien des albinos : mutilations, viol, meurtre.

 As-tu un proche parent albinos ?

 Colbert Kouadjo : Oui. Une cousine qui a été élevée par ma mère. Quand nous étions petits, mes parents ont découvert que chaque fois qu’elle allait se faire coiffer, la coiffeuse retenait certains de ses cheveux qu’elle revendait très cher à des commerçants…Depuis ce temps-là, ma mère avait décidé de la coiffer elle-même à la maison.

Quel message veux-tu laisser en bouclant cet entretien ?

Colbert Kouadjo : D’abord, je voudrais dire qu’il est temps que les Africains abandonnent les préjugés et les superstitions qui ont longtemps ruiné le continent. Aujourd’hui, quelles sont  les avancées économiques, sociétales et politiques engendrées par les nombreux sacrifices humains et crimes rituels contre les albinos en Afrique ?  L’Afrique peut-elle être émergente avec des peuples qui croient encore en des meurtres rituels ? Les pays africains atteindront-ils les objectifs du millénaire grâce à ces pratiques obscurantistes et déshumanisantes ? Ils doivent se dépouiller de tout ce qui constitue les obstacles épistémologiques internes pour  se soumettre à une préparation intérieure afin que leur recherche progresse vers la vérité, vers tout ce qui peut améliorer la vie des Africains. Aujourd’hui notre siècle est celui des Lumières, de la connaissance scientifique. La notion d'obstacle épistémologique est ce qui permet de poser le problème de la connaissance scientifique : c'est à partir du moment où celui-ci est surmonté, donnant lieu à une  rupture épistémologique, que l'on atteint le but recherché. Le roman « holyçane la chanteuse de jazz et les chasseurs d’albinos » pose le problème et jette donc les bases de la rupture avec les meurtres rituels contre les albinos et les sacrifices humains auxquels sont encore attachés les Africains et même certains gouvernants africains. Cette rupture permettra non seulement de sauver des vies mais transformera les structures mentales des Africains afin qu’ils acceptent la science au lieu d’en constituer un obstacle. Ensuite, je voudrais dire aux albinos africains de se lever pour se battre car personne ne le fera à leur place. J’admire ma petite sœur Adi Ntankeu  la fondatrice de ANIDA que j’appelle affectueusement l’Amazone. C’est une grande femme, une Jeanne d’Arc mais avec un cœur rempli d’amour, de compassion, de bienveillance pour ses sœurs, ses frères albinos sans défense, exposés à toutes les rapaces du continent, à tous les chasseurs d’albinos. Elle a su éviter tous les préjugés pour montrer qu’on peut être fier quand on est albinos. Qui ne l’admire pas pendant ses défilés de mode? Il y a aussi  Thando Hopa la sud-africaine et  sans oublier Nathalie du Burundi qui est  une grande comptable. Les albinos ne sont pas des « bêtes ». Ce sont des hommes avec toutes les facultés humaines. Malheureusement, on refuse de les mettre dans des conditions humaines à cause des nombreuses  superstitions qui pèsent sur eux. A cause des superstitions, on préfère les jeter à  la rue et ne pas les scolariser. Il faut qu’il y ait une nouvelle culture en Afrique qui repose sur le respect de la dignité humaine. Il y a quelques jours,  je discutais avec Adi Ntankeu, la fondatrice de l’Association ANIDA qui m’a révélé que toute la génération des albinos africains  jusqu’en 2009 pourraient mourir avant l’âge de 30 ans de cancer de la peau. J’ai été choqué et attristé par cette mauvaise nouvelle. Si on ne fait rien, cette calamité va s’abattre sur les albinos africains. Il faut les protéger contre le soleil. Malheureusement ils sont obligés de se mettre sous le soleil ardent pour mendier. Pourtant, il  y a des gens en Afrique qui sont si riches que pour s’arracher une dent, ils vont dans une clinique en Europe. Ces gens-là peuvent bien s’occuper des albinos. Mais il y a l’indifférence. Je vous dis que l’indifférence, c’est la mort du cœur. Les gouvernants africains préfèrent acheter des armes pour massacrer la population, museler la population dans le seul but de rester au pouvoir. Il  faut avoir le courage pour dénoncer avec force cette indifférence de la part des gouvernants. On ne peut pas être indifférent devant de tels cas. Les gouvernants et leurs épouses sont très, très riches. Et enfin, je voudrais lancer à tous les albinos ce message que Holyçane le protagoniste du roman a lancé à tous les albinos africains : « Il y a en Afrique, des milliers d’albinos qui sont menacés de mort et qui sont obligés de vivre cachés. Je ne peux plus me taire face à cette tragédie. Moi, je ne veux plus vivre dans l’ombre de la mort. Je demande donc à tous les albinos africains de sortir leur génie et de combattre avec leur génie ces Africains que le pouvoir et l’argent ont rendu orgueilleux et inhumains, qui chantent les droits de l’Homme mais qui assassinent les albinos et boivent leur sang. Combattons-les avec nos génies et disons- leur que la vie humaine est le plus précieux de tous les trésors, elle est au-dessus de tous les trésors. Qu’ils arrêtent donc de détruire la vie des albinos…(P134) ». J’invite tous le monde à se procurer ce roman pour qu’ensemble nous menions ce combat. Les albinos ont le droit de vivre. Je dédie le roman à deux amazones de la lutte pour la défense des albinos africains, à savoir Adi Ntankeu fondatrice d’ANIDA et Thando Hopa pour leur courage.

Entretien réalisé par Dominique Houédjissou , journaliste,critique littéraire, Cotonou(Benin).

source: www.eburnienews.net

 

Colbert Kouadjo, Holyçane la chanteuse de jazz et les chasseurs d’albinos, (Edition Edilivre-Aparis 2015 France)

 

ON PEUT SE PROCURER LE ROMAN PAR COMMANDE OU EN ACHETANT EN LIGNE :

Lien : www.edilivre.com/holycane-la-chanteuse-de-jazz-et-les-chasseurs-d-albinos-colbert-kouadjo.html

Le roman est vendu sur les sites suivants : Babelio, Livraddict, Libfly, Booknode et Senscritique.

 

En France, on peut se le procurer dans le réseau places des librairies : www.placesdeslibrairies.fr

 

 

 

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21 mars 2015

LUTTE CONTRE LE MASSACRE DES ALBINOS AFRICAINS

Holyçane la chanteuse de jazz et les chasseurs d’albinos, (Edition Edilivre-Aparis, 2015 France) : le roman pour la dignité des albinos africains.

Voici écrite par le journaliste Colbert Kouadjo, l’aventure d’une charmante petite albinos nommée Holyçane. Le roman Holyçane la chanteuse de jazz et les chasseurs d’albinos, c’est l’histoire d’une petite albinos que le journaliste a sans doute rencontrée au cours de ses nombreux reportages à travers l’Afrique.

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colbert Kouadjo, auteur de holyçane la chanteuse de jazz et les chasseurs d'albinos

En Afrique, la naissance d’un albinos est considérée comme un phénomène surnaturel et mystique qui complique amèrement l’existence de tous les albinos africains. Les Africains croient que les albinos détiennent des pouvoirs surnaturels. C’est pourquoi, ils sont victimes de crimes rituels sur tout le continent noir. C’est en 1989. Le Libéria brûle sous les feux des armes de guerre. Prince Mike est inquiet pour sa fille Holyçane, la petite albinos. Car en temps de guerre, les sacrifices rituels d’albinos sont prisés par les chefs de guerre. En Afrique, certaines parties de leurs corps sont recherchées pour leurs supposées puissances pour réussir en affaire, en politique, en amour et même pour la guérison du sida…C’est la réalité. Ce n’est pas de la fiction. Ce ne sont pas des contes que racontent nos grands parents. Dans certains pays africains, les albinos sont obligés de rester enfermés pendant les périodes électorales. L'ONU a par exemple dénoncé une recrudescence depuis 2013 des attaques contre les albinos en Tanzanie, à cause de l'approche des élections prévues en octobre. Les candidats superstitieux s’adonnent aux sacrifices d’albinos pour s'attirer la victoire électorale. A cause des superstitions, les albinos deviennent les moutons de sacrifice pour la victoire de plusieurs politiciens africains. Pourtant «les albinos sont des êtres humains magnifiques. Tu vois, Holyçane est chanteuse de jazz. Le jazz est une musique de classe. Ce n’est pas n’importe quelle musique. Il y a aussi la beauté de Holyçane. Elle est tellement belle que lorsqu’elle passe, tout le monde l’admire. Elle est belle comme Thando Hopa. En plus, elle a un courage extraordinaire. Le Québécois Jean Claude n’a pas pu résister à ses qualités. Il est tombé amoureux d’elle. Il l’a épousée. Les albinos sont beaux et magnifiques. Admirez Thando Hopa ! Quelle beauté ! Quelle grâce ! Elle est top model. En plus, elle est intelligente : elle est avocate », explique Colbert Kouadjo, l’auteur du roman, avec passion. Holyçane, l’héroïne du roman, emballe avec son charme, son courage, son discours et son talent de crooner du jazz, chaque lecteur…Depuis l’âge de cinq ans, Holyçane chante les chansons célèbres des crooners du jazz grâce à son père, un talentueux musicien de jazz qui rêve de faire d’elle, une célèbre jazzwoman. Mais la guerre survient et ravage tout Monrovia. Ils se réfugient dans une capitale où ils vivent des honoraires qu’ils perçoivent après les concerts de jazz qu’ils donnent avec maestria à la discothèque Black Pearl. Holyçane est devenue une très belle jeune albinos et célèbre grâce à sa voix qui rappelle celles des crooners du jazz comme Liz Mc Comb, Fitzgerald, Helen Merril, Peggy Lee, Billie Holiday, June Christy…Le Black Pearl est devenu aussi célèbre que le Village Vangard de New York grâce à Holyçane et son père le musicien de jazz le plus talentueux de la capitale. Mais dans cette capitale africaine-là, Holyçane devient la cible des chasseurs d’albinos qui tuent, mutilent et violent les albinos. Ces assassins réussissent même à tuer son père, espérant ainsi pouvoir la kidnapper facilement avec la complicité d’un faux prophète chrétien. Mais la charmante albinos croit fermement que la vie humaine est au-dessus de tous les trésors du monde et qu’elle doit protéger la sienne en affrontant ces monstres, ces meurtriers couverts par des hommes politiques et des richissimes. Elle transforme alors chacun de ses concerts de jazz en une occasion pour dénoncer l’indifférence de la communauté internationale face au massacre des albinos africains. Son combat convainc Jean Claude, un Québécois, qui l’épouse…Voilà comment le talentueux Colbert Kouadjo, véritable militant des droits de l’Homme, avec son regard de sociologue et d’historien, livre bataille contre le massacre des albinos africains qu’il considère comme un crime honteux contre l’humanité. Dans une interview publiée sur le site www.black-feelings.com, l’auteur de Holyçane la chanteuse de jazz et les chasseurs d’albinosdéclare que son roman est « un cri de révolte contre un monde indifférent, une révolte contre le massacre des albinos africains qui n’émeut personne, même pas les africains eux-mêmes. C’est donc une révolte contre ces préjugés. Les albinos sont exclus en Afrique. Ils n’ont pas le droit de travailler. On pense qu’ils ne sont pas intelligents. C’est une révolte contre tous ces préjugés qui avilissent les albinos. Des gens crachent dès qu’ils voient passer un albinos. C’est mon combat pour la dignité des albinos africains. » Depuis la parution du roman le 14janvier 2015, les lecteurs sont unanimes pour dire que Colbert Kouadjo soulève une question essentiellement épistémologique. En effet, en Côte d’Ivoire, pays d’origine du romancier, les enlèvements d’enfants et le sacrifice des albinos sont des pratiques courantes. La discrimination contre les albinos est courante. Peut-on parler alors d’émergence en Afrique quand les Africains sont encore attachés à de telles pratiques déshumanisantes  qui sont de véritables obstacles épistémologiques?En 2013 un groupe d'experts indépendants des Nations Unies a attiré l'attention sur la discrimination dont souffrent les personnes atteintes d'albinisme en Tanzanie. Sur le continent africain, « Les albinos sont considérés comme des fantômes et non comme des êtres humains, et dès lors, peuvent être rayés de la carte », a noté le groupe d’experts de l’ONU dans son discours délivré à cette occasion. C’est vrai, les personnes atteintes d'albinisme cristallisent des mythes aussi nombreux que néfastes en Afrique. « Quand vous écoutez l’actualité sur les albinos tanzaniens par exemple, vous avez de la nausée. C’est pourquoi, il est temps de tirer sur la sonnette d’alarme. Plusieurs guérisseurs africains font courir la rumeur selon laquelle coucher avec une albinos guérirait du VIH/Sida. Ce qui accroit chaque jour le nombre de viol contre les jeunes filles albinos sans oublier qu’elles s’exposent ainsi au VIH/sida. C’est une situation révoltante. Comment en 2015, une partie de l’humanité peut-elle croire qu’en couchant avec une albinos, on peut être guéri du Sida ? Il faut donc arrêter ces rumeurs. Des médicaments ont été mis à la disposition de la population pour soigner le sida. Un vaccin thérapeutique contre le Sida vient d’être mis au point par le Pr Mavoungou du Gabon » a expliqué Colbert Kouadjo dans un entretien sur le site www.eburnienews.net. Plus de 200 sorciers ont été arrêtés depuis la mi-janvier en Tanzanie, dans le cadre d'une opération visant à mettre fin aux mutilations et meurtres d'albinos. Un bébé de 18 mois a été enlevé mi-février et son corps retrouvé, bras et jambes amputés. Et début mars, des hommes armés ont agressé un enfant de six ans et lui ont coupé la main…Beaucoup d’Africains croient en la sorcellerie. Et les albinos africains sont les victimes de ces croyances superstitieuses… Holyçane la chanteuse de jazz et les chasseurs d’albinos, est un roman à lire absolument pour comprendre l’ampleur du massacre des albinos africains et le courage avec lequel ils doivent se battre pour leur dignité.

    Adam Dabauz,  journaliste indépendant, militant des droits de l’Homme, Québec.

 

Colbert Kouadjo, Holyçane la chanteuse de jazz et les chasseurs d’albinos, (Edition Edilivre-Aparis 2015 France)

Lien : www.edilivre.com/holycane-la-chanteuse-de-jazz-et-les-chasseurs-d-albinos-colbert-kouadjo.html

Le roman est vendu sur les sites suivants : Babelio, Livraddict, Libfly, Booknode et Senscritique.

 

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14 mars 2015

DROITS DE L'HOMME: LUTTE CONTRE LE MASSACRE DES ALBINOS AFRICAINS

LUTTE CONTRE LE MASSACRE DES ALBINOS AFRICAINS

Colbert Kouadjo, auteur du roman  Holyçane la chanteuse de jazz et les chasseurs d’albinos   :

« Le massacre des albinos africains est un crime contre l’humanité »

 

photo entretien

Colbert Kouadjo, journaliste-écrivain, auteur du roman Holyçane la chanteuse de jazz et les chasseurs d'albinos.

Publié par Edilivre-Aparis, Holyçane la chanteuse de jazz et les chasseurs d’albinos est le premier roman  du journaliste ivoirien Colbert Kouadjo. Le roman sort au moment où en Côte d’Ivoire, les enlèvements d’enfants font l’actualité et que le viol, l’assassinat et les mutilations des albinos inquiètent tous les parents africains. Le journaliste-défenseur des droits de l’Homme, fait la guerre aux auteurs du massacre des albinos africains qu’il considère comme un crime contre l’humanité. Holyçane la chanteuse de jazz et les chasseurs d’albinos  est une véritable révolte contre les préjugés et les superstitions qui avilissent les albinos…Entretien avec Colbert Kouadjo :

Christine Ahou : Tu viens de publier « Holyçane la chanteuse de jazz et les chasseurs d’albinos ». Qu’est-ce qui t’a motivé à écrire ce roman ?

 Colbert Kouadjo : Merci pour cet entretien. Ce livre est une révolte. Une révolte contre un monde indifférent, une révolte contre le massacre des albinos africains qui n’émeut personne, même pas les africains eux-mêmes. En Afrique, la naissance d’un albinos est considérée comme un phénomène surnaturel et mystique qui complique amèrement l’existence de tous les albinos africains. C’est donc une révolte contre ces préjugés. Les albinos sont exclus en Afrique. Ils n’ont pas le droit de travailler. On pense qu’ils ne sont pas intelligents. C’est une révolte contre tous ces préjugés qui avilissent les albinos. Des gens crachent dès qu’ils voient passer un albinos.  Holyçane la chanteuse de jazz et les chasseurs d’albinos, c’est mon combat pour la dignité des albinos africains.

Christine Ahou : En lisant le roman on sent vraiment cette révolte en vous…

Colbert Kouadjo : oui. C’est parce que ma religion c’est celle qui respecte la vie humaine. Je le répète : une religion qui ne respecte pas la vie humaine n’est pas digne des Hommes. La vie humaine est au-dessus de tous les trésors du monde. Pourquoi le monde entier se tait-il donc face au massacre des albinos africains ? Pourquoi ? Pourquoi les gouvernements africains se taisent-ils sur ce massacre ? L’indifférence, c’est la mort du cœur.

Christine Ahou : Tu évoques aussi la guerre dans ton roman…

Colbert Kouadjo : le roman commence par la guerre. La sale guerre du Liberia qui a détruit des milliers de vies humaines par la volonté égoïste de quelques individus seulement. Je le rappelle encore : ma religion c’est le respect de la vie humaine. Pour moi, la vie humaine est sacrée. Quelle que soit la raison, on ne doit pas tuer un être humain. La vie est sacrée, on ne doit pas la détruire. Et donc je suis contre toutes les guerres qui dévastent aujourd’hui le monde entier. Dans le roman, Holyçane la petite albinos est confrontée à deux maux : la guerre qui a tué sa mère et sa petite sœur sous ses propres yeux et les chasseurs d’albinos qui cherchent à la kidnapper pour la sacrifier aux fétiches…

Christine Ahou : En temps de guerre la vie humaine est vraiment en danger…

Colbert Kouadjo : je suis encore sous le choc quand je pense à certaines images de la guerre en Côte d’Ivoire. Des vies humaines ont été détruites sauvagement. A Bouaké par exemple qui était la capitale de la rébellion, on tuait publiquement des hommes, on mangeait leur cœur, on buvait leur sang pour démontrer sa puissance. Ce sont des faits qui sont vrais. Il suffit de revoir la presse de cette époque-là. Le fait qui m’a le plus marqué, c’était en 2002, je crois. La rébellion avait commencé en Côte d’Ivoire. A Bouaké, les chasseurs traditionnels qui combattaient aux côtés des rebelles ont organisé une fête au stade de Bouaké. Devant les hautes autorités de la rébellion et  la population, des gendarmes ont été égorgés, sacrifiés à des fétiches. Le sang a été distribué et bu…C’est triste ! Les politiciens africains tuent la population africaine pour accéder au pouvoir. Partout où il y a des guerres en Afrique, les sacrifices humains sont abondants, la dignité humaine est bafouée. Et généralement, ce sont les albinos qui sont prisés par ces gourous qui conseillent les chefs de guerre, les chefs des rebellions.

Christine Ahou : Tu parles aussi des hommes d’affaire qui sont impliqués dans ce massacre d’albinos en Afrique.  

Colbert Kouadjo : Il y a tellement de mystères qui planent sur les albinos africains ! J’ai interviewé une jeune albinos à Abidjan qui me disait que quand elle va se faire coiffer, des femmes la guettent dans le seul but d’avoir un de ses cheveux. Des africains pensent qu’avec les cheveux ou certaines parties du corps d’un albinos, on peut devenir très riche. Malgré le développement des Africains et l’intégration des cultures, les albinos sont victimes de meurtres, de viols, de mutilations, de mépris et d’exclusion dans les sociétés africaines. Les albinos africains sont très menacés actuellement par les préjugés et les superstitions au nom desquels ils sont sacrifiés : des hommes politiques les sacrifient pendant les campagnes électorales pour être élus, des hommes d’affaires les sacrifient à des fétiches pour faire prospérer leurs affaires, des agriculteurs les enterrent dans des plantations de cacao, de café, de palmier, de coton, pour rendre la terre fertile. En Côte d’Ivoire par exemple dans des villes côtières comme Tabou, San-Pedro, Grand-Lahou, Assinie, Bassam…la population attribue les sacrifices humains et la chasse aux albinos, aux pêcheurs. « Les pêcheurs estiment que le sang humain est un remède pour faire bonne prise pendant la pêche. Le fémur droit d’un albinos attaché à un filet attire les poissons dans les filets ». J’ai recueilli ces propos lors d’une interview que j’ai réalisée pour comprendre les enlèvements d’enfants qui continuent d’endeuiller des familles en Côte d’Ivoire. Des gens soutiennent que le sang d’albinos facilite l’exploitation de l’or. Mais comment ? Personne ne peut véritablement en donner une explication rationnelle. Dans la forêt classée de Taï, l’exploitation clandestine de l’or est intense. Ce sont les Maliens qui ont le monopole de cette exploitation en complicité avec certaines autorités ivoiriennes. Aucun albinos ne peut s’aventurer dans ces zones.

Christine Ahou : Tu écris à la page 120 « Ces chasseurs d’albinos sont sponsorisés par les ministres, les députés, les hommes d’affaires… Fouillez leurs domiciles et vous y trouverez les corps d’albinos enterrés dans des antichambres. Ils s’abreuvent chaque jour de sang d’albinos. Plusieurs cossus de ce pays détiennent un morceau d’albinos, un os ou des cheveux d’albinos sous forme de gris-gris porte-bonheur qu’ils adorent »…

Colbert Kouadjo : ce n’est pas faux ! Si on fouille les domiciles de ces ministres, ces députés, ces chefs d’État, ces puissants hommes d’affaires, on trouvera un morceau d’albinos chez eux. Pendant  l’insurrection populaire contre Blaise Compaoré au Burkina Faso, le domicile de François Compaoré, son  petit-frère, a été saccagé et pillé. Grâce aux réseaux sociaux et France 24, on a pu voir des photos de corps d’albinos au domicile du petit frère du président Compaoré…Ces pratiques inhumaines en Afrique suscitent des réflexions en tant que sociologue : alors que tous les Africains parlent aujourd’hui d’émergence, pourquoi sont-ils encore attachés à ces croyances ? Pour moi tous ces sacrifices humains sont des obstacles épistémologiques. Ce sont des freins au développement de l’Afrique.

Christine Ahou : Tu écris à la page 26 : « Chaque jour en Afrique, les albinos sont hantés par la mort, la mutilation, le viol… »

Colbert Kouadjo : C’est vrai. Quand vous écoutez l’actualité sur les albinos tanzaniens par exemple, vous avez envie de vomir. C’est pourquoi, il est temps de tirer sur la sonnette d’alarme. Plusieurs guérisseurs africains font courir la rumeur selon laquelle coucher avec une albinos guérirait du VIH/Sida. Ce qui accroit chaque jour le nombre de  viol contre les jeunes filles albinos sans oublier qu’elles s’exposent ainsi au VIH/sida. C’est une situation révoltante. Comment en 2015, une partie de l’humanité peut-elle croire qu’en couchant avec une albinos, on peut être guéri du Sida ? Il faut donc arrêter ces rumeurs. Des médicaments ont été mis à la disposition de la population pour soigner le sida. Un vaccin thérapeutique contre le Sida vient d’être mis au point par le Pr Mavoungou du Gabon.

Christine Ahou : Ce qui impressionne dans le roman, c’est la révolte de la jeune albinos Holyçane, c’est le courage de cette albinos qui en chantant le jazz, devient la voix des albinos africains.  C’est aussi sa détermination qui repose sur sa philosophie qui se résume en : « ma foi fera de moi ce que je veux être »…

Colbert Kouadjo : La détermination est l’arme la plus efficace pour les combattants. La détermination d’un seul homme peut changer le monde entier. Holyçane est une jeune albinos déterminée à changer le destin des albinos africains. Quand tu lis la page 16, il est écrit : « A mesure qu’elle grandissait, elle se rendait compte qu’être albinos est une tare très grave dans la société africaine. C’est un destin implacable. Et cela la révoltait. Mais petit à petit, cette révolte, au lieu de la conduire à la résignation, faisait grandir en elle, l’âme d’une battante, l’âme d’un défenseur des albinos. Une voix lui disait intérieurement : « lève-toi et bats-toi pour les albinos ! » Holyçane prit donc la ferme résolution déjà à cet âge-là, de s’imposer brillamment partout où elle se retrouverait et dans n’importe quel domaine. Elle avait résolu d’être une étoile pour les albinos africains et d’être le doigt qui leur montrerait le soleil et la voix qui leur dirait : « débout ! »

Christine Ahou : Tu  interpelles tous les albinos africains 

Colbert Kouadjo : Oui. Il faut qu’ils soient déterminés à changer le cours de leur propre histoire…Les albinos sont des êtres magnifiques. Tu vois, Holyçane est chanteuse de jazz. Le jazz est une musique de classe. Ce n’est pas n’importe quelle musique. Il y a aussi la beauté de Holyçane. Elle  est tellement belle que  lorsqu’elle passe, tout le monde l’admire. Elle est belle comme Thando Hopa.  En  plus, elle a un courage extraordinaire. Le Québécois Jean Claude n’a pas pu résister à ses qualités. Il est tombé amoureux d’elle. Il l’a épousée. Les albinos sont beaux et magnifiques. Admirez Thando Hopa. Quelle beauté ! Quelle grâce ! Elle est top model. En plus, elle est intelligente : elle est avocate.

Christine Ahou : Et comment les albinos peuvent-ils lutter puisque à la page 148 il est écrit : « Holyçane, sais-tu le nombre d’Africains qui ont été assassinés pour avoir osé affronter ces pouvoirs sanguinaires qui reposent  sur des puissances diaboliques ? »

Colbert Kouadjo : La remarque a été faite par Jean Claude, qui est Québécois. Il est surpris par la détermination de la jeune albinos devant cette grosse machine qui massacre les albinos et même les opposants les plus coriaces. Le Québécois attire l’attention de Holyçane car après avoir passé des années sur le continent, il a conclu que les Africains sont méchants et ne respectent pas la dignité humaine. Il sait que les pouvoirs africains reposent sur des puissances diaboliques qu’ils entretiennent par des préjugés et des superstitions en buvant le sang des albinos, en sacrifiant les albinos à des fétiches. C’est la réalité. Ce n’est ni de la fiction ni des contes. Dans certains pays africains, les albinos sont obligés de rester enfermés pendant les périodes électorales. Ils deviennent les moutons de sacrifices des politiciens. Alors comment une jeune fille comme Holyçane, albinos de surcroit oserait-elle affronter ces pouvoirs sanguinaires ? En Afrique, tous les défenseurs des droits de l’Homme sont les premiers ennemis des gouvernants. Généralement, les plus chanceux de ces défenseurs des droits de l’Homme se retrouvent en exil en Occident. Les moins chanceux croupissent en prison ou sont assassinés. C’est aussi la réalité en Afrique…Il faut se battre contre cette situation qui n’honore pas le continent.

Christine Ahou : En fin de compte, comment Holyçane allait-elle lutter contre ce fléau ?

Colbert Kouadjo : C’est le Québécois qui donne la solution à Holyçane : « Allons donc au Québec, le pays des droits de l’Homme, le pays de paix et d’humanisme. Là-bas, nous pourrions préparer cette guerre contre le massacre, le viol et les mutilations des albinos en Afrique… Nous pourrions remettre le film de la perquisition du château du prophète Élysée aux organisations de défense des droits de l’Homme. » page 160. L’occident !  Exactement ! Tous les jeunes africains sont obligés de fuir leur continent pour aller en Occident parce que,  aucun droit de l’Homme n’est respecté sur le continent africain. Les dirigeants s’accaparent des biens du pays sans se soucier du peuple. La population peut mourir de faim. Les dirigeants pillent, violent, tuent. C’est pourquoi ils sont insensibles au crime perpétré contre les albinos africains. En Afrique, on ne condamne pas les criminels. Ils sont protégés par les ministres, les députés, les chefs d’État…Il n’y a donc pas de condamnation pour ceux qui tuent les albinos africains. C’est pourquoi, le Québécois dit à la jeune albinos : « Allons au Québec ! Là-bas, nous pourrions remettre le film de la perquisition du château du prophète Élysée aux organisations de défense des droits de l’Homme. Holyçane détient un cd de la perquisition du domicile d’un gourou qui assassine les albinos. Sur ce cd enregistré par un commissaire de police et une journaliste, il  cite les noms de ses complices qui sont aussi des membres du gouvernement, des proches du président de la république, des riches hommes d’affaires. Le Québécois sait que si Holyçane ne quitte pas l’Afrique avec ce Cd, elle sera traquée et tuée comme son père, Prince Mike. D’ailleurs à la page 160, Christina, une journaliste qui enquêtait sur une ministre trempée dans une affaire de trafic d’organes d’albinos est assassinée. Il est très difficile d’être journaliste en Afrique. « Nos dirigeants n’aiment pas qu’on les titille surtout sur des sujets aussi sensibles que les crimes contre les albinos. Ah ! Oui ! Ils ne craignent pas de verser le sang humain. Supprimer une vie humaine est un plaisir pour eux. Faites le point des journalistes qui meurent chaque année sur le continent parce qu’ils ont osé dire la vérité sur la gouvernance ou parce qu’ils détiennent quelques dossiers sales sur la République. C’est triste madame», dira un journaliste à la page 167. L’Afrique est l’une des plus grandes tombes pour les journalistes. L’Afrique est l’une des plus grandes prisons pour les journalistes…

Christine Ahou : Holyçane s’exile donc au Québec grâce à Jean Claude le Québécois…

Colbert Kouadjo : oui, d’abord pour protéger sa vie. Ensuite pour avoir la liberté de s’exprimer. Le Québécois lui dit à la page 160 : « Tu verras que si l’opinion occidentale est sensible à la cause des albinos de l’Afrique, elle t’aidera à faire ta lutte. L’opinion occidentale est très sensible aux droits de l’Homme et à la dignité humaine. » En Afrique, on n’a pas le droit de s’exprimer. On n’a pas la liberté de s’exprimer. C’est pourquoi, les démocrates, les opposants, les journalistes, les militants des droits de l’Homme fuient vers l’Occident pour jouir de cette liberté…Tu sais, il y a des situations révoltantes en Afrique. Les droits économiques, sociaux et culturels qui incluent les droits d’accéder à une alimentation et un logement appropriés, à l’éducation, à la santé, à l’eau et l’assainissement sont violés... Le droit à l’eau et à l’assainissement exige que ces droits soient disponibles, accessibles, sûrs, acceptables et à la portée de tous, sans discrimination. L’accès à l’eau potable et à l’assainissement est essentiel pour la dignité humaine. Le droit à l’alimentation est le droit d’avoir un accès régulier, permanent à une alimentation appropriée et suffisante pour garantir une vie physique et mentale épanouie. Pourtant, au moment où je vous parle, ce sont des milliers d’Africains qui sont privés de ces droits fondamentaux. Et cela ne choque aucun dirigeant africain. La vie humaine ne dit rien à ces dirigeants Africains. C’est pourquoi, ils se taisent devant la grande souffrance des albinos. L’Afrique n’est pas un continent pauvre. Mais les Africains sont pauvres à cause de leurs dirigeants qui ne respectent pas les droits de l’homme et qui n’ont aucun respect pour la dignité humaine. Le jour que les dirigeants africains  prendront conscience que la vie humaine est au-dessus de tous les trésors et qu’il faut la protéger par tous les moyens et qu’ils cesseront d’assassiner les albinos, l’Afrique sera le plus beau continent de la planète.

 Christine Ahou : Enfin, qu’est-ce qu’on peut retenir de « Holyçane la chanteuse de jazz et les chasseurs d’albinos ? »

Colbert Kouadjo : Des superstitions font croire que les organes d’albinos renfermeraient des pouvoirs mystérieux. Des Africains, sur conseils de leurs gourous, marabouts et autres féticheurs décapitent, amputent, déchiquettent, violent les albinos... Les albinos sont des êtres humains comme tout le monde. Il faut cesser de les massacrer, de les mutiler et de les violer.  Les Africains doivent comprendre que la vie humaine est au-dessus de tous les trésors et qu’il faut la protéger par tous les moyens. Les sacrifices humains sont une violation des droits de l’Homme. Le sacrifice, la mutilation et le viol des albinos africains sont contre la dignité humaine. Ces sacrifices humains sont des obstacles épistémologiques, des obstacles au développement de l’Afrique. C’est de l’obscurantisme. Les politiciens africains n’ont pas besoin de tuer des albinos pour être élus. Pour être élus par le peuple, les politiciens doivent présenter un bon programme de développement et de gouvernance. Pour être riche on n’a pas besoin de sacrifier des albinos. Il y a des méthodes modernes de gestion, de marketing pour faire prospérer une entreprise. Aujourd’hui, les Africains parlent de plus en plus d’émergence. Mais comment les pays africains peuvent-ils être émergents tant que ses dirigeants croient encore en ces sacrifices d’albinos ? Je dédie ce livre à tous les albinos mutilés, violés et à tous ceux qui sont morts. Je le dédie à tous ceux qui luttent encore pour que nos frères et sœurs albinos gardent leur dignité humaine sur le continent africain.

Entretien réalisé par Christine Ahou journaliste                              source : www.black-feelings.com 

Colbert Kouadjo, Holyçane la chanteuse de jazz et les chasseurs d’albinos, Edilivre-Aparis 2015  France

Lien : www.edilivre.com/holycane-la-chanteuse-de-jazz-et-les-chasseurs-d-albinos-colbert-kouadjo.html

Le roman est présent sur les sites communautaires suivants: Babelio, Livraddict, Libfly, Booknode et Senscritique.

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13 mars 2015

JUSTICE ET DROITS DE L'HOMME

 

Côte d'Ivoire / Procès de madame Gbagbo : La FIDH, le MIDH et la LIDHO pas satisfaits du verdict rendu par la cour d'Assise

Au terme d’un procès marqué par de nombreuses insuffisances, la Cour d’assise a rendu son verdict dans le dossier des atteintes à la sûreté de l’État liées à la crise postsimone électorale. Nos organisations expriment leurs préoccupations quant au déroulement de ce procès et son possible impact sur les affaires concernant les crimes les plus graves, toujours en cours d’instruction.Initialement prévu en octobre 2014, le procès devant les assises devait connaître des faits suivants : atteinte à la défense nationale, attentat ou complot contre l’autorité de l’État, constitution de bandes armées, direction ou participation à une bande armée, participation à un mouvement insurrectionnel, trouble à l’ordre public, coalition de fonctionnaires, rébellion, usurpation de fonction, tribalisme et xénophobie, reprochés aux pro-Gbagbo relativement à la crise post électorale. Il n’a finalement pu s’ouvrir que le 29 décembre 2014. 81 accusés y ont comparu et le verdict a été rendu le 10 mars. De nombreux prévenus ont été condamnés à des peines de prison ferme, notamment l’ex-première dame Simone Gbagbo, condamnée à 20 de réclusion et Michel Gbagbo, le fils de l’ex président Laurent Gbagbo, condamné à 5 ans d’emprisonnement. La FIDH, le MIDH et la LIDHO, qui ont pu observer l’essentiel du procès, déplorent la faible qualité d’une procédure d’instruction  qui n’a pas ou peu cherché à étayer les charges retenues contre les prévenus et dont le procès a révélé les carences : absence d’éléments de preuve probants, faiblesse des témoignages à charge et de l’accusation dans son ensemble. « La faiblesse du procès a montré qu’il restait beaucoup de chemin à parcourir pour la justice ivoirienne. A son terme, des personnes ont été lourdement condamnées, sur la base d’éléments peu convaincants, ce qui n’est pas de nature à crédibiliser une justice dont la Côte d’Ivoire a tant besoin pour l’instauration d’un Etat de droit pérenne » , a déclaré Me Yacouba Doumbia, président du MIDH. Les insuffisances de ce procès sont également préoccupantes pour les instructions toujours en cours concernant les crimes les plus graves commis pendant la crise post électorale, où plus de 3000 personnes ont été tuées et des centaines de femmes ont été victimes de viol et autres violences sexuelles. La FIDH, la LIDHO et le MIDH sont constitués parties civiles dans ces procédures et accompagnent devant les juridictions nationales une centaine de victimes, qui attendent la tenue de procès équitables et conformes aux standards internationaux. « Pour les victimes des crimes les plus graves de la crise post-électorale que nous représentons, ce procès avait valeur de test, parce que les instructions judiciaires les concernant sont encore en cours. Le moins que nous puissions dire aujourd’hui, c’est que nous ne sommes pas rassurés, et que la justice ivoirienne devra donner davantage de garanties pour juger les graves violations des droits humains commises entre 2010 et 2011 par les clans Gbagbo et Ouattara » , a déclaré Me Drissa Traore, Vice Président de la FIDH. Comme Laurent Gagbo et Charles Blé Goudé, dont la Chambre de première instance I de la Cour pénale internationale (CPI) a annoncé le 11 mars que les affaires seraient jointes, Simone Gagbo est accusée par la CPI de crimes contre l’humanité. Elle est également poursuivie pour ces faits devant la juridiction ivoirienne, dans le cadre d’une instruction toujours en cours au sein de la Cellule spéciale d’enquête et d’instruction.« Ce procès doit servir de contre exemple pour les procédures en cours sur les graves violations des droits humains : la justice ivoirienne doit veiller à conduire, dans les meilleurs délais, des procédures minutieuse et exigeantes, dans lesquelles les charges seront suffisamment étayées et les poursuites équilibrées, pour qu’au terme des procès à venir, les victimes obtiennent enfin justice. Dans le cas contraire, la Côte d’Ivoire devra transférer Simone Gbagbo, qui fait l’objet d’un mandat d’arrêt international, à la CPI » , a déclaré Me Patrick Baudouin, président d’honneur et coordinateur du Groupe d’action judiciaire de la FIDH.

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04 mars 2015

sortie de livre

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27 février 2015

Rapport annuel d’Amnesty International.

C’est le mercredi, le 25 février, qu'est sorti le Rapport annuel d’Amnesty International. Depuis 1961, chaque année, il présente un état des lieux détaillé, pays par pays, de la situation des droits humains dans le monde, ainsi que des prévisions pour l’année suivante. Comme vous le découvrirez, si ces dernières sont alarmantes, de réels progrès ont été accomplis en 2014. Pour en savoir plus, rendez-vous ce mercredi sur www.amnesty.be/ra2015.

évacuation

 

La grève de la faim des prisonniers politiques qui n'émeut point les autorités ivoiriennes. Dans quel pays peut-on emprisonner des centaines de militants d'un pati politique. Cela se passe en Côte d'Ivoire, un pays dit démocratique.

En cette année marquant le 20e anniversaire du génocide rwandais, une grande partie du continent a été confrontée à de violents conflits au fil des mois – certains connaissant une spirale particulièrement sanglante, comme en République centrafricaine, au Soudan du Sud et au Nigeria, d’autres perdurant du fait de situations restées dans l’impasse, comme en République démocratique du Congo (RDC), au Soudan et en Somalie.
Ces conflits ont été caractérisés par des violations graves et persistantes du droit international relatif aux droits humains et du droit international humanitaire. Ils ont engendré les pires crimes, l’injustice et la répression. La marginalisation, la discrimination et la négation persistante d’autres libertés fondamentales et droits socioéconomiques de base créaient en outre un terreau fertile pour l’émergence de nouveaux conflits et de situations d’instabilité.
À bien des égards, l’Afrique était toujours considérée comme une région en plein essor. Dans de nombreux pays, la situation et les conditions du développement sont en mutation. Tout au long de l’année, de rapides changements sociaux, environnementaux et économiques ont continué à bouleverser le continent. L’augmentation rapide de la population, la forte croissance économique et l’urbanisation ont été autant de facteurs qui ont modifié la vie des populations et leurs moyens de subsistance à un rythme impressionnant. De nombreux États africains ont accompli des progrès remarquables en vue d’atteindre les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) établis par les Nations unies, malgré de grands défis à relever. Le rapport OMD 2014 concernant l’Afrique indique que sur les 10 pays du monde les plus performants en matière de progression rapide au titre des OMD, huit se situent en Afrique.
Toutefois, de nombreux indicateurs nous ont rappelé avec force que, pour beaucoup, la croissance économique rapide ne s’est pas traduite par une amélioration des conditions de vie. Ces 10 dernières années, le taux global de pauvreté en Afrique a diminué mais le nombre total d’Africains vivant au-dessous du seuil de pauvreté (1,25 dollars des États- Unis par jour) a quant à lui augmenté. Près de 40 % des personnes pauvres en Afrique vivent dans deux pays ravagés par la guerre : le Nigeria (25,89 %) et la RDC (13,6 %).
L’Afrique connaît l’un des taux de chômage des jeunes les plus élevés du monde. Elle demeure en outre la deuxième région où les inégalités sont les plus marquées, après l’Amérique latine. Tout ceci met en lumière le lien entre conflits et fragilité, d’une part, et privation des droits sociaux et économiques fondamentaux, exclusion sociale, inégalités et aggravation de la pauvreté, d’autre part.
La répression et la négation persistante des droits fondamentaux venaient nourrir l’instabilité et les conflits violents. Les cas du Burkina Faso, de la République centrafricaine, du Soudan et du Soudan du Sud en témoignent de manière saisissante. Toute l’année, la tendance à la répression et à la restriction de l’espace politique s’est poursuivie dans de nombreux pays africains. Dans un certain nombre d’entre eux, les forces de sécurité ont répondu à des manifestations et protestations pacifiques en faisant usage d’une force excessive. Bien trop souvent, la liberté d’expression, d’association et de réunion pacifique restait fortement limitée. Cette tendance était notable non seulement dans les pays sous l’emprise de régimes autoritaires, mais également dans ceux où une transition politique était en cours ou en préparation.
Conséquence directe de l’augmentation des violences perpétrées par des groupes armés radicaux tels que Boko Haram et Al Shabab, de nombreux pays africains, notamment le Kenya, la Somalie, le Nigeria, le Mali et les États de la région du Sahel, ont été confrontés à de gros problèmes de sécurité en 2014. Des dizaines de milliers de civils sont morts, des centaines ont été enlevés et un nombre incalculable vit dans un climat de peur et d’insécurité. Face à cela, beaucoup de gouvernements ont réagi de manière tout aussi brutale et aveugle, par des arrestations et des placements en détention arbitraires et massifs, ainsi que par des exécutions extrajudiciaires. L’année s’est achevée avec l’adoption au Kenya d’une loi portant modification de la législation en matière de sécurité, par laquelle des dispositions lourdes de conséquences en termes de droits humains ont été introduites dans 22 textes législatifs.
Les situations de conflit en Afrique ont un autre point commun : l’impunité pour les crimes de droit international perpétrés par les forces de sécurité et les membres de groupes armés. L’année écoulée s’est caractérisée par la persistance du cycle de l’impunité, notamment au Nigeria, en République centrafricaine, en RDC, en Somalie, au Soudan et au Soudan du Sud, mais elle a aussi été marquée par de graves mises en cause de la Cour pénale internationale (CPI) au niveau politique. On a assisté aussi à un élan politique commun inédit en Afrique pour défendre l’immunité des chefs d’État et des hauts responsables en exercice contre toute poursuite pour les crimes contre l’humanité et les autres crimes commis en violation du droit international. Ce mouvement a abouti à l’adoption d’une mesure marquant un retour en arrière : une modification du Protocole portant statut de la Cour africaine de justice et des droits de l’homme, qui accorde aux chefs d’État en exercice et à d’autres hauts fonctionnaires en poste l’immunité contre les poursuites devant cette juridiction.
En 2014, le Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l’Union africaine (UA), « organe de décision permanent pour la prévention, la gestion et le règlement des conflits » en Afrique, a fêté sa dixième année d’existence. L’UA et son CPS ont pris des mesures importantes face aux conflits qui ont éclaté en Afrique, notamment le déploiement de la Mission internationale de soutien à la Centrafrique (MISCA), la mise en place d’une commission d’enquête sur le Soudan du Sud, la nomination d’une envoyée spéciale pour les femmes, la paix et la sécurité et la publication de plusieurs déclarations politiques condamnant les violences et les attaques contre des civils. Dans bien des cas toutefois, ces efforts se sont révélés insuffisants et tardifs, ce qui mettait en évidence le problème de la capacité de l’UA à répondre aux conflits. Parfois, les missions de maintien de la paix de l’UA ont été accusées de complicité dans de graves atteintes aux droits humains, comme ce fut le cas pour la MISCA, et plus spécifiquement son contingent tchadien, qui a dû se retirer de la mission en République centrafricaine à la suite de telles mises en cause.
L’UA n’est toutefois pas la seule instance ayant montré ses manquements face aux défis que posent les conflits africains. En République centrafricaine par exemple, les Nations unies ont beaucoup tardé à envoyer une force de maintien de la paix qui, certes, a sauvé des vies mais ne disposait toujours pas de tous les moyens dont elle aurait besoin pour endiguer les incessantes violences et violations des droits humains. Parfois, la seule réaction a été un mur de silence. Ainsi, le Conseil des droits de l’homme [ONU] n’a pas apporté de réponse effective aux conflits au Soudan, malgré le besoin crucial d’une présence indépendante pour évaluer la situation des droits humains, présenter des rapports et demander des comptes aux auteurs présumés de violations. Au Darfour, à la suite d’allégations accusant le personnel de la mission des Nations unies au Darfour (MINUAD) d’avoir couvert des atteintes aux droits humains, le secrétaire général des Nations unies a annoncé au mois de juillet que les rapports de toutes les enquêtes dont la MINUAD avait fait l’objet allaient être examinés.
Pour relever les défis grandissants que posent les conflits en Afrique, il est nécessaire que les dirigeants africains opèrent sans attendre un profond changement d’attitude et que des efforts concertés au niveau national, régional et international voient le jour pour mettre un terme au cycle de l’impunité et combattre les causes sous-jacentes de l’insécurité et des conflits. Faute de quoi, l’objectif visant à « faire taire les armes à feu d’ici à 2020 » en Afrique ne restera qu’une proposition hyprocrite et un rêve irréalisable.

  CONFLITS – DES CONSÉQUENCES ACCABLANTES, DES FRAGILITÉS PERSISTANTES

À un degré et avec une intensité divers, les conflits et l’insécurité touchaient la quasi- totalité des pays de la région, brisant la vie d’un nombre incalculable de personnes. Les conflits étaient marqués par des atrocités et des atteintes aux droits humains persistantes, commises par les forces régulières comme par les groupes armés.
La République centrafricaine a été en proie à une spirale de la violence intercommunautaire et des atrocités de masse – meurtres, actes de torture, viols, mutilations de cadavres, enlèvements, déplacements forcés, recrutement et utilisation d’enfants soldats, notamment. Malgré la signature d’un cessez-le-feu en juillet et le déploiement d’une mission de maintien de la paix des Nations unies en septembre, les derniers mois de 2014 ont été marqués par des attaques de plus en plus violentes dans les régions du centre du pays. L’escalade du conflit entre différents groupes armés s’est traduite par toute une série d’atteintes aux droits fondamentaux de nombreux civils. En octobre, de nouvelles violences ont frappé Bangui, la capitale.
Toutes les parties au conflit – la Séléka, les forces anti-balaka et les combattants peuls armés – ont pris pour cible des civils en toute impunité et de manière systématique. La Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation en République centrafricaine (MINUSCA), déployée en septembre, a fait espérer un changement. Malheureusement, à peine un mois plus tard, une nouvelle flambée de violence a balayé le pays. Ces événements ont démontré que les forces internationales présentes en République centrafricaine devaient être renforcées et se montrer plus réactives.
Au Soudan du Sud voisin, des dizaines de milliers de personnes, dont de nombreux civils, ont été tuées et 1,8 million d’autres ont dû quitter leur foyer en raison du conflit qui frappe le pays depuis décembre 2013.
Le gouvernement et les forces d’opposition ont fait preuve d’un mépris total pour le droit international relatif aux droits humains et le droit international humanitaire, et ont commis des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité. Toutes les parties au conflit ont pris pour cible et tué des civils en raison de leur origine ethnique, y compris des personnes qui cherchaient à se mettre à l’abri dans des lieux de culte et des hôpitaux. Les violences sexuelles étaient monnaie courante, tout comme les pillages et les destructions de biens. Malgré l’ampleur des exactions, et sans tenir compte des millions de personnes menacées de famine et de maladie, les deux parties en présence ont délibérément ignoré plusieurs accords de cessez-le-feu. L’année s’est conclue sans que l’on entrevoie de véritable signe indiquant que quelque chose était fait sur le front de l’impunité. On ne savait rien des conclusions de la commission d’enquête de l’UA sur le Soudan du Sud, qui n’avaient pas été publiées.
La campagne de plus en plus violente menée par le groupe armé islamiste Boko Haram en 2013 a conduit à l’intensification du conflit armé dans le nord-est du Nigeria, dans son ampleur et par le nombre de victimes, révélant avec force les menaces qui pèsent sur la stabilité du pays le plus peuplé du continent et sur la paix et la sécurité de la région. En 2014, le conflit s’est intensifié dans les petites villes et les villages. Plus de 4 000 civils ont été tués depuis 2009. Au mois d’avril, l’enlèvement de 276 écolières par Boko Haram est devenu emblématique de la campagne de terreur du groupe à l’encontre des populations civiles, une campagne qui s’est poursuivie sans relâche. Parallèlement, les populations locales, déjà terrorisées depuis des années par Boko Haram, sont devenues de plus en plus vulnérables face aux violations perpétrées par les forces de sécurité du régime, qui ont souvent répondu par des attaques brutales menées sans discrimination, des arrestations massives et arbitraires, des passages à tabac et des actes de torture. Amnesty International a recueilli des séquences vidéos, des photos et des récits de témoins oculaires terrifiants, qui apportent de nouveaux éléments montrant que toutes les parties au conflit ont commis de probables crimes de guerre et crimes contre l’humanité, et d’autres violences et violations graves des droits humains.
Les forces de sécurité nigérianes se sont livrées à des actes de torture et d’autres mauvais traitements de manière habituelle et systématique dans tout le pays, et notamment dans les zones de conflit du nord-est. Les membres des services de sécurité n’étaient le plus souvent pas amenés à rendre compte de leurs actes. Les arrestations et les détentions de masse arbitraires à l’initiative des forces militaires dans le nord-est se sont clairement multipliées après la mise en place de l’état d’urgence en mai 2013. À la fin de 2014, des cas d’exécutions extrajudiciaires perpétrées par l’armée ou la police continuaient d’être signalés.
Parallèlement, aucun règlement ne semblait en vue dans d’autres conflits déjà anciens.
Au Soudan, les conflits au Darfour et dans les États du Kordofan du Sud et du Nil Bleu se sont poursuivis sans relâche, et même propagés au Kordofan du Nord. Toutes les parties ont commis des violations du droit international relatif aux droits humains et du droit international humanitaire. Au Darfour, les exactions et les violences généralisées entre communautés rivales, ainsi que les attaques perpétrées par les milices alliées au gouvernement et les groupes d’opposition armés, ont provoqué une augmentation considérable du nombre de morts et de personnes déplacées.
Dans l’est de la RDC, la multiplication des violences commises par les groupes armés lancés dans l’opération Sokola 1 a fait plusieurs milliers de morts et contraint plus d’un million de personnes à quitter leur foyer. Les violences ont aussi été marquées par des meurtres et des viols collectifs perpétrés aussi bien par les forces de sécurité que par les groupes armés.
Dans le sud et le centre de la Somalie, plus de 100 000 civils ont été tués, blessés ou déplacés en raison du conflit armé qui perdurait entre les forces progouvernementales, la Mission de l’Union africaine en Somalie (AMISOM) et le groupe armé islamiste Al Shabab. Toutes les parties au conflit ont commis des violations du droit international relatif aux droits humains et du droit international humanitaire. Les groupes armés pratiquaient le recrutement forcé, y compris d’enfants, et ont enlevé, torturé et tué illégalement des personnes. Le viol et les autres formes de violence sexuelle étaient très répandus. En raison du conflit, de la sécheresse et du manque d’accès à l’aide humanitaire, la situation humanitaire s’est rapidement dégradée. À la fin de 2014, plus d’un million de personnes étaient en situation de crise humanitaire et 2,1 millions avaient besoin d’aide.
Certains signes semblaient également indiquer le possible éclatement de futurs conflits. La situation dans la région du Sahel restait particulièrement instable en raison des effets combinés de l’insécurité politique, de la montée des groupes armés radicaux et du crime organisé, de l’extrême pauvreté et de l’exclusion sociale. La situation au Mali a mis ces réalités en lumière, le conflit armé interne ayant laissé le pays dans un état d’insécurité persistante, en particulier dans le nord du pays, où certaines zones échappaient toujours au contrôle des autorités. Malgré la signature d’un accord de paix entre le gouvernement et les groupes armés en 2013, ces derniers ont perpétré des exactions, notamment des enlèvements et des meurtres. On a assisté en 2014 à de nouvelles flambées de violence, alors que des négociations de paix entre le gouvernement et les groupes armés se poursuivaient.
La violence et l’insécurité ont été aggravées par une recrudescence des actes de terrorisme, notamment en Somalie, au Kenya, au Nigeria et dans toute la région du Sahel. Dans bien des cas la réponse des forces gouvernementales s’est accompagnée de graves violations des droits humains.
Les groupes armés se sont notamment rendus responsables d’homicides illégaux, d’enlèvements, d’actes de torture et d’attaques aveugles. En Somalie, les factions d’Al Shabab ont torturé et tué illégalement des personnes qu’elles accusaient d’espionnage ou qui ne se conformaient pas à leur interprétation du droit islamique. Elles ont procédé à des exécutions en public, notamment par lapidation, ainsi qu’à des amputations et à des flagellations. Le Cameroun a été également touché : des groupes islamistes nigérians, et notamment Boko Haram, ont tué des civils, organisé des prises d’otage et des enlèvements et attaqué des défenseurs des droits humains.

  UN ESPACE POLITIQUE QUI S’AMENUISE ET DES DROITS FONDAMENTAUX TOUJOURS BAFOUÉS

Dans bien des pays de la région on a assisté cette année à une poursuite de la répression, dans un espace politique toujours plus restreint.
En Érythrée, aucun parti d’opposition, média indépendant ou organisation de la société civile ne pouvait travailler. Des milliers de prisonniers d’opinion et de prisonniers politiques étaient toujours arbitrairement détenus. En Éthiopie, les médias indépendants, et notamment des blogueurs et des journalistes, ont continué d’être pris pour cible ; des membres de partis d’opposition et des manifestants pacifiques ont été arrêtés. Au Rwanda, on ne tolérait quasiment aucune critique de la société civile à l’égard de la politique gouvernementale en matière de droits humains. Au Burundi, les voix critiques, que ce soit celles de membres de l’opposition, de militants de la société civile, de juristes ou de journalistes, ont été sommées de se taire à mesure qu’approchaient les élections de 2015. La liberté de réunion et d’association a été restreinte, et les réunions et manifestations étaient régulièrement interdites.
En Gambie, le président Yahya Jammeh a célébré ses 20 ans au pouvoir. Ces deux décennies ont été marquées par une profonde intolérance à l’égard de la dissidence, ce qui se traduisait par l’intimidation et la torture de journalistes, d’opposants politiques et de défenseurs des droits humains. L’année s’est achevée par une tentative de coup d’État, dans la nuit du 30 décembre, qui a entraîné l’arrestation de dizaines de personnes et le déclenchement d’une vaste répression contre la presse. Au Burkina Faso, un gouvernement de transition a été mis en place en novembre pour conduire le pays vers des élections législatives et présidentielles en 2015. L’ancien président Blaise Compaoré avait été évincé à la suite de manifestations populaires de grande ampleur contre son projet de modification de la Constitution.
En Angola, au Burkina Faso, en Guinée, au Sénégal, au Tchad et au Togo, entre autres pays, les forces de sécurité ont employé une force excessive face aux manifestations et protestations. Dans la plupart des cas, les autorités n’ont pas mené d’enquête sur le recours excessif à la force et personne n’a été amené à rendre de comptes.
Dans de nombreux pays, les journalistes, les défenseurs des droits humains et les opposants politiques étaient en butte à des menaces, des arrestations et des détentions arbitraires, des passages à tabac, des actes de torture, des disparitions et même des homicides commis par des agents du gouvernement ou des membres de groupes armés. En Angola, au Burkina Faso, au Cameroun, en Érythrée, en Éthiopie, en Gambie, en Guinée, en Mauritanie, en Ouganda, au Rwanda, en Somalie, au Swaziland, au Tchad, au Togo, en Zambie et au Zimbabwe, la liberté d’expression, d’association et de réunion pacifique a été réprimée ou entravée.
En Angola, au Burundi et en Gambie, de nouvelles lois et d’autres textes réglementaires ont encore restreint le travail des médias et de la société civile.
Au Soudan, la liberté d’expression, d’association et de réunion pacifique restait sérieusement limitée, alors même que le gouvernement s’était expressément engagé à entamer un dialogue national pour instaurer la paix dans le pays et protéger les droits constitutionnels. Le gouvernement continuait d’utiliser le Service national de la sûreté et du renseignement (NISS) et d’autres forces de sécurité pour arrêter de manière arbitraire des opposants présumés au Parti du Congrès national, au pouvoir, censurer les médias, fermer des forums publics et réprimer des mouvements de protestation.
Au Soudan du Sud, le Service national de la sûreté (NSS) a saisi des publications, fermé des journaux et harcelé, intimidé et arrêté illégalement des journalistes, autant de mesures de répression qui ont restreint la liberté d’expression et entravé le débat public. Une loi sur la sécurité nationale a été adoptée par le Parlement et était en instance d’approbation présidentielle. Ce texte conférait de vastes pouvoirs au NSS, notamment celui d’arrêter et de détenir des suspects en l’absence de dispositions appropriées prévoyant une supervision indépendante, et de garanties contre une utilisation abusive.

  IMPUNITÉ – LE DÉNI DE JUSTICE

Un trait commun caractérise les conflits armés en Afrique : l’impunité. Les responsables présumés de crimes de droit international sont rarement amenés à rendre compte de leurs actes.
En République centrafricaine, quelques membres subalternes de groupes armés ont été arrêtés et la procureure de la CPI a annoncé l’ouverture d’un nouvel examen préliminaire sur les actes de violence.
Ces signes positifs demeuraient toutefois l’exception et l’impunité continuait d’alimenter le conflit. Fin 2014, la quasi-totalité des dirigeants de groupes armés du pays soupçonnés de crimes de droit international étaient toujours en liberté.
En RDC, les initiatives en vue d’amener les responsables présumés de crimes de droit international, dans l’armée nationale et les groupes armés, à rendre compte de leurs actes n’ont donné que peu de résultats visibles. Le procès de militaires accusés de viols en masse commis sur plus de 130 femmes et filles, de meurtres et de pillages à Minova s’est achevé par la condamnation pour viol de deux soldats seulement, sur les 39 qui comparaissaient. D’autres accusés ont été déclarés coupables de meurtre, de pillage et d’infractions militaires.
L’incapacité à garantir l’obligation de rendre des comptes était aussi un problème systémique dans les zones qui n’étaient pas en proie à un conflit. Là comme ailleurs, les auteurs d’atteintes aux droits humains poursuivaient leurs agissements sans être véritablement inquiétés. La torture et les autres mauvais traitements étaient des pratiques persistantes dans un certain nombre de pays, notamment l’Érythrée, l’Éthiopie, la Gambie, la Guinée équatoriale, la Mauritanie, le Nigeria et le Togo, en grande partie parce que les auteurs de ces crimes n’étaient pas amenés à rendre compte de leurs actes.
Au Kenya, les initiatives en vue d’obliger les auteurs présumés de crimes de droit international, y compris de crimes contre l’humanité, perpétrés en 2007 et 2008 lors des violences post-électorales restaient inadéquates. Le procès du vice-président Samoei Ruto et de Joshua Arap Sang s’est poursuivi devant la CPI – dans un contexte marqué par des allégations faisant état de corruption et d’actes d’intimidation contre des témoins. La CPI a abandonné les poursuites contre le président Uhuru Kenyatta, après avoir rejeté la demande de la procureure qui souhaitait que la Cour constate l’absence de coopération du gouvernement kenyan. Au niveau national, aucun progrès n’a été accompli pour amener les auteurs d’atteintes aux droits humains commises lors des violences post-électorales à rendre compte de leurs actes.
En revanche, la CPI a confirmé en 2014 le verdict et la peine rendus contre Thomas Lubanga Dyilo, reconnu coupable de crimes de guerre en 2012 pour avoir recruté et enrôlé des enfants de moins de 15 ans et les avoir fait activement participer aux hostilités en RDC. La CPI a en outre déclaré Germain Katanga, commandant de la Force de résistance patriotique en Ituri (FRPI), coupable de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre. Il a été condamné à 12 ans d’emprisonnement au total. La CPI a par ailleurs confirmé les charges pesant sur Bosco Ntaganda, accusé de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre, notamment de crimes de violence sexuelle, qui auraient été perpétrés en 2002 et 2003 en Ituri (RDC). Son procès doit s’ouvrir en juin 2015. La CPI a confirmé en juin les charges pesant sur l’ancien président de la Côte d’Ivoire, Laurent Gbagbo, accusé de crimes contre l’humanité. Son procès est prévu pour juillet 2015.
Parmi les initiatives ayant vu le jour au niveau national en matière de lutte contre l’impunité pour les crimes de droit international, citons l’ouverture au Mali d’une enquête sur des cas de disparition forcée. L’ancien président tchadien Hissène Habré était toujours détenu au Sénégal dans l’attente de son procès devant les Chambres africaines extraordinaires, créées en 2012 par l’UA. Il avait été arrêté en juillet 2013 et inculpé de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre, commis au Tchad entre 1982 et 1990.
Au mois de mars, la Côte d’Ivoire a remis Charles Blé Goudé à la CPI. Cet homme est accusé de crimes contre l’humanité commis lors des violences post-électorales de 2010.
En décembre, la chambre préliminaire de la CPI a confirmé quatre charges de crimes contre l’humanité à son encontre et l’a renvoyé en procès devant une chambre de première instance. La chambre préliminaire a rejeté en décembre l’exception d’irrecevabilité soulevée par la Côte d’Ivoire dans l’affaire concernant Simone Gbagbo, soupçonnée de crimes contre l’humanité.
La Cour constitutionnelle d’Afrique du Sud a rendu un arrêt très important en octobre dans l’affaire National Commissioner of the South African Police Service c. Southern African Human Rights Litigation Centre and Another case. Elle a conclu que, en vertu du principe de compétence universelle, la police sud-africaine devait enquêter sur des allégations faisant état de tortures commises au Zimbabwe par des ressortissants zimbabwéens ou à leur encontre.
Au niveau international et régional, cependant, les avancées constatées en Afrique en matière de justice internationale ont été gravement remises en question.
L’Afrique comptait 34 pays parties au Statut de Rome de la CPI – plus que dans n’importe quelle autre région –, mais des manœuvres politiques opportunistes ont mis à mal en 2014 les réels progrès accomplis sur le continent pour garantir l’obligation de rendre des comptes. Le Kenya a déposé cinq propositions de modification du Statut de Rome, dont une visait à modifier l’article 27 afin d’interdire à la CPI de poursuivre les chefs d’État et de gouvernement pendant la durée de leur mandat.
Au mois de mai, les ministres de l’UA qui examinaient des propositions de modification du Protocole portant statut de la Cour africaine de justice et des droits de l’homme ont décidé d’élargir les catégories des personnes pouvant bénéficier de l’immunité dans le cadre de la nouvelle compétence pénale de la Cour. Lors de sa 23e session ordinaire, l’Assemblée de l’UA a approuvé cette modification, qui confère aux dirigeants et autres hauts fonctionnaires africains l’immunité de poursuites pour les crimes de génocide, les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité. Un véritable pas en arrière et une trahison des victimes d’atteintes graves aux droits humains. Plutôt que de faire en sorte que justice soit rendue aux victimes de crimes de droit international, les chefs d’État et de gouvernement ont choisi de se protéger, eux et leurs successeurs, contre toute poursuite pour atteinte grave aux droits humains.
Il reste que la CPI conserve le pouvoir d’enquêter pour de tels crimes sur les chefs d’État et de gouvernement africains en exercice dans tout pays partie au Statut de Rome de la Cour. Toutefois, nous nous souviendrons de 2014 comme de l’année où certains États africains et l’UA n’ont cessé d’œuvrer politiquement pour nuire au travail de la CPI.

  PAUVRETÉ ET PRIVATIONS

Malgré la poursuite d’une croissance économique rapide tout au long de l’année, les conditions de vie de nombreux Africains ne se sont guère améliorées.
Beaucoup d’États ont accompli des progrès remarquables en vue d’atteindre les Objectifs du millénaire pour le développement.
Cependant, l’Afrique accuse toujours un retard par rapport à la plupart des autres régions en développement pour l’accomplissement de nombreuses cibles d’ici à 2015. La pauvreté a continué de reculer mais à un rythme insuffisant pour que la région parvienne à la cible de réduction de moitié fixée pour 2015. Les données à disposition montrent en fait que le nombre total d’Africains vivant au-dessous du seuil de pauvreté (1,25 dollars des États-Unis par jour) a augmenté. Par ailleurs, il est peu probable que certaines autres cibles, comme la réduction du nombre d’enfants en insuffisance pondérale ou la baisse de la mortalité maternelle, soient atteintes.
L’expansion des villes se poursuivait à un rythme sans précédent et cette urbanisation rapide s’accompagnait de problèmes d’insécurité et d’inégalités. Dans le contexte de pauvreté urbaine, de nombreux habitants ne disposaient pas d’un logement adéquat ni des équipements de base, en particulier ceux vivant dans des quartiers informels ou des bidonvilles. Les expulsions forcées privaient les personnes de leurs moyens de subsistance et de leurs biens, les faisant sombrer encore davantage dans la misère.
En Angola, 4 000 familles au moins ont été expulsées de force dans la province de Luanda. Au Kenya, les tribunaux ont prononcé cette année encore des décisions confirmant le droit à un logement convenable et l’interdiction des expulsions forcées. La Haute Cour a ordonné au gouvernement de verser 33,6 millions de shillings (environ 390 000 dollars des États-Unis) de dommages et intérêts aux habitants du bidonville de City Carton, à Nairobi, qui avaient été expulsés de force de leur domicile en mai 2013.
L’épidémie d’Ebola qui s’est répandue à partir de mars dans certains pays d’Afrique de l’Ouest a engendré, selon les termes de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la flambée de la maladie la plus importante et la plus complexe depuis la découverte du virus en 1976. À la fin de 2014, Ebola avait coûté la vie à plus de 8 000 personnes en Guinée, au Liberia, au Mali, au Nigeria et en Sierra Leone. Plus de 20 000 personnes étaient contaminées (cas suspects, probables et confirmés) et l’on craignait qu’une crise alimentaire de grande ampleur ne s’installe au début de 2015. Des communautés locales étaient détruites et les services de santé au bord de la rupture.
Sortant à peine de longues périodes de conflit et d’instabilité, les pays les plus touchés (la Guinée, le Liberia et la Sierra Leone) ne disposaient déjà que de systèmes de santé très précaires. En Guinée, où des centaines de personnes – dont au moins 70 membres du personnel de santé – ont péri, le gouvernement a tardé à réagir et le peu de moyens dont il disposait a contribué à la progression rapide et meurtrière de l’épidémie.
Ces constats révèlent non seulement l’incapacité des gouvernements à respecter, protéger et garantir le droit des citoyens de jouir du meilleur état de santé susceptible d’être atteint, mais aussi l’incapacité de la communauté internationale à apporter une réponse à la crise. Fin 2014, d’importantes organisations d’aidehumanitaire ont demandé le soutien de la communauté internationale. L’ONU adéclaré avoir besoin de 1,5 milliard de dollars des États-Unis pour lapériode allant d’octobre 2014 à mars 2015 afin de stopper la propagation duvirus ; en décembre, les sommes recueillies s’élevaient à1,2 milliard de dollars. Si la maladie se propage au même rythme quejusqu’à présent, un montant supplémentaire de 1,5 milliard de dollars seranécessaire pour la période avril- septembre 2015.

  DISCRIMINATION ET MARGINALISATION

Cette année comme les précédentes, les conflits armés, les persécutions politiques ou la nécessité de trouver de quoi vivre mieux ont contraint des centaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants à partir de chez eux. La plupart ont dû abandonner leur foyer et leurs moyens de subsistance dans des conditions terribles et braver bien des dangers dans l’espoir de se mettre en sécurité ailleurs, dans leur propre pays ou de l’autre côté des frontières. Un grand nombre de réfugiés et de migrants étaient depuis longtemps en proie à un sort précaire, exposés à de nouvelles atteintes à leurs droits humains, souvent dans des camps où ils ne disposaient que d’un accès limité à la santé, à l’eau, à des équipements sanitaires, à de la nourriture et à l’éducation.
Ils ont été rejoints cette année par des milliers d’Érythréens qui ont fui leur pays, la plupart en raison du système de conscription en place, qui soumettait les citoyens à un service national pouvant se prolonger de manière indéfinie. Beaucoup d’entre eux risquaient d’être la proie de réseaux de traite d’êtres humains, notamment au Soudan et en Égypte. Au Cameroun, des milliers de réfugiés qui avaient fui les groupes armés sévissant en République centrafricaine et au Nigeria s’entassaient dans des conditions déplorables à l’intérieur de camps surpeuplés installés dans les zones frontalières. De très nombreux habitants déplacés par le conflit soudanais (plus d’un million de personnes) étaient restés dans le pays. Au moins 600 000 vivaient dans des camps de réfugiés au Tchad, au Soudan du Sud ou en Éthiopie. Au Kenya, la politique de placement forcé dans des camps n’a fait qu’accentuer la détresse de milliers de réfugiés somaliens, obligés de quitter leurs habitations en ville pour vivre dans des camps sordides et surpeuplés. En Afrique du Sud, les réfugiés et les demandeurs d’asile ont continué de faire l’objet d’agressions xénophobes ; les autorités ne les protégeaient pas, ou insuffisamment.
Beaucoup d’autres groupes de personnes étaient également privés de la protection de leurs droits fondamentaux et des moyens de demander justice pour les atteintes subies. Les femmes ont un rôle essentiel à jouer pour renforcer la résilience des sociétés touchées par des conflits. Pourtant, elles étaient dans bien des cas mises à l’écart des processus nationaux d’établissement de la paix. Dans de nombreux pays en proie au conflit ou accueillant une importante population de réfugiés ou de personnes déplacées, les femmes et les filles étaient victimes de viols et d’autres formes de violence sexuelle c’était par exemple le cas au Soudan du Sud et en Somalie. La violence contre les femmes sévissait aussi dans les pays qui ne connaissaient pas de conflit. Elle était parfois le fait de traditions ou de normes culturelles, mais dans certains pays, la discrimination fondée sur le genre avait été institutionnalisée par la loi.
L’année 2014 a donné un signe d’espoir aux personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, transgenres ou intersexuées (LGBTI), avec l’adoption par la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples d’une résolution historique condamnant la violence, la discrimination et les autres violations des droits humains fondées sur l’identité de genre ou l’orientation sexuelle. Il y a eu d’autres signes laissant espérer plus d’égalité et de justice. Le Malawi a ainsi pris expressément l’engagement de dépénaliser les relations homosexuelles entre personnes consentantes.
Dans de nombreux pays toutefois, notamment au Cameroun, en Gambie, en Ouganda, au Sénégal et en Zambie, des personnes continuaient à être persécutées ou poursuivies par la justice pénale en raison de leur orientation sexuelle, réelle ou supposée.
D’autres régressions ont été observées : plusieurs pays ont pris des initiatives pour accroître encore la répression pénale contre les personnes en raison de leur identité sexuelle, soit en renforçant des lois injustes existantes, soit en adoptant de nouveaux textes. Au Nigeria, le président a promulgué une loi interdisant le mariage entre personnes de même sexe, qui autorisait la discrimination fondée sur l’orientation sexuelle ou l’identité de genre, réelle ou supposée. En Ouganda, la promulgation de la Loi de lutte contre l’homosexualité (qui a toutefois été invalidée par la Cour constitutionnelle ougandaise, au motif que le quorum n’était pas atteint lors de l’adoption par le Parlement) a rendu de nombreuses personnes LGBTI, ou perçues comme LGBTI, vulnérables aux arrestations arbitraires, passages à tabac, expulsions et agressions collectives, ainsi qu’à la perte d’emploi. Le président gambien a promulgué la Loi de 2014 portant modification du Code pénal qui avait été adoptée par l’Assemblée nationale, qui a créé l’infraction d’« homosexualité avec circonstances aggravantes ». Punie de la réclusion à perpétuité, cette infraction était définie de manière vague, ce qui ouvrait la porte à de nombreuses dérives. Un projet de loi homophobe a été déposé au Parlement tchadien. Il prévoyait des peines pouvant aller jusqu’à 20 ans d’emprisonnement et de lourdes amendes pour les personnes déclarées « coupables » de relations homosexuelles.

  L’AVENIR

Tout au long de l’année, des hommes et des femmes dans toute l’Afrique ont œuvré, seuls ou avec d’autres, pour que les droits humains soient mieux compris et mieux respectés.
S’exprimant et agissant, parfois au risque de mettre en danger la vie et la sécurité de celles et ceux qui le composent, ce mouvement grandissant de défense des droits humains a fait passer un idéal de justice, de dignité et d’espoir.
L’année écoulée a néanmoins rappelé avec force l’ampleur des défis qui se posent à l’Afrique en matière de droits humains, et la nécessité d’avancer plus vite et de manière plus décisive pour obtenir un meilleur respect de ces droits.
Les événements l’ont montré avec force : il faut sans attendre agir de manière concertée et cohérente pour apaiser et résoudre les conflits violents qui ravagent l’Afrique. Pour ce qui est de l’avenir, il faut que l’initiative de la Commission de l’UA, qui a établi une feuille de route pour faire taire les armes en Afrique, soit soutenue et portée avec détermination.
Pour résoudre les conflits, il est essentiel que les instances internationales et régionales adoptent une approche beaucoup plus énergique, conséquente et cohérente, fondée sur le droit international relatif aux droits humains.
Une autre condition fondamentale à la paix, la sécurité et la justice est que les États africains cessent leur attaque concertée contre la justice internationale, en particulier contre le travail de la CPI. Ils doivent au contraire se montrer fermes pour dénoncer l’impunité, au niveau régional et international, et se mobiliser pour amener les responsables de violations graves des droits humains et d’autres crimes de droit international à rendre compte de leurs actes.
Dans les années qui viennent, il ne fait guère de doute que l’Afrique connaîtra un profond changement. Le programme de développement de l’après-2015, qui prend le relais des Objectifs du millénaire pour le développement, offre en particulier aux États africains une occasion historique de s’accorder sur un cadre en matière de droits humains qui pourra améliorer la vie d’un très grand nombre de personnes. Ce cadre de l’après-2015 doit intégrer des objectifs et des indicateurs forts sur l’accès à la justice, afin de garantir l’obligation de rendre des comptes, et prévoir le renforcement des droits en matière de participation, de l’égalité, de la non-discrimination, de l’état de droit et des autres libertés fondamentales.

P.-S.

Copyright photo d’article : © ANDREEA CAMPEANU/Reuters/Corbis

 

 

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